lundi 26 mars 2018

Les énergies renouvelables et le prix du kWh

Il semble que les actions prévues par l’application du plan énergétique soient difficiles à prendre. On n’a pas de nouvelles des réunions ministérielles à ce sujet. La raison en est simple. D’un côté l’écologisme prône l’arrêt du nucléaire pour cause de dangerosité, l’arrêt des centrales à charbon, et plus généralement des centrales thermiques, pour cause de pollution en particulier carbonée. De l’autre côté la réalité s’impose par la voix des producteurs d’électricité, dont le plus important est nationalisé. Cette réalité que Nicolas Hulot a déjà dû prendre en compte mezza voce, a déjà mis en évidence que l’arrêt simultané des centrales nucléaires et des centrales à charbon n’était pas réalisable avant 2022. Ce recul montre la difficulté politique que représente un nouveau discours qui n’apparaisse pas comme un coup porté aux idées ancrées dans une partie importante de la population.

Il faut dire que le nucléaire n’est pas si dangereux que cela puisque de toute façon on n’avait prévu que l’arrêt de 25% du parc de réacteurs nucléaires, et que finalement ceci peut être retardé pour arrêter des centrales à charbon polluantes. L’idéologie « Sortir du nucléaire » en prend un sacré coup dans l’aile et même l’arrêt des réacteurs de Fessenheim devient une difficulté politique et technique tant que l’Autorité de Sûreté Nucléaire n’aura pas ordonné son arrêt pour cause de sécurité. Un arrêt politique dans un bassin d’emploi est toujours une difficulté politique et l’est d’autant plus qu’il n’est pas justifié par des raisons techniques, de coût ou de sécurité. Seul le producteur peut arrêter pour des raisons de sécurité sur ordre de l’ASN qui a autorité pour cela.

Mais le constat que les énergies renouvelables ne permettent pas de dépasser 25% du total de la production d’électricité, lié au fait de la coexistence d’énergies pilotables avec les énergies intermittentes est physiquement obligatoire devient une réalité qui s’impose qu’on le veuille ou non. S’en abstraire demande d’avoir recours à l’importation d’électricité en temps et en quantité conforme au besoin instantané de consommation. C’est le choix fait désormais par le Danemark qui peut en disposer grâce à l’hydroélectricité, énergie pilotable, de ses voisins du Nord, en particulier la Norvège. Mais les besoins français plus importants doivent s’inscrire dans la stabilité du réseau européen, ce qui n’est pas acquis d’avance et le sera d’autant moins que les EnRia s’implanteront en Europe sans la compensation des énergies pilotables. Le gouvernement se trouve donc dans une impasse technico-politique qui demande de faire une pirouette à 180° sans que cela apparaisse comme un reniement des discours passés sur la nécessité des énergies renouvelables pour décarboniser la planète et la réduction à 50% de la production nucléaire d’électricité. 

Les décisions politiques dans ce domaine énergétique sont d’autant plus difficiles à prendre que, d’une part la France s’est affichée comme le pays leader de la décarbonisation de la planète par la COP21, et que d’autre part l’UE a donné des directives d’accroissement des EnRia et surveille la progression de celles-ci, pays par pays, poussée par les lobbies qui se nourrissent de ces dépenses forcées des Etats. La France est d’ailleurs pointée du doigt par l’UE pour être en recul par rapport à la moyenne européenne. Il nous faut donc continuer à implanter des éoliennes et de panneaux solaires que cela soit utile ou non sous peine de perte de crédibilité internationale, que cela soit utile ou non, rentable ou non. Mais, comme en l’Allemagne, il va être difficile de tenir l’objectif d’une réduction sensible de la teneur en CO2, puisqu’il faut développer conjointement les énergies pilotables et intermittentes. Parmi les énergies pilotables, la capacité de production par hydroélectricité n’évolue plus, l’énergie nucléaire est mal adaptée aux variations horaires par suite de sa lenteur de réaction, de la baisse de son efficacité énergétique et d’un effet de vieillissement accéléré. Il reste l’énergie thermique et la biomasse, toutes deux polluantes. Cet aveu est politiquement « inavouable » sans des circonvolutions et reptations des discours qu’il s’agit désormais de construire pour les médias aux ordres.

Mais le plan énergétique n’en est pas moins à revoir de fond en comble, ce qui ne peut se faire que pas à pas, tranche de salami par tranche de salami, de façon à ne pas provoquer une indigestion du peuple moutonnier. On a déjà caché que l’énergie électrique coûtera d’autant plus chère que se développeront les EnRia et que, non seulement notre facture électrique sera affectée, mais que l’Etat devra chercher dans les impôts et les taxes le montant des subventions données pour les implantations de ces EnRia. Nous paierons deux fois 

On peut même se faire une idée assez précise de cette augmentation du kWh à partir des données énergétiques collectées par l’OCDE sur 2016 et représentées sur le graphique ci-contre. Pour cerner la réalité qui nous attend il faut extraire de cette étude les pays disposant eux-mêmes ou chez un voisin proche d’un fort pourcentage d’hydroélectricité, comme la Norvège par exemple. En effet ces pays peuvent implanter des EnRia et disposer d’un énergie pilotable très bon marché. Le coût de leur kWh est alors peu affecté par le surcoût des EnRia. A contrario les pays comme l’Allemagne qui ne disposent pas d’hydroélectricité sont plus pénalisés par les EnRia.
 

Cependant, sans rentrer dans une étude plus fine tenant compte de l’influence des capacités hydroélectriques, le graphique montre bien la tendance générale. On peut même en déduire qu’en gros 1% d’EnR en plus augmente le prix TTC du kWh de 0,28c. Pour les petites consommations des particuliers français en 2016, le prix TTC était de 17,11 c pour un pourcentage d’EnR de 19,2% dont 12,1% d’hydroélectricité et 7,1% d’EnRia. Si l’on considère qu’en 2016, le coût global des EnRia (éolien et solaire) est 7 fois supérieur, le nucléaire 2,8 fois, le thermique 4,9 fois, au coût de l’hydroélectricité, on en déduit pour 2016 le prix de l’hydroélectricité à 5,582 c€. Le passage de 7,1% de la part des EnRia à 17,1%, qui se traduirait par une augmentation à 18,64% au lieu de 8,64% de l’énergie thermique compensatrice et une diminution à 52,28% au lieu de 72,28% du nucléaire pour une production égale, conduit à un prix du kWh de 20,73 c€/kWh au lieu de 17,11c€/kWh soit plus de 20% pour une augmentation de 10% de la part des EnRia. Sur le graphique les EnR, (hydroélectricité comprise, sont passés de 19,2% à 29,2%. Selon la droite de régression du graphique, cette augmentation des EnR entraîne l’augmentation du prix du kWh de 2,88c€/kWh, ce qui porte le prix 2016 de 17,11c€/kWh à 20c€/kWh. On voit que par deux approches différentes on retrouve des valeurs du prix du kWh très proches sans compter l’augmentation due à l’inflation.

L’augmentation du prix du kWh augmente d’une façon inéluctable avec l’implantation des EnRia, et l’énergie compensatrice à leur intermittence ne peut raisonnablement plus être que l’énergie thermique polluante ou l’importation aléatoire d’électricité en attendant des moyens de stockage de l’électricité en grande quantité pour un coût faible. Je tiens à rappeler que la plus grande partie de la production des EnRia est exportée, ce qui montre que dans une politique d’énergie par ailleurs, cette production n’est pas une nécessité physique mais politique.

La politique du plan énergétique commence à se fracasser 

Sur une réalité physique mais les engagements pris

Par la France vis-à-vis du monde et de l’UE 

Qui impose ses vues oligarchiques

Vont continuer à promouvoir 

Ce qui reste l’arnaque

La plus coûteuse !

Claude Trouvé 
26/03/18