mardi 3 avril 2018

Histoire économique dans le PIB par habitant


Parmi les indicateurs les plus révélateurs, le PIB/habitant reste l’un des plus significatifs. Il est significatif de la richesse disponible par habitant, donc de la santé économique d’un pays. Bien qu’il soit fortement lié, il n’est pas forcément représentatif du niveau de vie des habitants. En effet il ne spécifie pas la destination de cette richesse, en particulier la répartition entre l’Etat, les sociétés privées et le public. Mais il permet sur une période annuelle de faire la comparaison entre les pays ayant la même monnaie. Pour aller au-delà et faire des comparaisons dans l’espace et dans le temps on doit s’affranchir des taux de change et de l’inflation entre autres. L’indicateur qui permet cela se nomme le PIB/habitant à parité de pouvoir d’achat et à monnaie constante en donnant l’année de départ de cette comparaison en deçà ou au-delà de cette date.

Cet article va se baser sur le graphique représentant cet indicateur de 1980 à 2017 pour 7 pays (France, États-Unis, Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Espagne, Suisse) avec l’année 2011 comme date de comparaison. Quatre d’entre eux font partie de la zone euro, un de l’UE avec le Royaume-Uni, plus la Suisse qui est dans l’Espace Économique Européen (EEE) mais pas dans l’UE, et les États-Unis qui est hors EEE. Il apparaît immédiatement trois remarques principales. La Suisse domine les 5 autres pays depuis avant 1980 mais l’écart avec les États-Unis s’est considérablement réduit. Ces derniers présentent la plus grande dynamique avec une croissance constante du PIB/habitant de 1979 à 2017 de l’ordre de 1,54%/an ou en moyenne de 620 $/an. Le deuxième constat est que la crise financière de 2009 a impacté tous ces pays, mais c’est l’Allemagne qui a le mieux tiré son épingle du jeu. Le troisième constat concerne le Royaume-Uni dont la dynamique ressemblait à celle des États-Unis, dynamique cassée dès 2005. 

Ce dernier constat mérite une interprétation. La dynamique britannique s’est brusquement ralentie en 2008 avec l’arrivée au pouvoir de David Cameron, très européiste et avant la crise financière de 2009. Toutefois la monnaie anglaise permettait un développement supérieur à celui de la France jusqu’en 2016 où la dévaluation de la livre, en lien avec le Brexit, a agi dans un premier temps sur l’indicateur PIB/habitant. On observe le même phénomène pour la Suisse dont les accords avec l’UE se sont multipliés dès 2008. L’UE exerce de plus en plus une pression sur ce pays afin qu’il adopte les règles de l’UE sans y entrer officiellement. La progression de son économie s’en trouve ralentie au niveau de celle de l’Italie. Alors que les valeurs de l’indicateur pour la France, l’Allemagne et l’Italie étaient très proches en 1983 et de nouveau en 2004, elles ont ensuite franchement divergé. L’Italie paye un lourd tribut à l’Allemagne dans l’UE avec des performances économiques médiocres.

L’Espagne, dernier pays en 1980, a subi un lourd handicap avec la crise de 2009 et n’a pas encore récupéré sa valeur de 2008. Pourtant elle retrouve un nouveau dynamisme qui la rapproche de l’Italie dont l’évolution économique est la plus faible avec la Suisse. Dès 2006, l’Allemagne a creusé le trou avec les autres grands pays européens, impactée une année par la crise de 2009, elle a rebondi dès 2011. Toutefois il semble que son économie commence à s’essouffler en 2017 par rapport au Royaume-Uni et surtout aux États-Unis. L’arrivée massive d’immigrés demande sans doute un temps de digestion, mais on peut penser aussi que la faiblesse relative des autres pays européens va commencer à jouer sur ses exportations et que l’austérité affaiblit la consommation intérieure. Néanmoins c’est le pays qui profite le mieux de l’UE et de la zone euro qui lui ont permis de distancer les autres grands pays européens.


Le cas de la France est celui d’un grand pays amorphe depuis 2011. La France décroche nettement des États-Unis. L’UE et la zone euro ne lui amènent aucun surplus de dynamisme et elle décroche même par rapport à la moyenne de l’OCDE. On note que les deux pays parmi ceux ayant le PIB/habitant le plus élevé du monde, Norvège et Suisse, marquent le pas. Ceci ne dédouane pas la France de sa faible performance même si les pays du Sud, Chypre, Grèce, Portugal et Italie font moins bien. Elle se laisse même rattraper par l’Espagne. On note les performances de l’Irlande et de Malte. L’Irlande bénéficie d’avantages spécifiques sur les impôts sur les sociétés, et Malte de son « statut » de paradis fiscal. 

Mais le graphique montre d’une façon claire que la zone euro performe moins bien que l’UE, laquelle fait moins bien que les pays de l’OCDE, et encore moins bien que la performance mondiale sur ces dernières années. On peut en déduire que l’UE s’enfonce par rapport aux autres continents et n’apporte aucun plus global. Les pays bénéficiaires, Allemagne, pays baltes et de l’Est, le font simplement au détriment des pays du sud. Cela suffit à condamner définitivement cette organisation qui prend du retard, non seulement par rapport à l’Asie de l’Est mais aussi par rapport aux Etats-Unis qui se servent de l’UE comme glacis économique et militaire. On notera que la réussite n’est liée ni à la taille de la population des pays ni à son niveau de PIB/habitant. L’exemple de l’ile Maurice, à une demi-heure d’avion de l’île de la Réunion, a un dynamisme qui ne doit rien à personne et un PIB/habitant supérieur à la moitié du nôtre, donc de la Réunion, et est en pleine progression. 

Il faut se rendre à l’évidence, la France perd pied dans l’avenir économique du monde. Elle est précédée par l’Italie, le Portugal, Chypre et la Grèce, alors que l’Espagne rame pour revenir dans la course. L’UE sombre lentement avec des écarts entre pays du Nord et du Sud qui s’agrandissent. Cette UE est incapable de faire progresser l’ensemble d’une façon harmonieuse. Elle prend aux uns pour donner aux autres, mais nous coulons tous, même l’Allemagne. L’avenir est en Chine et plus largement dans l’Asie du Sud-Est et dans le Pacifique. Ce pôle va drainer avec lui la Russie mais aussi l’Inde et l’Iran. Ces alliances multiformes respectent la souveraineté des nations et sont en train de donner un nouveau sens à une mondialisation non hégémonique. Leurs projets d’investissement sont colossaux et la guerre contre le dollar est inéluctable. Le monde multipolaire et le dollar, monnaie incontournable, sont incompatibles. 

Toutefois cela tient essentiellement à notre façon de gérer notre pays et à l’évolution de nos mentalités. Si l’Irlande réussit si bien, c’est parce qu’elle a réussi à obtenir des droits spéciaux sur l’impôt des sociétés qui attire l’argent des plus grosses dans ses caisses. Mais elle a réussi ce que la France ne fait pas, c’est d’en redonner une partie importante à son peuple, nourrissant ainsi la consommation intérieure. La recette est simple et Trump l’a compris, du coup la croissance américaine s’accélère. En dehors de la Chine, qui au rythme actuel aura dépassé notre PIB/habitant dans 18 ans soit en 2035, la France passe de la 29ème place à la 45ème sur les 48 pays représentés entre 2016 et 2035. Le plus inquiétant est que l’UE perd 12 places et la zone euro 16 alors que l’OCDE en gagne 5. Même si sur 18 ans, beaucoup de choses peuvent changer, cet éclairage prospectif montre qu’en moins d’une génération tout peut évoluer très vite si nous ne changeons rien.  L’Union européenne n’amène ni augmentation relative de richesse, ni dynamique sur le PIB/habitant, elle nous fait au contraire reculer par rapport à l’évolution mondiale. La zone euro est plus un frein supplémentaire qu’un avantage économique. 

Terminons en remarquant sur les graphiques que parmi les pays qui sortent du lot, on trouve les paradis fiscaux (Panama, Malte, Hong-Kong, Singapour, Luxembourg et Malte). Ces pays pompent l’argent qui échappe aux pays de provenance démontrant une fois de plus que la lutte contre eux est une fiction savamment entretenue par les grandes puissances financières mondiales. Le mondialisme sans contrainte et la libre circulation des capitaux conduit vers un monde où les inégalités ne peuvent que se creuser entre les riches et les pauvres. Il est temps que ce dogme trouve enfin une autre alternative que l’hégémonie américaine que nous soutenons par notre vassalisation germano-américaine. La France devrait avoir un autre destin que celui de jouer le rôle de supplétif. La France, libre de ses entraves, peut aussi bien faire que l’Irlande ou l’Islande.
 
Notre pays s’étiole et la France est en panne
De la grande épopée d’un historique destin
Ce pays en jachère et que les riches damnent
Livre son patrimoine à leur cruel festin.
Faudra-t-il que le peuple perde sa liberté
Que dans la pauvreté de ce pays qui crève
Son envahissement, ses inégalités
Dresse le peuple enfin dans la rue et la grève ?
Ce n’est pas dans vingt ans, qu’il faut se réveiller
Le monde aux oubliettes aura classé la France
Qui n’aura même plus la force de veiller
A garder à sa langue… son appartenance.
Jacques Ouvert
Claude Trouvé
03/04/18