samedi 10 mars 2018

Dix mois… et déjà Napoléon perce sous Bonaparte



"Ce siècle avait deux ans, Rome remplaçait Sparte, Déjà Napoléon perçait sous Bonaparte, Et du Premier Empire déjà en main endroits, Le front de l’Empereur brisait le masque étroit". Chacun se souvient de ces vers célèbres de Victor Hugo, qui combattait Napoléon. Macron, en privé, aime évoquer son admiration pour le petit homme qui fit trembler l’Europe. C’est pourquoi ces vers de Hugo résonnent étrangement à nos oreilles quand celui-ci évoque Rome remplaçant Sparte, la démocratie s’évanouit, et Bonaparte s’effaçant devant Napoléon, comme La République laisse place à une forme de dictature. Les grandes phases de l’histoire se répètent sans cesse mais sous des formes adaptées aux époques sur lesquelles elles s’appliquent. Or nous assistons, inertes, à une transformation radicale de l’exercice du pouvoir, vers un pouvoir suzerain, qui n’a de compte à rendre, non plus au Pape et aux banquiers de Venise, mais aux Etats-Unis et aux grands banquiers judéo-américains. Ce pouvoir suzerain ne consulte ses proches vassaux que pour décider seul. N’est-ce pas ce que nous vivons aujourd’hui ?

Voilà ce que disait Macron-Bonaparte, candidat à l’élection pré­sidentielle invité du Club de l’économie du Monde, jeudi 24 novembre 2016 :
« Je ne crois pas une seule seconde aux cent jours et à la réforme par ordonnances. Regardez ce qui vient de se passer quand on réforme en passant par le 49.3, qui est pourtant un article constitutionnel : les gens le prennent très mal. Si après deux ans de campagne électorale on a le droit de ne gouverner que pendant cent jours, alors il y a un problème de démocratie. » 

Le 10 avril 2017 Macron-Bonaparte trouve le masque étroit dans une émission de Public-Sénat, c'est le rétro-pédalage : « Les réformes par ordonnances permettent d’accélérer le débat. » Nous n’en étions alors qu’aux prévisions d’actes. Onze mois plus tard les actes dépassent les paroles, le masque est brisé, Napoléon n’attend plus le sacre, il s’adoube lui-même dans la Cour des monarques. Macron a délibérément pris le parti de se passer de la démocratie en nous lançant cette vérité, la démocratie ralentit l’exécution de mes projets pour la France. Qui peut dire le contraire ? Le tout est de savoir si la démocratie est toujours le pouvoir par le peuple et pour le peuple, léger point de détail. De même prendre le temps de réfléchir ralentit la mise en œuvre des actes, mais garantit-il de meilleurs actes ? Or nous cumulons le court-circuitage de la démocratie et la précipitation. Cette urgence ne tient d’ailleurs qu’au fait que l’autorisation d’emploi des ordonnances pour six mois se termine le 17 mars.

Il est vrai que la tentation est grande pour le Président, assis dans une Constitution qui lui donne plus de pouvoir sur les affaires que le Président des Etats-Unis, d’étendre sa mainmise sur le peuple plongé dans une attente sans fin de voir les miracles du jeune banquier retomber sur eux en une pluie de bonnes nouvelles. L’UE soutient Macron, le peuple est figé dans l’attente, l’Assemblée Nationale est à sa botte avec une bande de godillots prêts à le suivre jusqu’en Sibérie, le Sénat sans réel pouvoir n’est pas encore franchement hostile, les partis politiques encore sonnés par leur cuisante défaite n’ont aucun projet qui se démarque sur le fond de politique européenne de l’action présidentielle. Une voie royale est ouverte… à moins que 2018 rappelle 1848, avec l’interdiction du droit de réunion (cf l’échange de fake news), et que la Garde Nationale fasse parler la poudre (ça bouge dans les forces de l’ordre, les gardiens de prison et même l’Armée, la grande muette, où les généraux les plus galonnés à la retraite expriment leurs craintes ou leurs désaccords). 

L’urgence est telle pour l’impatient Macron que tout est inventé pour passer outre à la démocratie, comme le vote bloqué qui ne prend plus en compte les amendements du Sénat, l’idée de ne permettre un nombre d’amendements que proportionnellement au nombre de députés d’un groupe, l’utilisation d’un député LREM pour déposer une loi à voter en évitant au gouvernement de proposer un projet de loi devant alors passer devant le Conseil d’État, etc. L’urgence devient un mode de gouvernement qui permet de déborder tout réflexion des partis politiques, des syndicats, des médias, des réseaux sociaux, laissant le peuple dans un tournis sans relais de réflexion.

Cette méthode pourrait bien finir par jouer contre elle-même parce que d’une part la précipitation, dans le meilleur des cas ne peut engendrer que des réformes à la marge, faute de temps, et d’autre part la précipitation multiplie le risque d’erreurs, de mauvais ajustements, de conséquences non prévues. Or si le peuple n’est pas encore aussi malheureux que les italiens et que les prochaines élections ne sont qu’en mars 2019, il n’en reste pas moins qu’il commence à trouver que le retour sur investissement se fait attendre. Les allègements du pouvoir d’achat dans le privé ne représentent que peu et sont très vite absorbés par les augmentations de taxes diverses, malheur aux possesseurs de voitures diesel, du coût de l’électricité, du timbre, des mutuelles, etc. L’augmentation du salaire net n’a pas touché les fonctionnaires et les retraités sont invités à se laisser dépouiller en tant que propriétaire de l’âge d’or au-dessus de 1200 /mois. 

Le pouvoir d’achat et le chômage n’évoluent toujours pas de façon significative et un certain nombre d’économistes, autrefois aux ordres de la mondialisation et du libéralisme débridé, commencent à avouer que la technique du ruissellement qui consiste à arroser les riches et les grandes entreprises laisse trop de tuyaux percés pour que le flot déversé puisse dépasser les 5% de citoyens les plus riches et les entreprises exportatrices dont surtout les multinationales. J’ai montré de façon imagée dans des articles précédents que la technique du ruissellement peut marcher dans une économie fermée, mais dans un contexte de mondialisation et de libre circulation des capitaux, elle ne peut pas augmenter le PIB/habitant et diminuer le chômage ; Au mieux ceci ne peut se réaliser que par une embellie de la croissance mondiale. Cette politique est intrinsèquement nuisible au chômage et au PIB/habitant donc, d’une façon assez liée, au pouvoir d’achat à moins que l’Etat réduise ses dépenses sans diminuer le service rendu, ce qui est loin de se produire avec les dispositions en cours.

Trump, peu soucieux de creuser la dette dans un premier temps, ce que nous faisons d’ailleurs avec près de 83 milliards de déficit prévus en 2018 (20% de plus qu’en 2016), applique une toute autre politique. Il allège massivement les impôts des sociétés, sans nos dispositifs tous plus compliqués les uns que les autres, mais il allège aussi les impôts des particuliers. Par ailleurs il prend des dispositions douanières pour protéger des secteurs économiques sensibles au grand dam de l’UE qui oublie de dire qu’elle pratique des taxes douanières sur les voitures américaines. Cette politique est cohérente et commence d’ailleurs à porter ses fruits. Un investissement par la dette est jouable à condition d’être rentable. Ce pari peut être gagné par Trump, il ne peut pas l’être par Macron dans le cadre de l’UE. La libre circulation des capitaux signée par l’UE pour le monde entier transforme la France en panier percé.

La période suivante de l’auto-sacre du Président Macron 

Risque fort d’être désormais une vraie période trouble

Où les espoirs déçus se transforment en rancœurs. 

Chacun sait que la falaise de la roche Tarpéienne

Est toute proche du Capitole… alors ? 

Plus dure sera la chute !
 
Claude Trouvé
10/03/18