lundi 26 février 2018

L’indépendance se perd aussi par la politique énergétique (5ème partie)



Avant de parler plus précisément des énergies renouvelables, il est bon d’écouter des spécialistes de l’énergie attachés au sauvetage de l’humanité et de son environnement et portant un regard très argumenté sur notre proche avenir. Parmi ces penseurs et chercheurs, je me dois de mentionner Jean-Marc Jancovici, polytechnicien, consultant, enseignant et fondateur de la société Carbone 4. Voici la question qui lui a été posée et la réponse qu’il lui a faite :

Le fleuron du photovoltaïque français Photowatt annonce qu’il va relancer une production de panneaux photovoltaïques performants et bas carbone et vise le marché français. Une bonne nouvelle ?

« S’il s’agit ensuite de les exporter en Chine pour remplacer du charbon, cela contribuera peut-être (un peu) à la baisse des émissions, mais si c’est pour les installer en France, cela ne permet pas d’éviter du CO2 (ni de supprimer des réacteurs, car il faut les conserver pour la garantie de puissance quand il n’y a ni soleil ni vent). L’électricité française, aujourd’hui, c’est environ 75 % nucléaire, 15 % d’hydraulique, 5 % d’éolien (et 1 % de solaire), et il reste 5% de fossile dont on peut facilement se débarrasser en montant un peu la production des réacteurs nucléaires existants. Rappelons que le nucléaire ne produit pas de CO2, et que la fumée blanche des tours de refroidissement est de la simple vapeur d’eau. À cause de la contraction subie sur l’énergie fossile en tendance, nous allons avoir de moins en moins d’argent en tendance également. Pourquoi utiliser celui qu’il nous reste encore pour des investissements qui ne servent à rien ? Nous avons déjà dépensé 100 milliards d’euros pour avoir 5 % d’éolien et de solaire dans notre électricité, alors que le coût historique de construction du parc nucléaire est du même ordre… ». 

Les affirmations de ce type ne sont pas si fréquentes, et elles méritent de s’y attarder. Oui la production française de panneaux solaires pour une installation en France est déraisonnable pour plusieurs raisons. D’abord nous nous heurtons à une concurrence historique bien établie du Danemark et de l’Allemagne, même si Siemens a déjà jeté l’éponge. Ensuite l’UE se heurte à la concurrence chinoise et a établi des droits de douane dissuasifs sur les panneaux chinois. En conséquence nous subventionnons les panneaux solaires et, malgré cela le solaire a pesé négativement sur le bilan du producteur AREVA. En résumé il n’y a pas d’avenir économique serein pour la France, et même l’UE, dans la production de panneaux solaires, car il faut consentir des subventions et des droits de douane. De plus l’implantation des panneaux solaires sur notre sol ne permet pas d’arrêter les réacteurs nucléaires qui assurent la production de base quand il n’y a ni soleil ni vent. Nicolas Hulot est en train d’en faire le constat.

Les chiffres cités sur la répartition des énergies ne sont plus d’actualité. En 2017 elle est la suivante : 72% nucléaire, 10% hydraulique, 10% thermique (charbon, fioul, gaz), 4% éolien, 2% solaire, et 2% bioénergie et autres. Cela ne change rien sur les conclusions à en tirer. Oui le nucléaire ne produit pas de CO2 ni de polluants rejetés dans l’atmosphère, avantage décisif par rapport à l’énergie thermique, mais il n’a pas la même réactivité pour palier à l’intermittence aléatoire des énergies renouvelables (EnRia). Il est faux de dire que le nucléaire peut seul réguler l’adaptation consommation-production, même si le nucléaire français a réussi à adapter des procédures d’exploitation sur 9 de ses réacteurs pour des effacements de production en quelques dizaines de minutes de l’ordre de 30%. D’une part quand ceux-ci sont à pleine charge, ce qui est le régime normal, ils ne peuvent pas répondre à un accroissement de la production, et d’autre part la flexibilité dans l’effacement se paye par une efficacité dégradée et un vieillissement accéléré du réacteur. Les matériaux qui constituent son habillage sont sensibles aux variations de température engendrées par les variations de la production. 

Contrairement à ce que dit Jancovici, la présence d’EnRia dans la production sur le réseau entraîne la présence d’une énergie de pilotage à réactivité quasi-instantanée que seule réalise l’énergie thermique. Sinon il ne reste que deux autres solutions pour réagir : la baisse de tension avec toutes les conséquences sur le fonctionnement de l’électronique en général, et la coupure d’alimentation des abonnés ayant souscrit un contrat d’effacement (type EJP) à la demande leur donnant un prix plus avantageux du kWh. L’expérience prouve sur quatre années de 2014 à 2017 que, compte-tenu de tous les autres moyens utilisés pour l’adaptation consommation-production, 1 kWh d’EnRia demande 1 kWh de production thermique en moyenne sur une année. Ce constat est fondamental pour imaginer un plan réaliste de la production future d’électricité. Il est d’ailleurs vérifiable sur les productions allemande et belge. Autrement dit, on ne peut supprimer les productions thermiques polluantes qu’en arrêtant la production des EnRia, ou en mettant en service des moyens de stockage de l’électricité de grande capacité et peu couteux. Ce duo de qualité du stockage n’existe pas encore. Tout plan énergétique qui ne prend pas en compte cette loi expérimentale est donc pour l’instant voué à l’échec.

C’est pourquoi il faut arrêter le subventionnement des panneaux solaires, ne pas racheter leur électricité produite au double du prix du kWh, et réserver cette production à l’autoconsommation. Ceci ne résoudra pas totalement le problème de l’intermittence puisqu’il faudra toujours faire face à une demande sur le réseau en cas de manque de production solaire. Mais cela obligera les producteurs d’électricité solaire à installer des moyens de stockage adaptés pour accueillir les surproductions, moyens coûteux mais qui existent pour des petits stockages. Le réseau ne fera alors face qu’aux manques de production, atténués par le stockage sur place, mais plus aux surproductions. Par ailleurs le coût total sera désormais à la charge du producteur et il limitera l’expansion des panneaux à celle que permet la rentabilité de ce moyen de production. Vu le prix alors réel du kWh, le constat freinera la montée en puissance du solaire mais assainira économiquement le marché de l’énergie en mettant en évidence le coût réel du kWh solaire. Plus ce prix baissera, plus le solaire progressera, comme pour tous les produits selon la loi du marché. 

Il n’y a aucune raison de ne pas profiter d’une énergie captée sur celle délivrée par le soleil ou le vent, mais il n’y a non plus aucune raison de payer au-delà de ce que peut produire une autre énergie, et de s’obliger à produire une énergie entraînant indirectement une pollution que l’on veut combattre. Si le combat contre la pollution est souhaitable, on ne peut en ignorer le coût. Les 100 milliards déjà engagés sur les EnRia selon Jancovici, coût identique au coût historique du nucléaire, doivent nous faire regarder les productions de kWh associées.

Depuis 2005, début de l’éolien, et depuis 2011, début du solaire, ces EnRia ont produit 198,1 TWh soit 198,1 milliards de kWh (chiffres RTE) pour 100 Mds€. Le coût par kWh est donc de 50c€/kWh d’investissement. Mais le coût total est plus élevé avec les coûts d’exploitation. La production totale se décompose en deux productions, de 156,4 TWh pour l’éolien et 41,2 TWh pour le solaire. La Cour des comptes évalue le coût du kWh éolien à 82 c/kWh et 229 c/kWh pour le solaire dans des installations moyennes, et beaucoup plus pour les petites installations, mais gardons ces chiffres. Le coût total dépensé par l’éolien à fin 2017 s’élève donc à 128,2 Mds€, et celui pour le solaire à 94,3 Mds€, soit un total de 222,5 Mds€. C’est donc de l’ordre de 223 Mds€ que la France a dépensé pour les EnRia à fin 2017. Ce chiffre est cohérent avec la même dépense allemande annoncée comme dépassant les 600 milliards mais avec une production 4 fois supérieure en 2016. 

L’export d’électricité, et même le solde des échanges transfrontaliers étant très supérieur à la production totale des EnRia, on peut considérer que la totalité de cette production a été exportée en moyenne au prix du marché de l‘électricité. Le prix moyen en 2016 était de 3,675 c/kWh et avait baissé par rapport à l’année précédente de 4,5%. Pour faire un calcul approximatif, on va prendre une valeur supérieure à 4 c/kWh sur l’ensemble de la période de production des EnRia. La revente à l’export des productions éolienne et solaire a donc rapporté 7,3 Mds€. In fine le coût des énergies solaire et éolienne jusqu’à fin 2017 est de l’ordre de 215 Mds€ ! 

Ce chiffre est à rapprocher de l’endettement d’EDF de l’ordre de 75 milliards, dont 5 pris en charge par l’État, des 25 milliards prévus pour le site d’enfouissement de Bures, du « grand carénage » à 22 Mds€ de 22 réacteurs pour une période de vie d’au moins 20 ans, et des 11 milliards du réacteur EPR de Flamanville [investissement qu’EDF récupèrera pendant 11 ans par les 12TWh/an produits par le réacteur à 9,02c/kWh hors taxes (2018) sur notre facture d’électricité]. Mais ce chiffre de 215 Mds€, qui est finalement un appauvrissement de la richesse nationale puisqu’il ne sert en rien la consommation nationale, est à rapprocher aussi de notre déficit et notre dette nationale. C’est 3 fois notre déficit 2017, près de 10% de notre dette publique, et 3,5 fois notre déficit du commerce extérieur, quand l’Allemagne a un excédent de 225 milliards. 

En résumé, sans le choix financièrement catastrophique des EnRia, nos factures d’électricité auraient pu être singulièrement allégées tout en laissant EDF largement bénéficiaire et en situation de pouvoir investir dans le nucléaire futur que va nécessiter la montée en puissance du parc automobile électrique. Pendant ce même temps le nucléaire a produit 4939,7 TWh à 4,95 c/kWh, soit 25 fois plus, remboursés à près de 2 fois par le kWh HT à 9,02 c/kWh de nos factures d’électricité. Mais à ce bilan catastrophique d’une dépense inutile, coûteuse, ne résolvant en rien ni la production de CO2, ni celle de la pollution nuisible à la santé et à l’environnement, il faut ajouter des nuisances propres à ces énergies touchant, la santé, l’environnement, l’emploi et la dépendance énergétique. Ce sera l’objet de dernier article de cette série sur le scandale des EnRia.
 
La France n’est pas l’Allemagne, elle n’a pas le droit à l’erreur 

Lorsqu’elle affiche un déficit budgétaire et une dette

Qui va bientôt atteindre le chiffre de 100% du PIB. 

Cette gabegie financière par son inutilité

Est un monument de désinformation 

Une arnaque qui se cache derrière

Une idéologie irréaliste mais… 

Par pour les profiteurs !
 
Claude Trouvé 
26/02/18