dimanche 18 mars 2018

L’Occident a peur et s’agite dans son bocal


La Russophobie vient d’être brusquement réanimée avec des propos médiatiques de retour à la guerre froide. Qui en est l’auteur ? Le Royaume-Uni, ou plus sûrement les puissances financières qui détiennent les clés de la City. Qui est le Royaume-Uni, le partenaire fidèle et en même temps concurrent sur le partage du monde dans cette mondialisation où le dollar et son frère la livre entendent s’appuyer sur une puissance militaire largement au-dessus d’adversaires potentiels. L’argent et le glaive sont deux frères siamois. L’argent papal s’appuyait sur la royauté pour pouvoir asseoir son pouvoir spirituel et garantir sa force financière. La Royauté s’appuyait sur l’argent de la papauté pour payer et mettre en œuvre des armées qui garantissaient les possessions et les biens de son usurier. L’histoire se répète toujours sur les grands principes qui mènent le monde en s’adaptant seulement à l’air du temps. Le Royaume-Uni, n’est déjà plus sous l’influence allemande, et le binôme Royaume-Uni et États-Unis se remet à fonctionner sans entrave. La politique étrangère de Trump n’est pas celle de ses prédécesseurs, il a compris que les Etats-Unis s’épuisent en étant présents sur tous les continents du monde dans une destruction systématique de tous les régimes forts qui ne suivent pas la ligne occidentale de soumission. Il a compris que son pays devait se relever économiquement et déclencher une guerre économique beaucoup plus lucrative et destructrice, comme celle qu’il compte mener contre l’Europe.

Mais pourquoi cette brusque montée de la russophobie, encore présente mais latente hier, et devenue un épouvantail comme du temps de la guerre froide où l’URSS construisait son glacis sur les pays de l’Est européen ? L’Occident a réveillé la russophobie d’abord à cause de la Crimée et des liens du gouvernement ukrainien avec la Russie, avant que par un coup d’État il mette Porochenko au pouvoir et qu’il fasse basculer l’Ukraine dans le camp occidental. La Russie a annexé la Crimée avec l’assentiment quasi-général de cette région russophone de l’Ukraine, région qui était encore récemment rattachée à l’URSS avant 1954, année pendant laquelle elle a été rattachée par décret soviétique à la République d’Ukraine. D’ailleurs en 1991 elle a acquis des droits d’autonomie. Mais la Russie avait cédé la Crimée avec la contrepartie d’un bail d’utilisation du port militaire de Sébastopol. En 2010, après d'âpres négociations, l'Ukraine accepte de prolonger ce bail jusqu'en 2042. 

Pour Moscou, ce port ukrainien sur la mer Noire est un élément-clé de sa puissance militaire. Elle ouvre la seule voie vers les mers du Sud sur la façade Ouest de ce pays par le détroit des Dardanelles séparant la Turquie asiatique et européenne. Le rapprochement de l’Ukraine vers l’UE, la présence administrative, financière et militaire des États-Unis, dans tous les rouages de ce pays, et la présence de navires américains en mer Noire, ont fait craindre à la Russie que les républiques russophones du Donbass et de Lougansk voient s’installer des bases américaines à ses frontières, et que le port de Sébastopol soit coupé de la Russie et attaqué militairement. C’est la raison de la décision russe d’annexion de la Crimée, pour protéger le port militaire et les populations historiquement tournées vers la Russie. Cette annexion s’est faite sans effusion de sang et les observateurs qui visitent cette région peuvent constater que la population, dans sa grande majorité, n’a aucune envie de retourner vers la situation antérieure. Néanmoins la Crimée reste le chiffon rouge qui permet d’alimenter une russophobie latente, relayée par des informations, non vérifiables, que l’armée russe combat dans les régions ukrainiennes de l’Est, régions qui demandent une large autonomie et la conservation de la langue russe. Je pense que ce n’est pas l’intérêt de Poutine de se mettre au banc des accusés à l’ONU en s’affichant, comme les Etats-Unis, dans ce pays voisin et ancienne république soviétique. Il est plus habile que cela, mais c’est ce que les médias occidentaux relaient.

Alors qu’est-ce qui explique cette brusque montée de la russophobie ? Le dernier discours de Poutine, peu relayé par la presse occidentale, a en effet jeté un froid dans toutes les chancelleries et Etats-Majors occidentaux et particulièrement chez les anglo-saxons. L’Armée américaine a brusquement réalisé que la puissance militaire russe venait de franchir un pas décisif et cela beaucoup plus tôt que prévu dans tous les domaines touchant à l’aéronautique, à tous les moyens électroniques de détection et de brouillage, et même à l’invisibilité des armes. La précision, la portée, la miniaturisation, la puissance, la pénétration en milieu hostile, ont convaincu les Etats-Majors que la Russie pouvait désormais répondre efficacement tout en ayant réduit considérablement les chances de l’atteindre, en particulier avec les batteries de missiles que les Etats-Unis déploient dans les pays de l’Europe de l’Est et un peu partout dans les bases installées en Europe dont l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne. Evidemment on parle toujours des bases et moyens de l’OTAN mais le commandement militaire de l’OTAN est toujours un général américain. 

Si les États-Unis restent la première puissance militaire du monde, c’est qu’elle a un volume de moyens qui lui permettent d’être présente un peu partout sur terre-mer-air, et ceci grâce à un budget militaire qui dépasse celui de l’ensemble des autres pays du monde. Mais justement cette révélation de son retard technologique provoque un grand débat dans les milieux parlementaires américains, car les colossales dépenses militaires ne permetent plus de disposer de l’invincible armée du monde. La politique étrangère qu’essaie de mener Trump trouve d’ailleurs là une justification : moins d’ingérence dans tous les pays du monde, donc moins de dépenses, mais guerre économique pour relancer la puissance industrielle du pays et remise en cause de la libre circulation des hommes, des produits et des capitaux. Il est clair que la superbe des généraux américains a pris un sacré coup sur la tête. Il faut donc d’urgence reprendre une tactique qui a bien marché pour stigmatiser l’URSS, c’est celle de faire savoir partout que la Russie reste l’URSS avec la volonté de s’accaparer de territoires autour d’elle et capable des pires actions secrètes de piratage des données secrètes géostratégiques, militaires et industrielles par des coups fourrés dans la guerre secrète. C’est le fond de l’attaque contre Trump, taxé de collusion avec l’ennemi russe, donc une traitrise méritant une destitution.

Donc on ressort l’empoisonnement de l’agent double russe Sergueï Skripal et de sa fille Loulia à point nommé sans que l’on puisse réellement apporter de preuves concrètes, comme l’a demandé Poutine. Il est scientifiquement impossible que le gouvernement britannique ait pu avoir la preuve que l’agent chimique de type « Novitchoks » (agents neutroniques révélés par des scientifiques russes et pouvant être fabriqués partout dans le monde), qui aurait été utilisé contre l’agent double russe, soit de fabrication russe. L’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), organisme des Nations Unies basé à La Haye, partage cette opinion et le Royaume-Uni refuse de lui donner un échantillon.  Le programme « Novitchok » était basé en Ouzbékistan et non en Russie. Ce qu’il en reste a été légué aux Américains durant leur alliance avec [le président] Karimov, et non aux Russes. Ces informations proviennent du Blog de Craig Murray, proche collaborateur de Wikileaks, et historien et activiste des droits de l’homme. Il a été ambassadeur du Royaume-Uni en Ouzbékistan. 

L’histoire du « Novitchok » est une arnaque comme les armes de destruction massives irakiennes et le génocide prévu par Kadhafi. Mais peu importe, comme il n’y a jamais de fumée sans feu, on fait courir partout le bruit que la Russie reste une nation voyou, dopages compris, et que décidément tous les pays du monde doivent collaborer à des sanctions sévères sur ce pays qui doit être ramené dans l’État de l’URSS moribonde. Nos services secrets savaient très bien que l’assassinat au Polonium de Litvinenko en 2006 était un montage du MI6 et de la CIA mais le doute subsiste toujours et les médias se chargent de maintenir cette croyance. Donc si Poutine a pu faire cela une fois, cela valide le fait qu’il a recommencé et qu’il est incorrigible. C’est un ancien du KGB, vous pensez bien qu’il sait utiliser à merveille ces méthodes d’élimination. CQFD.

Admettons que le doute existe, on se demande alors pourquoi ce ne sont pas des experts de l’ONU qui dirigent l’enquête avec l’aide des pays accusateurs et du pays accusé. C’est comme pour l’avion malien attaqué au-dessus de l’Ukraine, on a accusé la Russie mais ce sont les occidentaux qui ont mené l’enquête. Comme les conclusions ne leur étaient pas favorables, l’affaire est enterrée. On fait tourner aussi l’affaire de l’utilisation des gaz de combat par la Syrie qui a l’avantage de discréditer Poutine indirectement. Aucune preuve pouvant être entérinée par une instance internationale ne peut être présentée jusqu’alors mais les rumeurs courent et deviennent vérité parce qu’elles sont répétées sans cesse comme l’avait compris Goebbels. Par-contre la précipitation des dirigeants occidentaux, comme celle de Macron qui valide la thèse britannique, n’est que la preuve d’une vassalisation constante aux États-Unis et à la politique globale du Nouvel Ordre Mondial hégémonique. Cette fois l'Occident a peur, pas pour nous rassurez-vous, pour son argent et sa puissance. La Russie s’est rapprochée de la Chine parce que l’UE l’a repoussée et l’a même humiliée en l’excluant du G8. Mais cela donne naissance à un nouveau bloc de pays aux intérêts communs mais indépendants, les BRICS, dont la caractéristique est le refus de l’hégémonie américaine et occidentale, perpétrée par la puissance militaire et le dollar. 

Cette affaire d’assassinat d’agent double entre le Royaume-Uni montre tout simplement que la City a peur et que la guerre des monnaies va affaiblir un camp occidental qui voit sa puissance militaire contestée par la Russie, et par bientôt la Chine qui monte en puissance économique et militaire, et peut désormais envoyer par le fond les porte-avions américains qui les défient en mer de Chine. La Corée du Nord entre dans le concert mondial avec une force nucléaire et la réunion des deux Corée est dans l’air. Il s’agit donc d’un basculement total de l’équilibre mondial. Nous entrons dans une autre ère et l’Occident ne part pas gagnant. La guerre n’est sûrement pas la solution pour l’avenir et l’UE se présente comme une vassale sans puissance militaire propre de niveau comparable, sans politique étrangère cohérente en dehors d’une vassalité plus ou moins grande aux États-Unis, et surtout comme un territoire riche qui est à prendre. La France qui croit se protéger avec l’OTAN ferait bien de remettre en cause les alliances et sa politique étrangère, comme est en train de le faire Trump qui finit par s’opposer à la Turquie, pays de l’OTAN, dans son massacre des kurdes en Syrie, après avoir fait la guerre à Bachar el-Assad. Nous on attend le feu vert pour agir… dans une France pilotée de l’extérieur.
 
L’Occident montre des signes de peur et montre ses muscles 

Comme fait le chat devant un chien plus gros que lui.

Cela peut vraiment conduire à l’irréparable 

En allant de provocation en provocation.

Il est temps pour la France de parler 

Comme un pays indépendant

Dans un rôle de médiateur !


Claude Trouvé 
17/03/18