dimanche 18 mars 2018

Le coût des énergies renouvelables n’est pas du vent !


Demain 19 mars le gouvernement va reparler du plan de transition énergétique. Même s’il semble que la réalité modifie doucement les idées préconçues sur la production d’énergie électrique, on peut néanmoins s’attendre à des décisions plus politiques que réalistes. Elles continueront sur deux axes : la priorité des priorités est de réduire les émissions de CO2(eq) et les énergies renouvelables (EnRia) sont réputées y parvenir. J’aurais préféré que la réduction porte clairement sur la réduction de la pollution. En effet la chasse au diesel est ouverte sans attendre que le parc des véhicules anciens soit complètement remplacé par des voitures diesel neuves dont les progrès dans ce domaine sont considérables. Cette solution progressive ne convient pas à un gouvernement qui agit dans l’urgence et pour des intérêts qui ne sont pas toujours ceux de son peuple.

Nous payons donc pour la voiture électrique, que seuls les citoyens aisés peuvent s’offrir et pour l’installation d’un réseau national de distribution électrique, sans attendre que les constructeurs cessent la production des autres types de moteurs devenus moins rentables ou moins attractifs pour la clientèle par le jeu normal de la concurrence. Le résultat est un déséquilibre économique dû à une intervention d’État et notre argent à tous file chez les constructeurs automobiles et leurs actionnaires. La France est loin d’être le pays le plus pollué d’Europe, et on ne peut pas entraîner le pays en urgence dans des économies sur tous les services publics par diminution des moyens humains et matériels et pratiquer une telle politique digne de l’URSS. Il est évident que la consommation des voitures électriques doit rentrer dans les réflexions sur la transition énergétique, car elle ne fera qu’augmenter les fluctuations de consommation, augmenter les puissances à délivrer sur tout le territoire, et augmenter globalement la production électrique qui ne pourra pas être compensée par des économies d’énergie. A titre d’illustration, le passage de la totalité du parc automobile à l’électricité correspondrait à la production de 20 réacteurs nucléaires. 

Mais revenons à l’essentiel du plan de transition énergétique. Sa dénomination indique clairement qu’il faut changer de type d’énergie productrice d’électricité. Contre le « tout nucléaire », l’idéal est présenté comme le « tout renouvelable ». Est-ce des énergies peu ou pas coûteuses ? La Cour des Comptes a montré qu’il n’en est rien, d’ailleurs si cela était il n’y aurait eu nul besoin de créer une taxe sur le kWh, la CSPE, essentiellement destinée à faire payer le coût des EnRia par l’abonné. Celui-ci n’est pas une paille comme le montre le graphique ci-dessus et en constante augmentation au fur et à mesure de l’implantation des EnRia. C’est près de 6 milliards engagés à fin 2018 et 2 milliards de plus pour atteindre 2022. Je mets un bémol sur ces chiffres publiés par la CRCE, commission de régulation de l’énergie, parce que RTE, réseau de distribution de l’électricité, affiche de son côté des dépenses de 1 à 1,5 milliards par an pour les infrastructures supplémentaires de distribution de l’électricité des EnRia sur l’ensemble du territoire.

Cela permet-il de réduire les émissions de CO2 ? J’ai très longuement dit que dans de nombreux pays, cela ne pouvait être réalisé. Les EnRia sont intermittentes et aléatoires. Pour pallier cet inconvénient, il n’y a que deux solutions : le stockage de l’énergie mais nous ne savons pas encore le faire pour des grandes quantités d’énergie et à un prix relativement acceptable, et l’utilisation des énergies pilotables, l’hydroélectricité, l’énergie thermique (charbon, fioul, gaz), et le nucléaire. Ce dernier est très adapté aux variations lentes, de type saisonnier, mais beaucoup moins aux variations rapides journalières. On peut donner l’image d’un bateau à voile qui subit les variations du vent, intermittentes et aléatoires en force et en direction et qui ne peut arriver au port que par le pilotage du gouvernail et des voiles. Plus les sautes de direction et de force du vent sont importantes, plus l’homme à la barre doit fortement agir, car en dehors de mettre ou d’affaler les voiles, c’est son pilotage qui permet au bateau de louvoyer vers sa destination. 

Il en est de même avec les EnRia, il ne peut y avoir du « tout renouvelable » sans son complément du « tout pilotable ». Or il ne peut y avoir deux « tout », ce qui veut dire que des énergies pilotables doivent obligatoirement cohabiter avec les EnRia. L’hydroélectricité peut y pourvoir en partie mais son implantation est désormais quasiment figée sur le territoire. Elle est peu chère mais si elle est privatisée, cette industrie moyennera son service de pilotage pour l’adaptation production-consommation. Le nucléaire n’est pas la meilleure solution et a l’opprobre gouvernementale et écologique de sa dangerosité. Il reste l’énergie thermique, la mieux adaptée. J’ai montré, par une étude des évolutions consommation et production des 3 pays (Allemagne, Belgique et France) sur plusieurs années, qu’il doit y avoir pratiquement égalité entre les productions EnRia et énergie thermique. Le cas du Danemark est à part car il résout le problème de l’intermittence par une importation d’hydroélectricité pratiquement toujours disponible en provenance de la Norvège. Il peut ainsi fermer des centrales au charbon et afficher une baisse du CO2.

Le constat que j’ai pu faire de cette loi physique implacable pour notre pays, en dehors du stockage de l’électricité, est corroboré d’ailleurs par une étude mondiale qui montre que les EnRia ne font pas baisser le taux de CO2 quel que soit leur niveau d’implantation. Seuls l’hydroélectricité et le nucléaire en sont capables. Les différents pays sont représentés sur le graphique ci-dessus par des points sur le graphique. On peut d’ailleurs supposer que le développement des EnRia est d’autant plus facile et justifié que l’on dispose d’hydroélectricité produite ou importée autant que de besoin. Par ailleurs les pays qui doivent augmenter leur énergie thermique pour accueillir des EnRia sont poussés à diminuer les émissions polluantes en améliorant l’efficacité des centrales au charbon, à développer l’énergie thermique au fioul, moins polluante, et même à développer les centrales au gaz à cycle combiné, plus efficaces et encore moins polluantes. C’est le choix fait par l’Espagne et en partie par l’Allemagne. 

On ne peut donc ni dépasser 50% d’EnRia, ni réaliser une décarbonisation de la production, sauf à stocker ou devenir importateur d’énergie. Par ailleurs le coût du kWh des EnRia restera longtemps très supérieur au coût de l’énergie nucléaire. Enfin l’aventure des EnRia est directement payée par l’abonné, payeur cadenassé, et le prix du kWh ne peut qu’augmenter, comme en Allemagne ou au Danemark. Enfin cette dépense pour les EnRia n’est nullement justifiée pour l’instant par un manque de production par rapport à la consommation, car la France est globalement exportatrice de 6 à 11% de sa production sur une année. Les rêves idéologiques, habilement exploités par ceux qui s’enrichissent de la vente de la construction et de l’exploitation des EnRia, se fracassent toujours sur la réalité, mais les desseins politiques peuvent perdurer jusqu’à ce que l’électeur s’en mêle… si la démocratie existe encore. Vous voilà prévenus, alors observez bien les contorsions du gouvernement pour vous faire avaler encore un moment les couleuvres de la transition énergétique.
 
Le plan de transition énergétique est l’arnaque du siècle. 

Elle s’abat sur le monde entier, mais notre France

Se veut le chantre d’une attitude vertueuse 

Comme si le réchauffement climatique

Justifiait de cacher le but véritable 

Qui n’a plus rien de vertueux

En pompe de notre fric !
Claude Trouvé 
18/03/18