mercredi 18 avril 2018

Macron de pire Empire

On avait eu le sentiment que l’élection de Macron à la Présidence était une entourloupe d’un peuple français, dégoûté des deux précédents locataires de l’Elysée, et que celle-ci avait été longuement et minutieusement préparée par une campagne médiatique à sens quasi unique et d’une ampleur que seuls les moyens modernes permettent de réaliser. C’est un peuple sonné, dégoûté, qui a subi un matraquage continu où le candidat abreuvait les français d’une logorrhée répétée en boucle où les mots « Penser printemps » permettaient de ne pas promettre des jours meilleurs, et où « Ni de gauche, ni de droite » et « Europe » servaient de viatique à la nouveauté et à l’espoir. Devant des salles chauffées à blanc par une clique claque, payée pour se faire, il égrenait ensuite une série de mesures apparemment non liées dont le but réel était soigneusement masqué. La France allait se reprendre en main et se projeter dans l’avenir, sous-entendu radieux, car Macron incarnait déjà celui-ci par lui-même. Le monde des affaires avait en effet flairé une bonne affaire, et les cadres et les professions libérales étaient sensibles à la vigueur revenue après une période plutôt triste abreuvée d’inversion de la courbe du chômage qui ne venait pas. Les retraités, inquiets pour cette jeunesse qui cherchait du travail et quittait souvent le pays, ont vu dans ce jeune et fringant candidat, remonter les souvenirs de leur passé actif où la France croyait encore en elle-même.
 
Bref grâce à la défection de Hollande, à une orchestration médiatique ne laissant que peu de créneaux à l‘opposition, et à un dernier petit coup de pouce de magouille électorale pour le premier tour, Macron a terrassé Marine Le Pen, promise au bourreau et les mains liées derrière le dos. Il n’en reste pas moins que l’abstention avait battu des records et que le Président de tous les français partait avec un bagage de seulement 18% du corps électoral. La vague « macroniste » lancée permettait de décrocher une place de député à d’illustres inconnus et de s’assurer une large majorité à l’Assemblée Nationale. L’embellie s’est poursuivie avec le tambour des médias où les journalistes bavaient devant le culot, l’art de la communication, et la jeunesse du Président. Fort de ce résultat inattendu pour le monde entier, mais non par les puissances de l’argent qui l’avait préparé, et fort de ce monde derrière lui, Macron déployait les ors de la République pour accueillir les grands de ce monde et en particulier Poutine et Trump, et disait rehausser le couple franco-allemand à un niveau jamais atteint. 

Dans un démantèlement général des partis traditionnels, une illusion des syndicats devant un ancien Ministre de gauche qui promettait d’ouvrir largement les négociations, la refonte de la loi Travail est passée comme une lettre à la poste. Le Medef était déjà aux anges et Bruxelles aussi, car la première loi travail s’était mise en retrait sur la flexibilité par rapport au projet initial de Macron Ministre avec la patate chaude passée à Madame El Khomri. Macron commençait à remettre la France dans les clous de l’Union Européenne. C’est le début d’une politique d’austérité, affichée comme étant d’abord appliquée à l’Etat lui-même, mais en réalité dirigée contre la classe moyenne et les laissés pour compte. La France devait renaître par des largesses faites au patronat, surtout aux grandes sociétés exportatrices, et aux plus grosses fortunes sous prétexte de les retenir en France. La socio-libéralisme affiché en campagne électorale, se teintait alors de libéralisme à odeur de capitalisme

La période du mépris présidentiel était enclenchée, puisque le besoin de séduire n’avait plus lieu de continuer après une prise de pouvoir sans partage tant l’opposition représentative était à terre. Le Président des villes et des riches perçait sous le masque. Dans la rue qu’il affrontait sans complexe, le Président tançait les récalcitrants sans état d’âme et avec des propos blessants. Ces coups médiatiques ont commencé à rester dans la mémoire du petit peuple, la France d’en bas, celle qui devait se contenter de ce qu’elle avait, et se réjouir d’avoir un Président tourné vers l’avenir des multinationales et des start-ups. Mais cette frange de nos compatriotes ne peut se faire entendre que dans la rue, et le corporatisme encouragé ne permettait pas un mouvement d’ensemble. Macron peaufinait sa stature de Président en contrôlant tout, en donnant à fond dans la communication, et en lançant des mesures plus ou moins utiles comme une volée de bois vert qui paralysait une opposition sollicitée au-delà de ses possibilités d’examen. 

La vitesse d’exécution, plombant la démocratie représentée par les élus, est devenue alors une méthode de gouvernement qu’une majorité d’élus, aux ordres et partiellement incompétents, permettait sans coup férir. Cette atteinte à la démocratie est devenue une marque d’un pouvoir qui tourne à l’autoritarisme à vocation dictatoriale. Ses propos à la BBC au Royaume-Uni, exprimant son opinion sur la volonté européenne de son peuple d’en sortir s’il autorisait un référendum, mettent en lumière deux choses. La France ne sortira pas de l’UE et la pratique du référendum est exclue, comme le souhaite Bruxelles sous le manteau. Un an après le masque est définitivement tombé. La campagne électorale est lancée pour les élections européennes et la pratique démocratique est annoncée. Selon lui la démocratie est assurée par des « consultations », qui, affublées de l’adjectif citoyen, permettent au Président de tester la réaction du peuple à une action politique et de préparer au mieux la communication qui va faire adhérer celui-ci sans changer quoi que ce soit aux modalités de l’action prévue.

Sur le plan économique on peut prévoir, que hormis des domaines de pointe avec les start-ups et les grandes sociétés exportatrices, la dynamique économique, malgré une petite reprise récente dans une période plus faste en Europe et dans le monde, la France ne remontera pas la pente qui commence à la séparer du peloton de tête européen. La politique du ruissellement n’est pas adaptée à une mondialisation assortie d’une libre circulation des capitaux. Les investisseurs et les grandes sociétés jouent tout autant sur leurs productions que sur la spéculation, et des flots d’argent sortent de France dans des délocalisations et des manipulations financières plus ou moins légales dans les paradis fiscaux. Mais sur le plan intérieur la grogne a commencé par la hausse de la CSG pour les retraités dont la motivation ne passe pas. Mais il apparaît au grand jour que le dépouillement du patrimoine industriel et culturel de la France est engagé sous prétexte de réussir à équilibrer les dépenses de l’Etat. C’est aussi désormais les services publics qui sont dans la ligne de mire. Cette fois une grève dure est en cours, et elle entraîne successivement toutes les corporations qui n’osaient pas aller seules au combat et souffraient néanmoins de voir leur environnement de travail se déliter. 

Cette facette de la dénationalisation fait fi d’un principe que tout le peuple a droit à une égalité de service public dans le transport, dans l’énergie, dans les infrastructures, dans la santé, dans la sécurité. Il paie des impôts pour cela. Si la richesse n’est pas directement créée par les fonctionnaires et les services publics, ils y contribuent indirectement et préservent cette égalité dans le service rendu. Le privé a le critère rentabilité chevillé au corps, et s’il ne le fait pas il meurt.  On ne peut attendre de lui qu’il change d’objectif. On ne peut même pas penser qu’un Etat, accroché au libéralisme, puisse longtemps lui imposer des contraintes de service public, comme osent le dire certains. C’est tout simplement contre nature et cela ne marche pas longtemps. On est donc devant une politique affirmée de retrait de l’Etat qui vend les bijoux de famille, comme on va chez ma tante, mais, sachant qu’il n’a qu’un fusil à un coup, c’est retirer au peuple ce qui devait être passé aux générations futures, le faire payer pour un service inégalitaire, et favoriser un exode rural qui ne résoudra rien.

Cette revue d’une année de présidence mérite que l’on en dise plus dans le prochain article, car il faut se rendre compte que, sous le masque qui se déchire un peu, nous avons élu un personnage qui mène la France où on lui dit de la mener. Cet avenir ne sera pas radieux pour la majorité de notre peuple parce qu’il est prévu par les grandes puissances financières pour lesquelles la France moyenne et d’en bas ne représente que des productifs et des consommateurs, comme la chair à canon pour les militaires.

La France est cette fois réellement en danger 

Il faut que le peuple ouvre enfin les yeux

Que Macron s’ingénie à lui fermer 

Avant qu’il ne soit trop tard !
 
Claude Trouvé 
18/04/18