lundi 9 avril 2018

Les chiffres qui font sombrer le mythe de l’euro : Les capitaux


Un article de l’économiste Patrick Artus, paru dans Atlantico, est présenté sous un titre inquiétant pour les européistes : « L’Allemagne s’est-elle exclue de fait de la zone euro ? » Nous savons que la force d’une monnaie tient dans la confiance que nous avons en elle. C’est ce qui nous fait accepter une monnaie non échangeable à parité fixe avec de l’or par exemple. Lorsque la confiance est retirée, la monnaie s’écroule et la course entre la dévaluation de la monnaie et le prix des biens matériels est enclenchée. C’est ce qu’a connu l’Allemagne avant Hitler et qui reste dans la tête des générations postérieures. Ce qui est vrai pour une monnaie nationale l’est aussi pour une monnaie partagée dans plusieurs pays comme l’euro, mais aussi pour la livre ou le dollar dont, dans de nombreux pays du monde, la monnaie nationale est rattachée à ces monnaies dites de réserve.

Or on observe deux phénomènes dans lesquels l’Allemagne joue un rôle pivot et qui procèdent d’une perte de confiance dans l’euro qui atteint en priorité les investisseurs professionnels, comme les entreprises spéculatrices, mais d’une façon plus générale, ceux qui veulent éviter le risque. Si une entreprise investit en Argentine, elle prend un risque important de voir le peso argentin se dévaluer rapidement et de récupérer son argent avec de grosses pertes. Elle va donc se couvrir en payant une assurance-risque, dite le risque de change qui vous garantit de récupérer votre argent quelle que soit les dévaluations du peso (mais pas les plus d’une réévaluation). Toutes les grandes entreprises pratiquent le risque de change. Évidemment toute assurance se paie, et la prime est d’autant plus élevée que le risque est estimé grand par celui qui assure. 

Si Patrick Artus a écrit ce titre inquiétant, c’est qu’il observe une perte de confiance dans la monnaie. La zone euro a une monnaie qui est en même temps reconnue et payable dans toute la zone tout autant qu’elle reste une monnaie nationale puisque ce sont les banques centrales des différents pays qui émettent les pièces et billets même si elle en rend compte à la Banque Centrale Européenne (BCE). Vous le constatez en les regardant, car ils portent tous des dessins et effigies différents. Ces banques centrales échangent et font les transferts d’argent d’un pays à l’autre grâce à une plateforme interbancaire spécifique à parité 1 pour 1. Ainsi par le mécanisme, dit Target, 1 euro détenu dans une banque française va pouvoir être transféré pour 1 euro dans une banque allemande. On perçoit ainsi que l’euro détenu en France ne vaut l’euro détenu en Allemagne que si la règle de parité 1 pour 1 est toujours valable.

Ce point est fondamental. Nous ne sommes pas dans le cas d’une BCE, seule habilitée à émettre les euros pour l’ensemble des pays de la zone, auquel cas le mécanisme de parité n’aurait pas lieu d’exister. L’euro reste en fait une monnaie nationale avec une confiance de l’ensemble des pays de la zone pour lier ces monnaies par une parité 1 pour 1. Or les mouvements de capitaux sont révélateurs du degré de confiance que les investisseurs ont dans la monnaie. C’est le cas de l’amplification des transferts d’euros des investisseurs italiens vers l’Allemagne. Pourquoi ? Parce que le risque de sortie de l’Italie ou d’effondrement de la zone euro n’est pas considéré par eux comme nul ou négligeable. Les Grecs et d’autres pays en difficulté font le même raisonnement. Du coup la Bundesbank allemande voit grossir le montant de ses créances (car il n’y a pas transfert physique des euros) à un niveau record de 950 milliards d’euros. Celle-ci s’inquiète car en cas de d’effondrement de l’euro, les nouvelles monnaies nationales seront dépréciées par rapport à l’euro allemand, restant euromark, et la Bundesbank peut ne récupérer qu’une faible partie des créances. 

Mais les allemands sont si conscients du risque que leurs investisseurs font le processus inverse, ils investissent hors de la zone euro puisque c’est eux qui détiennent l’euro allemand, considéré comme le plus solide. N’oublions pas que l’Allemagne a imposé l’euromark, et que pour eux 1 mark s’est transformé instantanément en 1 euro. L’Allemagne anticipe un effondrement de la zone euro. Il vaut mieux investir dans les pays hors zone euro et encore mieux hors UE parce que ces monnaies ont trouvé un taux de change convenant à leur économie et génèrent la confiance chez les investisseurs. C’est ce processus de perte de confiance qui fait que l’euro des pays de la zone ne devient plus échangeable ou fongible d’un pays à l’autre dans l’esprit des investisseurs. La zone euro est en train d’éclater de fait. D’ailleurs les taux d’intérêts varient d’un pays à l’autre et sont bien un indicateur supplémentaire de la perte de confiance, confiance qui redevient liée à la santé économique et structurelle des différents pays qui composent la zone euro.

Vincent Brousseau, ancien économiste de la BCE et économiste de l’UPR, donne à ce phénomène de risque de retour à des monnaies indépendantes, phénomène propre à la zone euro, le nom de risque de redénomination. Son article est consultable sur UPR.fr. Il n’en reste pas moins vrai que la perte de confiance résulte au départ de l’idée que l’on se fait de la santé de chacun des pays de la zone. C’est une idée globale qui tient aussi bien des données économiques et budgétaires, que de la stabilité politique, voire sociale, et de la sécurité qui y règne. Le paramètre économique est à priori le premier qui consolide ou détruit la confiance et on peut jeter un coup d’œil sur le PIB/habitant PPA à monnaie constante qui permet des comparaisons sur le monde entier concernant la richesse accumulée.

Le graphique ci-dessus donne une idée du placement de l’UE dans le monde avec des pays hors UE sur une croissance annuelle du PIB/habitant pendant la période 2010-2016. On voit ainsi que l’UE ne donne un avantage par rapport ni aux USA, ni aux pays de l’OCDE, ni à un pays européen hors UE, ni au Japon, ni à la Chine. La zone euro n’apporte rien de plus, bien au contraire. L’euro protecteur est bien un mythe même s’il perdure comme une vérité incontestable transformée en dogme pour les peuples désinformés.

On peut le constater sur un graphique donnant quelques pays principaux de l’UE. On voit se détacher l’Allemagne et les pays hors zone euro. La France fait moins bien que la zone euro, laquelle fait moins bien que l’UE, laquelle est en dessous de l’OCDE pour le taux de croissance annuelle. La Suède et le Danemark avec leur monnaie nationale font pratiquement aussi bien que la France. La France doit néanmoins se poser la question de savoir pourquoi elle réussit moins bien que la Belgique, sa petite voisine en partie francophone. Derrière la France on retrouve tous les pays du sud que l’euro tue à petit feu. Après la Grèce et Chypre, c’est désormais l’Italie qui va dans le gouffre, mais pour les italiens le mythe de l’euro les a en grande partie quittés. Ses capitaux la quittent et ceux de l’Allemagne la boude. 

Le flux de capitaux des pays de la zone euro vers l’Allemagne, et celui des capitaux allemands hors des pays de cette zone et hors de l’UE, appauvrissent la zone euro et sont en train de conduire à l’éclatement de cette zone qui ne tient que par la volonté allemande et ses pays satellites. Jusqu’à quand y aura-t-elle intérêt ? C’est la seule question à se poser. Il n’y a pas de bonne solution avec une monnaie unique dans 19 pays aussi différents économiquement, socialement, historiquement. La zone euro court à sa perte et entraînera l’UE dans sa chute.


Le mythe de l’euro, support de l’UE, s’effondre 

Devant la réalité d’une fuite de capitaux

Que justifie une perte de confiance 

Vouant une monnaie à la mort.
 
Claude Trouvé 
09/04/18