mercredi 25 octobre 2017

Sortir ou non du nucléaire ? (fin)


   Le précédent article montre qu’il y a deux façons diamétralement opposées d’évaluer le danger que représente l’énergie nucléaire pour la production d’électricité, ceux qui pensent que le risque n’est pas acceptable, l’Allemagne et la France, et les autres, en gros le reste du monde et d’ailleurs les pays les plus peuplés avec la Chine et l’Inde. Si l’on estime que le nucléaire est un danger pour le monde en arguant qu’une catastrophe nucléaire peut répandre sa radioactivité sur toute la planète, terres, air, mers, il est grand temps que l’ONU s’empare du sujet. En effet il ne suffit pas que la France et l’Allemagne sortent du nucléaire, tous les autres pays représentent alors un danger mortel. Si j’en crois les articles de nos anti-nucléaires français, militants de Greenpeace parmi les plus acharnés, la France par son inconscience et ses 58 réacteurs représente un danger qu’il faut d’autant plus dénoncer que son parc nucléaire est en voie de délabrement.

    Alors il y a dans leurs propos publiés dans le précédent article, une désinformation qu’il me faut dénoncer. La politique de surveillance de l’industrie nucléaire en général est l’une des plus sérieuses au monde et devrait même être un exemple pour toutes les autres industries dangereuses dont l’industrie chimique. Si notre production nucléaire n’a pas fait de morts, ce n’est pas le cas de l’industrie chimique. La catastrophe d’AZF en témoigne, mais il n’est pas question d’arrêter ce type d’industrie. La qualité de surveillance de l’industrie nucléaire tient sur deux piliers. Le premier est l’Autorité de Sécurité Nucléaire, ASN, qui a une haute main sur cette industrie, transports, stockages, et environnement compris, et cela en dehors du pouvoir politique. Elle autorise ou non la construction, l’exploitation de tout atelier de production, de stockage et tout transport utilisant des matières nucléaires. Elle exige des rapports d’exploitation, pratique des inspections à son gré et peut arrêter une installation sans délai d’exécution. Le deuxième pilier est une culture de la sécurité répandue dans tous les personnels de cette industrie, culture d’autant plus facile à inculquer qu’il s’agit de leur santé et de leur vie. Qui est plus attaché à minimiser le risque que ceux qui y travaillent ? 

Par ailleurs la politique de surveillance, qui s’inspire de l’assurance qualité, demande aux exploitants la plus grande transparence sur tout ce qui paraît être une « anomalie », au sens de ce qui n’aurait pas dû être, même si cela n’a généré aucun incident réel. Pour illustrer ceci je vais prendre l’exemple de la check-list que déroule le pilote d’un avion avant le décollage. Non seulement il doit répondre à la liste entière mais acquitter chaque vérification. S’il en a omis une, rien ne dit que l’avion va être mis en difficulté, voire s’écraser, mais ce manque est consigné. C’est exactement la même chose pour le nucléaire, ce manque constitue un « écart ». Il est consigné dans le rapport d’exploitation et classé au niveau zéro de l’échelle internationale des accidents nucléaires, l’INES, comme Tchernobyl qui y est classé au niveau maximum 7 de l’échelle. Inutile de dire que le nombre d’écarts peut être de quelques dizaines par an sur 58 réacteurs en activité, en rechargement ou en maintenance. Ainsi une indisponibilité d’une alarme de surveillance d’un réacteur de Cattenom le 12/09/17 a été classée au niveau 0. Les « incidents » de niveau 1 sont assez fréquents et ceux de niveau 2 moindres. Ces deux niveaux n’ont aucun impact sur les populations, les salariés de l’installation et sur l’environnement. Ils ne sont pas classés « accidents » mais concernent la sûreté d’exploitation des réacteurs jusqu’au niveau 3.

Pourquoi arrête-t-on un réacteur ? On arrête ¼ du parc nucléaire par roulement pour recharger le cœur du réacteur. Autrement dit un réacteur est arrêté pour rechargement tous les quatre ans. Ceci veut aussi dire qu’un réacteur de puissance installée de 1000 MW ne peut fournir en réalité que 750 MW s’il est arrêté ¼ de son temps. Tout compris le taux de disponibilité du nucléaire a été de plus de 75% en 2015. Pendant l’arrêt du réacteur, on procède à toutes les opérations d’entretien possibles. Certaines opérations ne peuvent pas être réalisées dans le délai du rechargement. Il s’agit alors d’une opération de maintenance. Celle-ci peut être faite en prolongeant la période de rechargement ou nécessiter l’arrêt spécifique du réacteur. La maintenance concerne soit des prises en compte du vieillissement des installations, soit des améliorations à apporter. 

Ce dernier cas d’arrêt des réacteurs concerne aussi ce que l’on peut désigner par le grand « carénage » comme sur les navires. C’est le cas des enseignements tirés de Tchernobyl et surtout de Fukushima par l’ASN. Des améliorations importantes et coûteuses sont alors programmées sur tous nos réacteurs principalement orientées vers la sûreté, en termes de probabilité d’accident et d’importance des conséquences s’il se produit. Pour toutes ces raisons d’arrêt, il n’y a donc aucune raison d’affoler les populations. Les réacteurs suivants ont été arrêtés ou à l’arrêt en 2017 pour rechargement et maintenance : n°1-4 de Chinon, n°1 de Fessenheim, n°1 de Dampierre-en-Burly, n°2-3-4-5-6 de Gravelines, n°2 de Flamanville, n°1-2 de Saint-Alban, n°1 de Saint-Laurent-des-Eaux, n°4 de Cruas-Meysse, n°2 de Bugey, n° 1-3 de Blayais, n°2 de Golfech, n° 2-4 de Dampierre-en-Burly, n°1-2-4 de Tricastin, n°1 de Chooz, n° 2 de Nogent-sur-Seine. 21 de ces réacteurs, sont de nouveau en production à ce jour mais la centrale du Tricastin est mise en arrêt provisoire sur ordre de l’ASN. Le réacteur n°2 de Dampierre-en-Burly a été arrêté pour intervention sur un transformateur fournissant l’électricité au réacteur. Les réacteurs n°1 de Civaux et n°2 du Blayais ont été arrêtés pour visite et contrôle. C’est la vie normale d’une installation industrielle.

     L’ASN ne laisse aucune faille dans le système de sûreté des réacteurs. Elle vient de classer au niveau 2 de l’échelle INES un événement significatif pour la sûreté relatif à un risque de perte de la source froide pour les réacteurs des centrales nucléaires de Belleville-sur-Loire, Cattenom, Chinon, Cruas, Dampierre-en-Burly, Golfech, Nogent-sur-Seine, Paluel, Saint-Alban et Saint-Laurent-des-Eaux. 29 réacteurs de 900 MWe et de 1 300 MWe sont concernés par cet événement. Ceci implique une injonction faite à EDF de rectifier le tir dans les meilleurs délais. Il faut néanmoins insister sur le terme « risque » qui n’implique pas que cela va arriver mais que la probabilité d’advenir ou la gravité des conséquences est jugée inacceptable par l’ASN. Je réfute donc l’argument de non-transparence fait au nucléaire civil. Aucune industrie ne l’est autant. Par ailleurs il ne faut pas exploiter cette transparence pour affoler la population. Nous devons au contraire voir dans l’intransigeance d’un organisme de contrôle et dans le professionnalisme des personnels sur ces installations une forte raison de confiance dans la maîtrise de ces installations seulement « potentiellement » dangereuses que démontre l’absence d’accident nucléaire depuis 60 ans dans le pays le plus nucléarisé du monde par habitant.


En tant qu’instructeur d’élèves-officiers j’ai dû leur apprendre les réflexes à acquérir pour pouvoir sans danger, tirer, manipuler des détonateurs et des grenades, détecter des mines, etc. De même la France a acquis cette maîtrise dans le domaine nucléaire parce qu’elle y a toujours été une pionnière. Elle a une « culture de la sûreté ». Alors sortir du nucléaire ou non ne tient qu’à l’idée que l’on se fait de ce danger. Car rien d’autre ne peut lui être reproché. Rien n’est encore décidé pour les déchets ultimes radioactifs sur le site de Bure mais les scientifiques travaillent pour y assurer les meilleures conditions de stockage. Doit-on leur faire l’affront de leur dire qu’ils n’y connaissent rien ou qu’ils sont irresponsables ? La France et le Royaume-Uni ont été les pionniers pour traiter les combustibles irradiés sortant des centrales et récupérer l’uranium et le plutonium de façon à minimiser au maximum le volume des déchets tout en récupérant des matières énergétiques recyclables. Cette technique a été vendue au Japon. On ne peut même pas reprocher au nucléaire d’émettre du CO2, c’est même grâce à lui que la France affiche l’un des plus bas taux européens.

Alors on fait quoi ? Je vous laisse juges, vous en savez assez. Faut-il couvrir notre territoire d’éoliennes et de panneaux solaires sachant que ces énergies sont :

  • Intermittentes pour les deux et aléatoires en plus pour l'éolien
  • Inutiles pour faire face à notre consommation actuelle,
  • Plus coûteuses que le nucléaire, et subventionnées,
  • Régulées soit par une énergie thermique polluante soit par une énergie nucléaire dite dangereuse

Et cela tant que nous ne saurons pas stocker (ou utiliser pour fabriquer l’hydrogène nécessaire aux voitures à pile d’hydrogène) l’énergie électrique en quantité et à moindre coût ? Risque acceptable ou doublement de notre facture d’électricité comme en Allemagne qui a déjà investi 500 milliards d’euros dans les énergies renouvelables ?
 
Le catastrophisme, largement utilisé par l’écologisme et les politiques,

N’a que le seul but de fournir une information orientée.

Il obscurcit le raisonnement et impose un choix 

Qui nous masque les véritables enjeux,

Ceux des profiteurs, les lobbies.

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon