mercredi 7 mars 2018

La France dans la grande tenaille de la Chine

Quelle est la plus grande qualité d’un chef d’État ? C’est d’être avant tout un visionnaire, celui qui voit loin et avant les autres. Malheureusement nous n’avons plus ces êtres d’exception, ceux qui marquent l’histoire d’un pays et parfois du Monde. Après De Gaulle, la vision sur l’avenir s’est rétrécie. Pompidou a fait rentrer Rothschild dans le jeu d’influence économique et bancaire sur l’État, préparant l’emprise du « big business » sur l’UE et la perte de souveraineté de la France. Giscard n’a pas vu que l’import de main-d’œuvre étrangère ne devait pas ouvrir la porte à un envahissement non contrôlable et conduire à une mutation profonde et rapide pour l’histoire des valeurs essentielles, culturelles et cultuelles, de notre pays par le droit du sol. Mitterrand, adversaire et admirateur de De Gaulle, l’a rétrécie à l’UE et à l’euro sur lesquels il a rabougri la souveraineté française, jugée désormais incapable de subsister par elle-même dans la mondialisation. Chirac n’a pas résisté à l’agrandissement de l’UE et sa course au fédéralisme, mais a su s’opposer aux Etats-Unis pour la guerre en Irak.

Avec Chirac ce fut le chant du cygne des derniers arpents de souveraineté de la France. Sarkozy a vendu notre armée à l’OTAN et aux États-Unis avec une guerre désastreuse en Libye, et bafoué la démocratie avec le traité de Lisbonne. Hollande a bafoué ses électeurs en reprenant la route de l’austérité ouverte par Sarkozy, l’abandon de la politique économique aux multinationales, et la politique étrangère idiote contre la Syrie et la Russie avec les navires Mistral où la France s’est comportée comme un pays sans foi ni loi qui n’honorait plus ses contrats. Pour ces deux présidents et l’actuel, il n’y a pas d’autre vision que la dépendance à l’UE, et au Nouvel Ordre Mondial voulu par les États-Unis, enfin surtout par ses commanditaires argentés judéo-américains et leurs bras musclés de l’Armée US et de la CIA. La vision d’avenir livrée au peuple français est la dilution de notre pays dans une UE fédérale, enfant des États-Unis et de leur glacis économique et militaire. C’est aussi celle d’accompagner les guerres préparées et déclenchées par les Etats-Unis, dans notre soumission à l’OTAN. Ce sont eux qui nous désignent nos ennemis et nous entraînent dans un monde bipolaire où ils veulent tenir la première place par leur puissance militaire capable d’allumer des feux un peu partout sur la planète, et un dollar encore monnaie étalon mondial.
 
Cette vision rétrécie et frileuse ne porte pas la France au niveau où elle devrait être vue par son histoire, sa position géographique, son domaine maritime et la puissance de son économie. La France n’a plus d’avenir que cadenassée par l’Allemagne et les États-Unis, les vrais maîtres de l’UE, et comme idiot utile par sa puissance militaire nucléaire. La France se laisse dépouiller de tous ses atouts et brade ses industries de pointe, même celles stratégiques. Parmi ces dernières il en est une fondamentale, la production d’énergie électrique. Sans électricité la vie de nos pays s’arrête. La France et l’Allemagne ne disposent pas de ressources énergétiques, encore que l’Allemagne ouvre et rouvre des mines de lignite, et ont pris l’option mondialiste des énergies renouvelables (EnRia). 

Ces deux pays partent pourtant d’un passé très différent. La France avait opté pour le nucléaire comme énergie principale, l’Allemagne sur le charbon et le gaz. Si le choix actuel des EnRia pouvait se justifier en Allemagne dans le but de diminuer la pollution, crée par les énergies fossiles charbon et gaz, et plaçant l’Allemagne en tête des pays polluants, il n’en était pas de même pour la France. Projetant une stabilisation de sa consommation équilibrant sa croissance économique par une politique d’économie d’énergie, et par ailleurs l’un des pays les moins polluants d’Europe grâce au nucléaire, la France s’est surtout engagée pour des raisons idéologiques plus qu’économiquement raisonnables. Sans compter que j’ai démontré que 1 kWh d’EnRia, à cause de son intermittence, devait être accompagné en moyenne sur l’année de 1 kWh d’énergie thermique polluante. Contrairement au message martelé par le gouvernement, les EnRia ne peuvent pas diminuer la pollution, mais elles l’augmentent indirectement.
 
Mais cette prise de décision s’avère de plus extrêmement dangereuse pour l’avenir pour les deux pays. L’Allemagne se rend de plus en plus dépendante du gaz et de la fabrication des EnRia. C’est aussi le cas de la France dans une moindre mesure pour l’instant, la production électrique des EnRia étant en grande partie exportée. Or ces deux pays sont en train de remettre les clés d’une partie de leur production électrique entre les mains de deux ennemis désignés par l’OTAN : la Russie et la Chine. La Russie est le principal fournisseur de gaz de l’Europe. La compensation de l’intermittence des EnRia se fait principalement par l’énergie thermique en gaz, moins polluant que le charbon et le fioul. C’est la voie d’évolution choisie par l’Allemagne et par la France avec la nouvelle centrale de Landivisiau. En cas de conflit grave avec la Russie, l’État-major US nous y prépare et nos chars sont déjà postés en Europe aux frontières russes, la première rétorsion de celui-ci sera de couper l’alimentation en gaz de l’Europe. Ce serait terrible pour l’Allemagne, mais le deviendrait pour nous si nous arrêtons la vingtaine de réacteurs nucléaires prévus. Nous aurions des périodes répétées de black-out entrainant l’arrêt de toute l’économie, et même mettant en danger la vie des malades. 

Mais le choix des EnRia va nous rendre cruellement dépendant d’un autre ennemi désigné : la Chine. Ce pays a parfaitement compris tout ce qu’il pouvait tirer de cette orientation mondialisée de lutte contre le climat sous forme de décarbonisation. Si la Chine n’est pas le pays le plus pollueur par habitant, c’est de loin, compte-tenu de sa population, le plus gros pollueur de la planète. En fait la Chine souffre essentiellement de la pollution dans ses grandes métropoles comme Pékin. Les images propagées par tous les médias mondiaux sur cette pollution localisée nuit non seulement à ces populations urbaines, mais détruit l’image d’une Chine qui vise à représenter l’avenir du Monde. Contrairement aux États-Unis, qui ont tourné le dos aux accords sur la lutte climatique, la Chine entend faire partie de cette manne financière versée par tous les pays signataires et d’en tirer non seulement un profit mais une force géostratégique. 

Le 29 octobre 2004 à Cologne, Angela Merkel a prononcé des paroles que les chinois ont bien retenu : « À la longue, il y aura tellement de profiteurs de l’énergie éolienne qu’il deviendra impossible de trouver de majorité pour en limiter le développement. » La Chine entend désormais être le profiteur principal. De nombreuses raisons étayent les orientations politiques qu’elle a prises. Tout d’abord la Chine est en pleine croissance, encore 6 ou 7%/an du PIB, et son besoin en énergie électrique suit. Puis les mines de charbon sont loin des zones consommatrices d’électricité sur la façade Est, et très polluantes, uniquement en Europe, le charbon tue 23 000 personnes chaque année pour les seules émissions toxiques de sa combustion. Mais la Chine peut compter sur ses immenses réserves. Enfin la Chine est pour l’instant le principal producteur de Terres rares (métaux aux propriétés électromagnétiques voisines), et en raison de leurs usages multiples, souvent dans des domaines de haute technologie, elles revêtent une dimension stratégique. 

Mais où cela se corse c’est que les principaux gisements actuels se répartissent comme suit : Chine (37%), Brésil (18%), Vietnam (18%), Russie (16%), Inde (15%). Les BRICS, ce nouveau bloc multipolaire, détiennent donc 76% des réserves mondiales connues, sans compter le Vietnam dont on ne sait vers quel bloc il penchera, mais vu ses liens avec la Chine on le devine. La stratégie chinoise est devenue claire. Elle développe un programme nucléaire ambitieux de 25 nouveaux réacteurs nucléaires et récupère le savoir-faire dans son association avec nous, sur la construction de leurs 2 réacteurs EPR d’une part et sur les 2 réacteurs pour le Royaume-Uni d’autre part. Ceci leur assurera la fourniture de base de la production électrique et leur permettra de fermer un certain nombre de centrales au charbon situées près des agglomérations. 

Mais par ailleurs la Chine s’est placée comme leader de la fabrication des éoliennes et des panneaux solaires et vise en particulier le marché africain qui va bénéficier largement des aides de l’accord de Paris. Elle dispose d’une main d’œuvre bon marché et des Terres rares, indispensables dans cette fabrication. Elle peut même implanter chez elle des éoliennes et des panneaux dont la production électrique sera faible et dont l’intermittence est facilement compensée par l’énergie thermique de ses centrales à charbon. L’immensité du territoire rend facile l’implantation des éoliennes et des panneaux solaires. L’implantation sera limitée à être juste une vitrine de leur savoir-faire. D’ailleurs la Chine a annoncé le 1er septembre 2009 vouloir réduire ses quotas d'exportation à 35 000 tonnes par an (sur une production de 110 000 tonnes) dès 2010. 

L’UE n’a pas trop révélé qu’elle avait institué des droits de douane sur ces fabrications chinoises à la demande des allemands et danois, les principaux producteurs européens, tout en s’insurgeant aujourd’hui contre les mêmes mesures pour l’acier et l’aluminium prises par Trump ! Car l’UE se piège elle-même et nous nous lançons dans la gueule du loup. Plus le couple franco-allemand développe les EnRia, plus il devient dépendant du gaz russe et des Terres rares chinoises ou des pays du BRICS. L’énergie électrique est vitale pour le développement économique mais peut devenir un problème de survie. L’inconséquence de la politique française est d’autant plus grave que seule une politique mondialiste, soutenue par le « big business » et à point nommé par une idéologie irréaliste, justifie un tel choix contraire aux intérêts fondamentaux de notre pays. Non seulement nous perdons chaque jour de notre souveraineté mais aussi de l’indépendance qui permet de lutter pour le bien du peuple sans se laisser imposer les choix. Avec le choix de l’OTAN qui peut conduire à affronter la puissance militaire renaissante de la Russie, nous offrons à des adversaires désignés, et de toute façon concurrents, les moyens de nous neutraliser.

La politique énergétique française est soit inconséquente,

 Soit le fruit de compromissions et de complicités,

Avec un monde qui veut régner par l’argent,

Et imposer la loi du plus fort à des peuples

Désinformés, abêtis et compulsionnels 

D’un bien-être de consommateur.

Le piège tendu nous attend.


Claude Trouvé 
07/03/18