mercredi 14 février 2018

Le nouveau Bac atteindra-t-il la rive des emplois ?



C’est parti pour une nouvelle réforme qui succède à la traditionnelle réforme dont doit accoucher chaque nouveau quinquennat, voire chaque nouveau ministre. Il faut remarquer que le nouveau ministre est un homme qui se meut dans son monde de l’enseignement, ce qui est déjà une bonne chose, non seulement parce qu’il en a la connaissance, mais aussi parce qu’il lui est beaucoup plus facile de démonter les arguments qui peuvent lui être opposés par les syndicats ou opposants de toute nature. Ceci étant, François Bayrou était de ce monde et sa réforme des options illimitées s’est traduite par une dépréciation relative des notes sur les disciplines fondamentales, et des totaux de notes du Bac dépassant 20. La victoire de celui-ci, affichant une remontée du pourcentage de réussite, n’avait donc aucune signification, et ceci d’autant plus que les examinateurs et les jurys d’examen sont dûment chapitrés pour réaliser un pourcentage de reçus acceptable.

Il est bien tôt pour porter un jugement parfaitement argumenté sur cette réforme qui a le mérite de nous faire sortir de la réforme précédente dont le but essentiel était d’accompagner les mesures sociétales du précédent gouvernement. La touche finale du tirage au sort pour les places en faculté a fini par soulever une vague de protestation même chez les supporters de l’ancienne Ministre. Reconnaissons donc au nouveau Ministre et pourquoi pas à Macron, la bonne idée de revenir à l’enseignement centré sur les disciplines fondamentales dans lesquelles le français, et l’histoire-géographie tiennent une place de choix. J’ai crû comprendre que l’histoire serait de nouveau enseignée dans l’ordre chronologique, ce qui est essentiel dans l’appréhension par l’élève de l’enchainement des évènements. D’ailleurs la notion fondamentale de la nécessité de connaître le passé pour mieux gérer l’avenir est bien souvent ignorée de nos politiques qui conduisent le nez dans le guidon. Ils l’apprennent souvent à leurs dépens dans les discussions avec des pays étrangers. 

Ceci étant dit, il faut en revenir au but recherché par L’École. Certains disent que le but est la culture générale. Ce point de vue est incomplet car l’enfant quittant l’École sans disposer des connaissances permettant d’exercer un métier ne pourra pas arguer de sa culture générale pour trouver un emploi. Il est donc fondamental de savoir vers quel but l’École œuvre. La culture générale est indispensable quand elle donne les moyens d’acquérir les connaissances et les modes de pensée nécessaires à l’apprentissage des métiers, et à pouvoir comprendre les fondements du fonctionnement législatif et exécutif de son pays qui déterminent son comportement de citoyen. L’école primaire est le maillon le plus important du long parcours que va traverser un enfant, car à l’issue de ce parcours primaire ses dispositions intellectuelles au moins, mais artistiques et manuelles, ont déjà été perçues par les enseignants, d'ailleurs aussi par l’élève lui-même. Il serait donc bon que l’accent soit mis sur le primaire, et que les dégâts causés précédemment soient rapidement corrigés. La lecture, la grammaire, et le calcul sont la base de tout, même de l’apprentissage de l’histoire et de la géographie, si indispensable par la suite.

Autrefois deux examens sanctionnaient cet apprentissage, celui d’entrée en sixième et le Certificat d’Études. Ils garantissaient deux choses, par le premier la garantie d’une aptitude à franchir au moins partiellement l’enseignement secondaire, par le second la certitude que l’acquisition des métiers manuels passerait par un apprentissage orienté uniquement sur la pratique spécialisée, et que le l’apprenti-citoyen avait devant lui un avenir qui pouvait le conduire à une grande ouverture de métiers où il pouvait même sortir du rôle de tâcheron. Il ne s’agit pas de dire que c’était mieux avant, mais simplement de remarquer que cette politique était cohérente. Le tri pour l’entrée en sixième était sévère, mais à cette époque on n’avait pas besoin de beaucoup d’ingénieurs, de psychologues, de médecins spécialistes, etc. Dans ma classe, seuls deux élèves avaient réussi l’examen d’entrée en sixième, un fils de cordonnier et un fils d’agriculteur, l’École ne sélectionnait pas sur le niveau social des parents. 

Elle était cohérente aussi dans le secondaire. Le Brevet en troisième était une sanction qui ouvrait la porte du cheminement vers le Bac, mais pouvait aussi clore le parcours scolaire. En effet on trouvait de l’emploi avec le Brevet élémentaire qui était une marque de niveau dans les disciplines fondamentales. Donc les banques, la poste, par exemple, ouvraient leurs portes à ces jeunes diplômés. Il en était de même pour le Bac où les bacheliers trouvaient des emplois et même dans l’enseignement. Pour les autres les facultés ne débordaient pas d’étudiants et les amphis contenaient tout le monde. A la sortie, les médecins, les scientifiques et même les littéraires trouvaient un emploi… On était encore sous l’élan économique de l’après-guerre bien sûr, la situation n’était pas comparable à celle d’aujourd’hui.

Seulement si chaque époque demande des stratégies différentes, le but final du passage scolaire, court ou long, c’est d’être à même de trouver un emploi, et les connaissances de base, celles qui serviront à tous les futurs citoyens restent les mêmes… en attendant l’ère des robots et de la suprématie de l’intelligence artificielle. C’est pourquoi il est bon de regarder ce qui s’est passé à une époque où la valeur de l’enseignement français était reconnu mondialement et où les lycées français essaimaient la planète. Or actuellement l’École « forme » 1 enfant sur 10 au chômage, à 6,2 millions de demandeurs d’emploi, et à ½ million d’emplois non pourvus. La politique de l’enseignement ne peut, ni se faire sans s’intégrer dans un ensemble politique qui tient compte des réalités de l’époque, ni se donner pour but l’augmentation du chômage et des emplois non pourvus. Sur ce dernier point l’appel de travailleurs détachés n’est pas la bonne réponse. Elle ne peut l’être que dans une situation de plein emploi. Voilà qui nous éloigne de l’objectif, à mon avis, illusoire de suppression des Bacs, L, ES et S avec la création des Bacs à options sur un tronc commun, objectif qui par nature ne donnera pas des Bacs considérés comme équivalents,ce qui est le but affiché. De plus la réforme ne résout en rien les sureffectifs arrivant dans les facultés débordées et offrant de moins en moins de chances de réussite et d’emploi. 

La politique économique du gouvernement est donc le premier butoir auquel se heurte l’Enseignement français. Mais il est aussi des conditions dont nous n’entendons toujours pas parler ou si peu. Les salaires des enseignants vont être revalorisés mais de bien peu, or les jeunes ne choisiront pas ce métier, de plus en plus difficile et exigeant, sans une reconnaissance qui passe par le salaire et une revalorisation morale et civique du métier. N'oublions pas que c'est entre leurs mains que passe l’avenir d’une nation. A l’école, comme dans les entreprises, c’est la valeur des hommes qui crée la réussite. Or la sélection dans certaines matières, comme les mathématiques, est devenue très faible, et on prend des candidats qui n’ont plus la qualité de leurs prédécesseurs. La pression des parents et de la hiérarchie, le laxisme dans la discipline ont sapé les bases de l’autorité des enseignants. C’est sans doute par là qu’il faudrait commencer avant de livrer des enfants à des enseignants moins qualifiés et mal considérés.
 
Une réforme dans l’enseignement ne peut être 

Un seul catalogue de mesures pratiques.

Elle doit désigner le but vers où elle va 

Et disposer d’un corps d’enseignants

Qualifiés, bien payés et motivés. 

Sinon le Bac coulera bien avant

D’atteindre la rive de l’emploi !



Claude Trouvé

Chevalier dans l’Ordre des Palmes Académiques

14/02/18