vendredi 9 mars 2018

Une rencontre qui présage de grands changements



Les jeux olympiques d’hiver ont permis de réaliser qu’un rapprochement des deux Corée était préparé de longue date. Ces deux pays ont saisi l’occasion des jeux pour le dire à la face du monde sous l’apparence du pouvoir de rassemblement du sport. La réussite en revient apparemment à la Corée du Sud mais le grand gagnant est la Corée du Nord qui se place désormais comme un partenaire crédible et déterminé. Cette entente est le moyen pour celle-ci de se faire reconnaître comme un interlocuteur incontournable par les États-Unis par le biais de l’entremise de la Corée du Sud. Car c’est bien le but recherché par Kim Jong Un, dirigeant implacable, mais doté d’une intelligence géopolitique remarquable. Qui aurait pu penser que ce pays puisse parler la tête haute à la puissance militaire des USA ? Le petit monde européen le considérait comme infréquentable, pays assimilé à l’Albanie dans les affres du communisme. C’était l’opinion de la diplomatie française qui n’a toujours pas d’ambassade dans ce pays. Il fait d’ailleurs partie des seuls pays européens dans ce cas.

Donald Trump a finalement accepté l'invitation du chef d’État nord-coréen Kim Jong-un ce 8 mars, après des mois de tensions et de menaces entre les deux pays. La rencontre se ferait « d'ici fin mai », mais les sanctions sont maintenues en attendant. Dans l’immédiat, la RPDC ne procédera pas à de nouveaux tirs de missiles ni à des essais balistiques. Cette évolution géopolitique majeure est à regarder avec la plus grande attention car on a d’un côté la Corée du Nord, soutenu discrètement par la Chine, et de l’autre la Corée du Sud, vassale des Etats-Unis, avec la présence de l’Armée US. Il apparaît de plus en plus que Kim Jong Un considère que son effort militaire et la menace nucléaire qu’il a fait peser a atteint son but, celui de faire reconnaître son pays comme une puissance à respecter et écouter. Désormais il lui faut désenclaver ce pays, faire arrêter les sanctions et l’ouvrir au marché mondial. 

D’ailleurs la Corée du Nord a fait savoir s’être engagée à mettre en place la « dénucléarisation » de la péninsule coréenne, en excluant de refaire « tout nouveau test nucléaire ou missile » lors des négociations. On remarque tout de suite que ces propos visent la péninsule coréenne, autrement dit englobe les deux Corée. La dénucléarisation touche donc aussi toute présence d’armes nucléaires sur le sol et la zone maritime entourant la péninsule. Ceci révèle donc deux choses, c’est que le but final est d’écarter les États-Unis de la Corée du Sud et de réaliser l’union des deux ennemis coréens. De toute évidence il y a aussi un accord, peut-être un soulagement de la part de la Corée du Sud. Ceci s’est d’ailleurs concrétisé encore récemment le 5 mars par un dîner à Pyongyang, au cours duquel Kim Jong-un a reçu une dizaine de diplomates sud-coréens. Aujourd’hui 9 mars, le président sud-coréen Moon Jae-in a réagi : « La rencontre de mai restera comme le tournant historique qui a permis de réaliser la paix sur la péninsule coréenne ».

Ce message est on ne peut plus clair en langage diplomatique, la marche vers la réunification des deux Corée est enclenchée par les deux gouvernements, mais il reste à convaincre les États-Unis. Donald Trump, selon la méthode managériale consistant à faire monter les enchères avant tout accord, menace des pires sanctions si la négociation échoue. C’est de bonne guerre et cette réunion de mai ne sera sans doute pas la dernière avant que les choses avancent réellement. Mais la RPDC sait que l’enjeu est de taille face à un tel partenaire et que le départ américain de la Corée du Sud ne peut se faire sans se heurter à une opposition américaine. Le but à atteindre est d’une telle taille que la RPDC doit se montrer conciliante pour l’instant et la Corée du Sud ne doit pas vraiment faire sentir qu’elle souhaite le départ américain dans le contexte actuel. C’est pourquoi il a été précisé que la RPDC ne demandait pas la suspension des manœuvres militaires américano-sud-coréennes, dans un nouveau geste d’ouverture pour créer les conditions d’un dialogue en vue d’une paix durable dans la péninsule coréenne. 

Pourquoi assistons-nous à un tel renversement apparemment brutal ? Les Etats-Unis viennent d’être ébranlés par le dernier discours de Poutine où celui-ci a montré que l’Armée russe, si elle ne disposait de la quantité d’armes et de moyens des USA, avait désormais une avance technologique sur eux qui la rendait capable de faire face aux menaces déployées par l’OTAN envers elle, en particulier dans l’Europe de l’Est. A partir du moment où des chefs militaires américains ont dû reconnaître le fait, alors que le budget militaire américain est supérieur à l’ensemble des budgets de la planète, un énorme scandale est en train de naître dans ce pays. Désormais l’Armée américaine reste la première puissance militaire du monde parce qu’elle a le potentiel pour intervenir partout où elle veut, et elle veut encore beaucoup. Mais elle ne peut plus attaquer la Russie sans prendre le risque de se détruire elle-même par la qualité de pénétration, de vitesse, de portée et même d’invisibilité des nouvelles armes russes.

Mais l’arrivée de Donald Trump a changé la donne de la vision politique de la Maison Blanche, calquée autrefois sur celle de l’État-major des Armées et de la CIA, vision tournée vers le maintien de l’hégémonie américaine. Celui-ci a prôné un repli des États-Unis sur son économie en tentant de réindustrialiser le pays par des mesures fiscales relançant l’offre et la demande. Ceci est conjoint avec une nécessité de se désengager de dépenses militaires et en particulier de celles qui ne sont pas directement liées à la défense du territoire. Donald Trump affronte de plein fouet le pouvoir militaro-industriel contre lequel Eisenhower avait déjà dû lutter en son temps. C’est une partie de bras de fer qui menace d’ailleurs le maintien de Trump au pouvoir. Celui-ci doit donc faire des concessions aux va-t’en guerre, qui ont mené la politique guerrière d’Obama et d’Hilary Clinton. Mais Poutine vient de donner un sacré coup de pouce à Donald Trump. 

Trump est décidé à œuvrer dans le sens d’un allègement de la présence américaine dans le monde entier, et à concentrer les efforts du pays sur son économie, dont fait partie une guerre économique contre l’Europe à défaut de pouvoir la faire contre la Chine. Le silence européen et français est révélateur de l’embarras que cette orientation fait peser sur l’économie européenne. Du coup le sourire européen sera d’autant plus crispé que l’UE est absente de cette évolution asiatique qui annonce de nouveaux changements qui renforceront à terme la puissance économique asiatique au détriment de l’Europe. Il serait temps que l’UE cesse de considérer les USA comme nos partenaires indispensables à notre sécurité pour justifier une vassalisation qui ne nous épargnera pas une guerre économique totale. Nous sommes en guerre économique contre les USA et elle peut être mortelle au même titre que la guerre militaire. La Russie et l’UE sont beaucoup plus complémentaires et interdépendants que l’UE et les USA. Il serait temps d’en prendre conscience.
 
La vision géopolitique de la péninsule coréenne 

Ne peut que souligner l’aveuglement

De la politique européenne 

Et d’une France inerte !
 
Claude Trouvé 
09/03/18

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire