samedi 31 mars 2018

Révolution monétaire : la fin de la prééminence du dollar ?


La course à l’escalade des sanctions contre la Russie initiée par les Etats-Unis, complétée par le Royaume-Uni et suivie par l’UE, se retourne déjà contre ses auteurs. La fin de non-recevoir de l’UE pour le rapprochement souhaité par la Russie a généré une remise en cause de la politique étrangère russe. Poutine a tendu la main à la Chine, ce qui était auparavant hautement improbable. La gifle qu’il a reçu par son exclusion du G8 n’a fait que lui confirmer que l’intérêt russe passait d’abord par la Chine et l’ouverture sur le monde asiatique. Mais ce rapprochement a abouti à une conception d’un monde multipolaire qui s’affranchirait de l’hégémonie des États-Unis, hégémonie utilisant la puissance militaire, le dollar et la domination financière et économique. Ceci a contribué à la mise en œuvre d’une stratégie de rapprochement économique dans un ensemble de pays, les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) qui ne représentent pas moins de 40% de la population mondiale avec la Chine, première puissance économique mondiale, l’Inde puissance montante et pays le plus peuplé du monde et la Russie et ses immenses ressources gazières et pétrolières. De plus ce groupe se dote de moyens bancaires communs, banque d’investissement, et banque d’affaires qui viennent concurrencer la Banque Mondiale. Le couple Russie-Chine complète ces accords par des accords stratégiques.

Pendant que les pays européens commencent à tirer à hue et à dia, s’enferrent dans une politique économique et étrangère contraire à leurs intérêts propres pour tous les pays du sud au moins, les peuples d’Asie unissent leurs efforts dans une structure multipolaire qui invite même l’Amérique du Sud et l’Afrique. L’Asie dispose d’ailleurs d’autres conglomérats de pays alors que l’union économique sous contrôle américain se délite. Citons l’Organisation de Coopération de Shanghai, l’OCS créée en 1996 lors du Forum de Shanghai à l’initiative de Moscou et de Pékin. Initialement, elle se concevait comme l’incarnation institutionnelle de la volonté des deux pays de stabiliser la région centre-asiatique post-soviétique, considérée comme un enjeu de sécurité commun et prioritaire. Elle était destinée à faire contrepoids aux influences occidentales en Asie centrale. L’instance suprême de l’Organisation de coopération de Shanghai est le Conseil des chefs d’Etat des pays membres. Il se réunit une fois par an, de même que le Conseil des chefs de gouvernement. Dans l’intervalle se tiennent des réunions des ministres des Affaires étrangères, de l’Économie, des Transports, de la Culture, de la Défense, de la Sécurité, des Procureurs généraux, ainsi que des responsables des frontières et des ministères des Situations d’urgence. Elle regroupe la Russie, la Chine, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan, l'Ouzbékistan, l'Inde et le Pakistan. 

Mais on peut aussi citer l’Union Économique Eurasienne, l’EEU qui est le pendant de l’UE. Crée le 29 mai 2014, à l’initiative de la Biélorussie, du Kazakhstan et de la Russie, elle s’est étendue à l’Arménie, au Kazakhstan et au Kirghizstan. Elle fonctionne grâce à une organisation supranationale à vocation exécutive chapeautée par un Conseil suprême des Chefs d’États et au niveau gouvernemental un Conseil des Premiers Ministres. Sa vocation est essentiellement économique sur un marché de 183 millions d’habitants. La Russie y exerce évidemment une influence considérable et est un pré carré soustrait à l’influence chinoise qui reste une méfiance de la Russie.
Tout ceci pour montrer que l’Europe se délite alors que l’Asie s’organise en regroupements évitant la fédéralisation au profit d’une coopération active. Cet esprit règne jusque dans l’union des BRICS, énorme machine économique, désormais bancaire et aspirant à exercer un poids monétaire. Les querelles toujours sous-jacentes entre la Chine et la Russie, ont néanmoins fait place à une union d’intérêts qui couvrent un vaste domaine géostratégique. La motivation essentielle de ces pays est l’accession à un nouveau monde brisant l’hégémonie unipolaire américaine pour un monde multipolaire comme l’avait imaginé De Gaulle. Ceci étant, une fois cet objectif réalisé il faudra que le motif de lutte contre les États-Unis face place à un vrai désir de paix. 

Pour l’heure le moteur russo-chinois entreprend une grande coopération dans des investissements gigantesques comme les nouvelles routes de la soie et une coopération militaire plus étroite. Elle prépare le terrain pour une nouvelle monnaie mondiale dont la monnaie primordiale des échanges, en particulier pétroliers, ne soit plus réservée au dollar. Pour asseoir cette monnaie, provisoirement le yuan, les deux pays jouent la convertibilité avec l’or et achètent celui-ci partout où il se trouve, et il y en a beaucoup en Chine. On peut faire de grandes choses par des alliances économiques et financières sans pour cela y contraindre les pays par une destruction de la souveraineté des nations. Les français feraient bien d’y réfléchir vite car leur retard va grandir chaque jour et leur pays disparaître dans un magma germano-américain. L’enjeu planétaire qui se joue est énorme et va conditionner tout le XXIème siècle. La France joue la mauvaise carte et deviendra une proie. L’enjeu monétaire est au centre et je vous convie à lire l’excellent article de septembre 2017 qui suit pour plus de détails.
 
La Russie et la Chine sont déterminées à enterrer le dollar
« Les nations d’Eurasie développent des moyens propres pour assurer la croissance de leurs économies à l’abri des sanctions financières du Trésor américain. »
Par F. William Engdahl
« Le gouvernement russe a récemment annoncé qu’il émettra l’équivalent de près d’un milliard de dollars en obligations d’État, mais non pas libellées en dollars américains, ce qui est généralement le cas, mais plutôt en yuan chinois. Il s’agit de la première vente d’obligations russes dans cette devise.
Alors qu’un milliard de dollars peut sembler peu par rapport à la dette totale de la Banque populaire de Chine de plus de 1 000 milliards de dollars ou à la dette fédérale américaine de plus de 20 000 milliards de dollars, sa signification dépasse le faible montant nominal. Il s’agit, pour les deux gouvernements – Russie et Chine – de tester le potentiel de financement par l’État de ses infrastructures, et d’autres projets, à l’abri du risque du dollar provenant d’événements tels que les sanctions financières du Trésor américain. 

Dette russe et Yuan chinois
Depuis le défaut souverain de la Russie, en août 1998, déclenché par l’Occident, les finances publiques du pays ont été prudentes. Le volume de la dette publique nationale est le plus faible de tous les grands pays industriels, à peine 10,6% du PIB pour l’année en cours [98% en 2016 pour la France]. Cela a permis à la Russie de résister aux sanctions de la guerre financière imposée par les États-Unis depuis 2014 et a obligé la Russie à chercher ailleurs pour sa stabilité financière. Cet « ailleurs » s’appelle de plus en plus la République populaire de Chine.
Maintenant, le ministère russe des Finances planifie, pour la première fois, la vente de la dette russe sous forme d’obligations libellées en monnaie chinoise. La taille de la première offre, testée sur le marché, sera de 6 milliards de yuans, soit un peu moins d’un milliard de dollars. La vente est organisée par la société publique russe Gazprombank, la Bank of China Ltd. et la plus grande banque publique chinoise, Industrial & Commercial Bank of China. Le mouvement est accéléré par des rapports annonçant que le Trésor américain étudiait les conséquences potentielles d’une extension des pénalités, jusqu’à présent concentrées sur les projets pétroliers et gaziers russes, pour inclure la dette souveraine russe dans sa guerre commerciale de sanctions. Le nouvel emprunt en yuan sera négocié à la Bourse de Moscou et destiné à être vendu aux investisseurs de Chine continentale ainsi qu’aux emprunteurs internationaux et russes à des taux d’intérêt intéressants.
Les sanctions occidentales ou les menaces de sanctions forcent la Russie et la Chine à coopérer de façon plus stratégique sur ce qui devient le germe d’une véritable alternative au système du dollar. Les offres de dette russe en yuan donneront également un coup de pouce significatif à la volonté de la Chine d’installer le yuan comme devise internationalement acceptée. 

Le pétro-yuan chinois
Les démarches pour commencer à émettre la dette de l’État russe en yuans vont de pair avec un autre développement majeur pour promouvoir une acceptation internationale plus large du yuan vis-à-vis du dollar américain. Le 13 décembre, les autorités de réglementation chinoises ont achevé les tests finaux en vue du lancement d’un contrat à terme sur le pétrole, non soutenu par le dollar, mais par le yuan, et négocié sur le Shanghai Futures Exchange. Les implications sont potentiellement importantes.
La Chine est le plus grand pays importateur de pétrole au monde. Jusqu’à présent, le contrôle des marchés financiers à terme du pétrole a été la chasse gardée étroitement surveillée des banques de Wall Street et des marchés à terme de New York, Londres et d’ailleurs, qu’elles contrôlent. L’émergence de Shanghai en tant que grand centre de contrats à terme sur le pétrole, adossés au yuan, pourrait considérablement affaiblir la domination du dollar sur le commerce du pétrole.
Depuis le choc pétrolier des années 1970 et la hausse de 400% du prix du pétrole provoquée par les pays de l’OPEP, Washington a maintenu un régime strict dans lequel le produit le plus précieux au monde, le pétrole, serait négocié uniquement en dollars américains. En décembre 1974, le Trésor américain a signé à Riyad, avec l’Agence monétaire saoudienne, un accord secret visant à « établir une nouvelle relation, par le truchement de la banque centrale de New York, avec les opérations d’emprunt du Trésor américain » pour acheter la dette du gouvernement américain avec les pétrodollars excédentaires.
Les Saoudiens ont accepté de faire exécuter, seulement en dollars, les ventes de pétrole de l’OPEP en échange de ventes américaines d’équipements militaires de pointe (achetés en dollars bien sûr) et d’une garantie de protection contre d’éventuelles attaques israéliennes. Ce fut le début de ce que le secrétaire d’État américain de l’époque, Henry Kissinger, a appelé le recyclage du pétrodollar. À l’heure actuelle, seuls deux dirigeants de pays exportateurs de pétrole, l’Irakien Saddam Hussein et le libyen Kadhafi, ont tenté de changer ce système et de vendre du pétrole contre des euros ou des dinars d’or [pour leur plus grand malheur, NdT]. Maintenant, la Chine conteste le système du pétro-dollar d’une manière différente avec le pétro-yuan.
La différence avec Saddam Hussein ou Kadhafi est que des pays beaucoup plus influents, la Russie et maintenant l’Iran, avec le soutien implicite de la Chine, coopèrent pour éviter que le dollar ne soit imposé par la pression américaine. C’est un défi beaucoup plus important pour le dollar américain que ceux que représentaient l’Irak ou la Libye.
Le contrat à terme sur le pétrole, libellé en yuan chinois, permettra maintenant aux partenaires commerciaux de la Chine de payer avec de l’or ou de convertir le yuan en or sans avoir besoin de placer leur argent dans des actifs chinois ou de le changer en dollars américains. Les exportateurs de pétrole, comme la Russie, l’Iran ou le Venezuela, qui sont tous ciblés par les sanctions américaines, peuvent maintenant y échapper en évitant les transactions pétrolières en dollars. En septembre dernier, le Venezuela a réagi aux sanctions américaines en ordonnant à la compagnie pétrolière d’État, et aux négociants, de libeller les contrats de vente de pétrole en euros et de ne plus payer, ni être payés, en dollars américains. 

De l’or pour le pétrole ?
Le Shanghai International Energy Exchange lancera bientôt des contrats à terme sur le pétrole brut libellés en yuans. Le contrat à terme du Shanghai International Energy Exchange rationalisera et consolidera le processus de vente de pétrole en yuan à la Chine, que la Russie a initié après les sanctions en 2014. Cela permettra également aux autres producteurs de pétrole du monde de vendre leur pétrole en yuan plutôt qu’en dollars. Le contrat à terme sur le pétrole brut sera le premier contrat de marchandises en Chine ouvert aux fonds d’investissement étrangers, aux maisons de courtage et aux sociétés pétrolières. Le contournement du commerce en dollar américain pourrait permettre aux exportateurs de pétrole comme la Russie et l’Iran, par exemple, d’ignorer les sanctions américaines.
Pour rendre l’offre plus attrayante, la Chine a lié le contrat à terme sur le pétrole brut avec l’option de convertir facilement le yuan en or physique à Shanghai et à Hong Kong. Selon Wang Zhimin, directeur du Centre pour la mondialisation et la modernisation de l’Institut chinois de l’économie et du commerce extérieur, la possibilité de convertir les contrats à terme sur le yuan en or donnera aux contrats à terme chinois un avantage concurrentiel sur les indices de référence actuels du marché, le Brent et West Texas Intermediate.
Maintenant, la Russie, l’Iran ou d’autres producteurs de pétrole sont en mesure de vendre du pétrole à la Chine en yuans ou en roubles, en contournant entièrement le dollar. Le changement aura lieu dans les semaines à venir lorsque le contrat à terme sur le pétrole en yuan sera officiellement lancé. En octobre, la Chine et la Russie ont mis en place un système de compensation (PVP) entre le yuan chinois et le rouble russe, ce qui réduira les risques de règlement pour le pétrole et d’autres marchandises.
Les ventes de pétrole et de gaz russes à la Chine sont déjà effectuées en roubles et yuans depuis la tentative stupide des États-Unis pour isoler le Qatar dans le golfe Persique. Ce pays qui est un important fournisseur de gaz naturel liquéfié à la Chine s’est tourné vers une tarification en yuans. La pression de la Chine est forte pour que l’Arabie saoudite rompe son pacte de 1974 avec Washington et vende son pétrole également en yuans. 

L’Iran va rejoindre l’Union économique eurasienne (EEU)
L’Iran va se joindre à la coopération croissante en Eurasie centrée sur la Chine et la Russie. Selon Behrouz Hassanolfat de l’Organisation iranienne de promotion du commerce, dans une déclaration diffusée par la chaîne publique iranienne Press-TV, l’Iran devrait devenir membre de l’Union économique eurasiatique (EEU) pilotée par la Russie, dès février 2018. Actuellement, l’UEE, créée en 2015, comprend la Russie, le Kazakhstan, le Bélarus, l’Arménie et le Kirghizstan et offre une vaste zone de libre circulation des marchandises, des services, des capitaux et des travailleurs entre les États membres. Actuellement, l’UEE représente un marché de 183 millions de personnes. L’addition de l’Iran, avec ses plus de 80 millions de citoyens, donnerait un coup de fouet aux économies de l’EEU et à son importance économique, créant un marché commun de plus de 263 millions d’individus, avec une main-d’œuvre qualifiée, ingénieurs, scientifiques et un savoir-faire industriel. »

La propagande des médias occidentaux occulte les vrais changements. 

Nos pays, historiquement différents par la langue et la culture,

N’ont rien compris à ce qui faisait la force des unions. 

Elle naît d’un ennemi commun et se perpétue

Par l’union des peuples vers des buts 

Qui dépassent celui de puissance

Et les font tous œuvrer 

Sous des drapeaux

Différents !

Claude Trouvé 
31/03/18