mercredi 18 octobre 2017

Quand une erreur géostratégique peut être fatale !



En matière de géostratégie, plus qu’ailleurs, il faut voir loin. Ce fut le cas de De Gaulle, mais on n’a pas retrouvé l’équivalent, sur ce point au moins. Souvenez-vous de ce 27 janvier 1964 où celui-ci rétablissait des relations diplomatiques avec la Chine au nez des occidentaux médusés par cet acte impensable à l’époque tant l’anticommunisme régnait sur la politique des États-Unis et de ses alliés. Cinquante-trois après, les Chinois restent fascinés par le général de Gaulle et lui vouent une sorte de vénération. Aujourd’hui la Chine est en passe de devenir la première puissance mondiale, si ce n’est pas déjà fait. Seule la puissance militaire laisse encore une marge d’avance aux États-Unis mais avec les BRICS et l’alliance stratégique russo-chinoise, ce temps de suprématie militaire ne va pas durer longtemps. La Russie a montré en Syrie qu’elle ne cédait plus et les américains ne vont pas pouvoir continuer longtemps à titiller la Chine aux limites de ses eaux territoriales.

De Gaulle avait vu loin, la France pilote son destin à vue de nez depuis. J’ai dit de nombreuses fois que notre avenir était dans ce supercontinent que représente l’Asie, l’Afrique et l’Europe, supercontinent que l’on peut parcourir par voie terrestre. Ce n’est pas le cas de l’Australie et des Amériques. Le pont futur sur le détroit de Behring restera toujours un pont au plein sens du terme. Nous continuons pourtant sous le parapluie et la dépendance américaine alors que les États-Unis amorcent leur déclin avec la fin prochaine de l’hégémonie du pétrodollar. L’ère de la suprématie par le pétrole est derrière nous. La Chine va devenir demain le principal client des champs pétrolifères de l’Arabie Saoudite et de l’Iran. De plus en plus de pays vont acheter du pétrole dans une monnaie autre que le dollar. La Russie et la Chine accumulent de l’or dans l’objectif d’une prochaine guerre monétaire où leur monnaie ne sera plus une monnaie de singe mais ayant une contrepartie en or. L’augmentation exponentielle de la dette touche à sa fin, la planche à billets tourne de plus en plus vite, ses rouages n’en peuvent plus. Les banques centrales ne peuvent plus revenir en arrière des QE et des taux négatifs. 

Le pétrole est encore loin de manquer et le catastrophisme de la pénurie ne sert que pour justifier des actions politiques dont les bénéficiaires sont toujours ceux qui détiennent le pouvoir de l’argent. SI la Chine est dépendante du pétrole pour l’instant, elle a mis en place une stratégie cohérente de repli de cette dépendance sur le plan du transport et de l’électricité avec la voiture électrique, les énergies renouvelables et le nucléaire. Cette stratégie a un double but, diminuer sa dépendance et dominer le marché sur ce qui est devenu indispensable à la consommation du monde d’aujourd’hui :  c’est tout ce qui permet de faire fonctionner les moteurs électriques et toute la panoplie de produits à base d’électronique. Pourquoi ? Parce que la Chine a vu loin, elle a compris avant les autres que l’orientation actuelle de la consommation nécessiterait de disposer d’une grande quantité de métaux rares, les Terres rares. Cette demande allait devenir si pressante qu’elle supplanterait celle du pétrole. Or la Chine a un atout majeur, celle d’être encore aujourd’hui un producteur de 80% des besoins de ces métaux et de disposer des plus grandes réserves mondiales.

En 1992, Deng Xiaoping prophétisait déjà : « Il y a le pétrole en Arabie Saoudite, il y a les terres rares en Chine. » Il en faut entre 2 et 7 kilogrammes pour fabriquer les aimants permanents et les batteries des véhicules électriques. Plus d’une tonne est nécessaire pour les moteurs des éoliennes offshore. Je dis que cette stratégie est d’une cohérence diabolique que les occidentaux commencent seulement à percevoir. Par exemple on pourrait se demander pourquoi les chinois ont un programme très ambitieux de construction de centrales nucléaires mais développent les énergies renouvelables (EnRi) sans fermer leurs centrales thermiques au charbon, ce qui est à l’opposé de la politique énergétique française. L’explication est simple et globale en effet. La Chine doit donner des gages de bonne conduite et a signé l’accord de principe, car non engageant vu qu’aucune sanction n’est prévue, de la COP21. Elle développe ainsi l’énergie nucléaire, non polluante en CO2, ce qui lui procure la croissance d’énergie électrique nécessaire à son développement. La croissance des EnRi la place dans les bons élèves de la COP21, mais surtout développe une industrie des panneaux solaires et des éoliennes où elle entend jouer la première place sur le plan mondial et inciter les pays à s’engager dans cette voie. Elle fait de même avec la voiture électrique où elle veut aussi rester un producteur notable. 

C’est gagner sur les deux tableaux car il y a un passage obligé pour ces deux besoins et même pour tout ce qui touche à l’électronique, les Terres rares. Ce passage obligé passe par la Chine. Le monde entier va se trouver concurrencé sur la fabrication de tout ce qui demande des métaux rares puisque leur prix sera piloté par la Chine, premier producteur. Dernier maillon de ce plan cohérent mais diabolique, c’est que le monde en développement n’échappera pas à l’énergie nucléaire, seule capable de produire sur une surface réduite une énergie considérable. Elle devient donc en plus un acteur mondial dans la construction des réacteurs grâce à son partenariat avec EDF pour la construction des réacteurs EPR au Royaume-Uni. De plus la Chine dispose de réserves considérables de charbon dans l’ouest du pays, cela lui permet de pallier à l’intermittence aléatoire des EnRi en développement.

Cette cohérence géostratégique chinoise montre à l’Occident et particulièrement à la France, l’incohérence de sa politique énergétique et géostratégique. Pour des raisons de pollution, et particulièrement du CO2, la France développe les EnRi et la voiture électrique. De plus elle se trouve soumise comme les autres pays à l’augmentation de la consommation de l’électronique mobile. Tout cela nous lie à la nécessité de disposer de terres rares pour les fabriquer et nous soumet dans tous les cas à la dépendance au prix de celles-ci, voire à la bonne volonté chinoise de les vendre. Le Japon en a déjà fait l’expérience et ce fut la première prise de conscience de l’arme fatale dont dispose la Chine. Nous augmentons donc sciemment le risque en précipitant la fin des voitures à moteur thermique lié au pétrole, en développant les EnRi sans aucun besoin pour pallier à notre consommation, et de surcroît en projetant d’arrêter les centrales nucléaires qui assurent notre indépendance au pétrole et aux terres rares !! 

La France regarde le bout de son nez ou ne regarde que le doigt qui pointe vers la lune. C’est consternant de voir qu’un pays, qui était leader dans une énergie de demain, va dépenser des sommes considérables en jouant sur la crédulité de son peuple, faire doubler le prix de l’énergie électrique et mettre le pays sous une dépendance économique et stratégique pire que celle du pétrole. A quoi reconnaît-on une connerie étatique ? Au fait qu’elle se perpétue dans l’indifférence, voire l’enthousiasme programmé de son peuple enfumé par des concepts plus idéologiques que réalistes. Malheureusement ce sont de telles décisions stratégiques qui plongent un pays vers son déclin, pendant que d’autres s’apprêtent à dominer le monde. C’est la vie me direz-vous, sauf que nous avons toutes les raisons de pouvoir échapper à un destin que nous construisons nous-mêmes.
 
Le QI des chinois est paraît-il supérieur à celui des français. 

Doit-on y voir la raison du déclin de notre civilisation ?

Nos élites scientifiques nous quittent déjà 

Mais les « élites » politiques restent !

C’est peut-être là la raison 

De notre déclin !
 
Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon