vendredi 13 avril 2018

Les chiffres qui font sombrer le mythe de l’euro : Climat et énergie (Suite et fin)

Pour comprendre l’ineptie de la politique énergétique française, il est intéressant de regarder ce qui se passe en Allemagne avec le tableau de chiffres ci-contre fournis par ce pays pour les installations d’une puissance supérieure à 100MW.
L’introduction des énergies renouvelables, intermittentes et aléatoires (EnRia), demande de disposer d’énergies pilotables dont le but est de permettre à tout moment d’adapter la production à la consommation. A ces dernières on peut ajouter le pilotage par l’importation d’électricité mais ceci demande qu’elle soit disponible sur le marché européen de l’électricité. Le tableau recense les productions des deux types d’énergies, énergies pilotables et énergies renouvelables de 2014 à 2017.

Le premier constat est que les énergies polluantes (charbon, lignite, fuel, gaz, biomasse) ne baissent que très lentement et de 0,79%/an. Le but de la diminution des pollutions, dont le CO2, n’est visiblement pas celui de l’Allemagne. Pourtant c’est celui que le gouvernement français nous vend pour nous faire payer les EnRia. Le second constat est que la consommation augmente peu, ce qui laisse à penser que les économies d’énergie ne sont pas non plus une priorité puisque son ordre de grandeur d’augmentation est de l’ordre de la croissance annuelle du PIB. Le troisième constat est que la production des EnRia (solaire, éolien) augmente à un rythme soutenu de 16%/an, rythme plus soutenu que la France avec 13% sur la même période. Le quatrième constat est que l’écart se creuse entre la consommation et la production des énergies pilotables, l’écart entre énergies pilotables et EnRia s’aggrave. Le dernier constat est que le surplus de production par rapport à la consommation augmente beaucoup plus rapidement que la consommation. 

Avant d’en tirer d’autres conclusions, regardons ce qui se passe énergie par énergie sur les évolutions de leurs productions respectives entre 2014 et 2017. L’utilisation du fuel est en voie de disparition, et ne représente plus que 0,5% de la production, celle du charbon est en forte diminution annuelle. Ce choix semble raisonnable car les centrales thermiques sont très polluantes, mais ce qui l’est moins c’est que l’utilisation du lignite stagne et produit toujours 1/3 de la production des énergies pilotables. Or il est encore beaucoup plus polluant. La raison est simple, le charbon est importé et le lignite produit sur place, mais ceci vient confirmer le fait que le but recherché n’est pas réellement la lutte contre la pollution, mais dans ce cas une recherche d’indépendance énergétique.

L’effort pour les énergies pilotables est mis sur le gaz moins polluant, mais la production par le gaz ne représente encore que 60% de la production du charbon. Avec les bioénergies qui augmentent peu, l’ensemble des énergies polluantes décroît lentement de 0,79%, comme l’indique le tableau précédent. La progression de l’hydraulique, liée à la pluviométrie, ne permet pas de tirer de conclusions. La diminution réellement visée est le nucléaire qui décroît rapidement de 7,7% par an en moyenne mais par à-coup et ne représente plus que 13,1% de la production. En 2030 et à ce rythme il ne représentera plus que 4,6% de la production, soit juste plus que la production hydraulique actuelle. C’est bien là que se trouve l’objectif premier de la politique de transition énergétique allemande. Elle différencie totalement nos deux pays qui sont partis de situations différentes. En ce qui concerne les EnRia l’effort est plus de 7 fois plus élevé sur l’éolien que sur le solaire avec respectivement 22,8% et 3,2%, au contraire de la France pour laquelle les productions sont en augmentation de 12,2% pour l’éolien et 16% pour le solaire.

En conclusion, l’Allemagne affiche une politique énergétique franchement antinucléaire et un désintérêt évident pour la pollution, et le réchauffement climatique. Elle va pousser le plus loin possible les EnRia en privilégiant l’éolien qui lui permet de faire tourner les usines de fabrication allemandes et réclamer des droits de douane sur les éoliennes chinoises. La France n’a pas d’industrie éolienne du même niveau et fait le forcing sur le solaire (j’en sais quelque chose avec un démarchage téléphonique incessant). Ce faisant la France se lie étroitement à la Chine par la nécessité d’obtention de ses terres rares et ne se met pas en capacité de concurrencer les pays étrangers sur les panneaux photovoltaïques. 

Jusqu’où, au rythme actuel, l’Allemagne peut-elle aller dans l’implantation des EnRia, avec l’effondrement de la production nucléaire et la lente érosion des énergies polluantes ? En fait c’est la vitesse de diminution des énergies pilotables et de l’augmentation des EnRia qui apporte la réponse. Si l’on prend l’hypothèse d’une croissance de la consommation au rythme actuel, en 2023 la production des EnRi, de l’ordre de 347 TWh, sera presque au niveau des énergies pilotables et celles-ci représenteront 1/3 de la consommation et les 2/3 restant devront être exportés. Ceci veut dire que les énergies pilotables devront devoir faire face à un effacement d’un tiers de la production électrique pour assurer la consommation dans le cas où le vent est inexploitable et de nuit. De plus il s’agit d’un manque de production disponible à hauteur de 45% de la production nucléaire française. Rien ne dit qu’alors le réseau européen pourra exporter des productions pareilles. On voit que l’Allemagne va devoir arrêter rapidement l’augmentation des EnRia. Ce pays contribue chaque jour un peu plus à augmenter la probabilité d’un black-out européen, ou panne générale, qui serait catastrophique. Sans la mise en œuvre de grands moyens peu coûteux de stockage de l’électricité, dans un proche avenir les pays européens ne pourront plus absorber des exportations aléatoires des EnRia allemandes vu leur quantité.

Mais si la politique allemande va rapidement dans le mur et dépense des sommes considérables, elle préserve son indépendance et son industrie sans concéder à la « décarbonisation ». La France suit aveuglément la politique allemande en partant d’une origine de répartition des types d’énergie complètement différente. Avec ¾ de la production électrique d’origine nucléaire et de 12% d’énergie hydraulique, alors qu’en 2014 l’Allemagne avait une production de 17,5% d’énergie nucléaire et 3,7% d’énergie hydraulique. A l’Allemagne pragmatique, la France choisit l’idéologie du réchauffement climatique et lance, comme sa voisine, une fermeture partielle du nucléaire qui justement n’émet pas de CO2 ! La France émettait 5,3 t/an de CO2, l'Allemagne 9,0 en 2014. Ses émissions représentaient 0,9% du tonnage mondial et l'Allemagne 2,2% en 2014, mais la France veut laver plus blanc que blanc à coups de milliards qu'elle n'a pas, alors que la Chine et les États-Unis émettaient à eux seuls 45% des émissions. De qui se moque-t-on ?

En fermant les centrales à charbon et en envisageant celle des centrales nucléaires, la France va diminuer son potentiel d’énergies pilotables d’une façon beaucoup plus importante que l’Allemagne, accentuer sa dépendance aux terres rares avec les éoliennes et les panneaux solaires, ajouter de l’instabilité au réseau et surtout sans réel besoin d’énergie électrique supplémentaire puisqu’elle est exportatrice à hauteur de 10% de sa production électrique. Tout cela va lui coûter fort cher et se reporter sur le prix du kWh, sur les impôts et taxes. La France veut tuer ce qui en a fait un pays indépendant et respecté tant dans le domaine civil que militaire, sa maîtrise de l’énergie nucléaire, ceci sans catastrophe et avec un kWh bon marché. Par un mélange de peur inculquée, soigneusement cultivée, ses amis-ennemis et les grands intérêts privés ne pensent qu’à l’affaiblir et en soutirer de l’argent. La tête dans le vent et la peau au soleil, nous rêvons pendant que le pragmatisme nous tue à petit feu. L’Allemagne achète le gaz russe et ses gazoducs, nous nous préparons la guerre contre Poutine.


Nous n’avons aucune raison valable de suivre l’Allemagne 

Qui ne joue même pas une politique de décarbonisation.

Le couple franco-allemand ne veut pas dire mimétisme 

Pas plus que la France doive servir de faire valoir

A cette autodestruction de ce qui lui permettait 

D’être devenu le deuxième pays nucléaire

Envié du monde pour son indépendance !


Claude Trouvé 
12/04/18