jeudi 19 octobre 2017

L’oligarchie ploutocratique n’a plus de limites !



L’intervention grossièrement maladroite de Pierre Gattaz, président du Medef, souhaitant un contrôle journalier des demandeurs d’emploi, est très révélatrice de l’évolution actuelle de la politique en général. Avoir l’impudence d’évoquer un tel dispositif montre combien cette « eurogarchie » ploutocratique a désormais un poids tel qu’elle peut se permettre de sommer le Président d’aller toujours plus loin dans le sens de ces grandes entreprises du CAC40. La rétraction sur un contrôle hebdomadaire au lieu de journalier du même porte-parole du Medef n’ajoute qu’un propos ridicule de plus à l’intéressé. Mais dans ce cas le ridicule ne tue pas. Cette phrase n’est même pas digne d’un chef d’entreprise de TPE qui sait que toute activité supplémentaire a un coût et que l’armée de fonctionnaires, qui serait attachée à cette tâche, aurait bien du mal à rentabiliser son action. Ce ne pourrait donc être que pour le principe, comme on l’a fait pour l’ISF dont beaucoup d’économistes ont montré qu’elle ne rapportait finalement rien à l’État puisque les riches partent alors à l’étranger.

Mais cette assertion est d’une impudence crasse quand on voit les 80 à 100 milliards de la fraude fiscale avouée par l’État dont les principaux acteurs sont précisément ces grandes entreprises à emprise mondiale. Monsieur Gattaz comment osez-vous tenir de tels propos quand vous avez promis et non réalisé un million d’emplois et que l’État a budgété 40 milliards en retour, dans les milliards du CICE, les milliards pour le "pacte de responsabilité" ? Comment osez-vous quand vous et les vôtres tournent leurs regards vers l’Irlande, le Luxembourg, Malte, le Delaware, le Nevada, les îles vierges, Panama, etc. avec lesquels ce n’est pas du commerce que vous faîtes, mais de « l’optimisation fiscale » ?  Comment osez-vous stigmatiser plus de 6 millions de demandeurs d’emploi, sans emploi ou à temps partiel, quand vous délocalisez vos usines et licenciez ou proposez à vos salariés de quitter le pays pour le salaire du pays étranger ? 

Nous savons pourquoi vous vous permettez ce mépris du monde salarial. La raison est que le Président légalement élu, mais qui va devenir illégitime, poussé à cette fonction par une formidable propagande de la quasi-totalité des médias tenus par 5 des vôtres avec l’accord des plus grandes banques américaines et de la BCE, est en place pour satisfaire vos besoins d’enrichissement. Les banques centrales déversent des milliers de milliards dont la destination est en très grande partie orientée vers la spéculation que vous pratiquez. Il vous faut encore plus d’argent pour le sortir et le faire fructifier hors de notre pays grâce à la mondialisation et la libre circulation des capitaux. Le Président n’est pas le président des riches mais celui du CAC40. L’écart entre les plus pauvres et les plus riches ne cesse de s’accroître, mais en bas de l’échelle, les plus pauvres ne sont pas un peu moins pauvres, ils sont plus nombreux à la soupe populaire.

Le tissu commercial se délite comme peau de chagrin mais ils ne sont pas des vôtres. Vous savez bien qu’il faudra que le consommateur aille dans les grandes surfaces pour se nourrir et se vêtir. Sur internet tout est fait pour les attirer, mais qui est derrière ? Les Amazon et compagnie qui se débrouillent pour ne donner que très peu au fisc français. Cela est avéré mais tout sera fait pour que l’impact des sanctions sur eux ne les fragilisent pas. Ils sont trop gros pour tomber (« Too big too fail »). Oui monsieur Gattaz vous avez pris le pouvoir en France, mais vous êtes un prédateur qui dépouille le monde du travail et ne partage pas. Quand vous étiez grenouille, vous aviez encore un sentiment humanitaire et le sens du donnant-donnant, qui existe encore dans de très nombreuses petites entreprises. Mais maintenant que vous êtes bœuf, les hommes sont devenus des choses avec un retour de vos entreprises dans la caricature des « Temps modernes » avec Charlie Chaplin. 

Arrêtez vos sornettes comme « c’est nous qui donnons du travail, sans nous c’est le chômage assuré » ! Non, un simple regard sur les chiffres collectés par Eurostat montre, en comparant les différents pays, que l’augmentation du coût de la main-d’œuvre, du coût salarial, et la diminution du chômage va de pair avec l’augmentation du PIB/habitant. C’est la consommation qui fait tourner nos petites et moyennes entreprises dont l’essentiel de l’activité est tourné vers l’intérieur du pays. Elles marchent bien quand le carnet de commandes est plein et non pas quand elles produisent pour mettre dans le stock ! J’ai eu un passage comme patron d’une PME dans ma jeunesse et les règles de base du commerce n’ont pas changé. Pour vous les gros, votre regard est tourné vers l’extérieur, car si l’extérieur vous boude vous maigrissez. Vu votre embonpoint actuel cela ne semble pas être le cas. Vous mettez le plus possible à l’extérieur, même vos impôts, mais vous prenez le plus d’argent possible à l’État.

Il ne faut pas que vous soyez gêné aux entournures. Vous poussez donc à la flexisécurité, terme qui met 10 sur la flexibilité et 1 sur la sécurité. Vous poussez à la formation parce que cela engraisse votre syndicat patronal comme ceux des salariés dans une petite magouille qui oublie que cela ne donne que de faibles résultats mais des apports financiers conséquents. Que le chômeur de 50 ans ait très peu de chances de trouver un travail en changeant de métier ne vous importe en rien. Vous savez bien que cet homme de 50 ans, qui redevient un débutant avec sa nouvelle formation, présente que peu d’intérêt pour vous puisque vous allez devoir compléter sa formation sur le tas pour 10 ans seulement. Il n’est pas rentable, exit ! Par contre la manne financière de la formation vous intéresse et je sais que par expérience qu’elle est très mal utilisée au sein des grandes entreprises… Bof dites-vous c’est de l’argent qui tombe du ciel… Non monsieur Gattaz, de nos poches ! 

Cela coûtait fort cher de mettre des cadres maison à la porte, des techniciens supérieurs en place depuis trente ou quarante ans, quand vous délocalisez. Désormais vous savez ce que cela va vous coûter... un prix fixe et beaucoup moins onéreux. Vous étiez bien ennuyés quand vos syndicats s’appuyaient sur des accords de branche et ne vous permettez pas d’y déroger. Désormais vous allez avoir les mains libres pour discuter. Le Comité d’entreprise sera informé d’un plan de licenciement possible si on ne renégocie pas un nouvel accord d’entreprise. En faveur de qui ? Répondez franchement. Oserez-vous dire que c’est en faveur de vos salariés ?

Monsieur Gattaz vous n’avez qu’une circonstance atténuante c’est que vous êtes moins pire que notre Président à tous, car vous vous défendez les entreprises, lui il défend l’ensemble des citoyens de son pays. Enfin il devrait ! Mais c’est vers vous qu’il se tourne. C’est pour que votre entreprise ne subisse pas de grèves qu’il augmente le salaire de vos employés en prenant l’argent dans la poche des retraités, quitte à le récupérer par la TVA et la CSG, tout en soulageant vos charges ! Ni vu, ni connu, le tour de passe-passe ne touchera de plein fouet qu’une catégorie sociale pleine aux as, les retraités. Monsieur Macron n’a rien à faire du retraité qui ne peut pas se payer une maison de retraite, où d’ailleurs il sera à nouveau exploité au nom de la rentabilité, et croupira dans une maison insalubre où on va le pénaliser pour avoir une maison « passoire thermique » qui dépense de l’énergie pour rien.

C’est la classe moyenne et les retraités qui font le plus marcher le commerce, mais cela Macron s’en fiche. Il incite même les paysans pauvres à se regrouper… pour mourir ensemble face à la concurrence étrangère ! Il n’est pas là pour diminuer leurs impôts et taxes mais pour alléger ceux des entreprises et des gros porteurs d’actions par la suppression de l’ISF sur leurs gains. 

Un pays qui s’appauvrit, un tissu commercial qui se délite,

Des petites entreprises qui disparaissent sans répit, 

Des grosses qui profitent de l’argent de tous,

Des salariés qui deviennent des choses, 

Annoncent la disparition d’un peuple

Dans l’abîme de ces prédateurs 

Qui ne cessent de le spolier !
 
Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon