samedi 29 avril 2017

Pourquoi faut-il sortir de l’UE ? (2ème partie)



Le précédent article a permis de montrer que notre appartenance à l’UE ne nous avait pas protégés comme les européistes se plaisent à le répandre. Depuis le traité de Maastricht, notre taux de croissance est passé de 3,6% par an à 1,2% et ce n’est pas le cas de tous les pays même si globalement le taux de croissance des pays de l’OCDE était de 1,8% en 2016. Durant les 6 dernières années la croissance du PIB/habitant de l’OCDE a été de 8,3%, celui de l’UE de 5,7%, celui de la zone euro de 4% et le nôtre de 3,4%. Les graphiques ci-contre résument la situation dégradée de la France par rapport à l’Allemagne et des pays hors UE. On constate de plus que l’UE sous-performe par rapport aux autres pays en ce qui concerne le PIB/habitant. Donc non seulement l’euro crée une disparité entre les pays du sud de l’UE et les autres mais en plus l’UE et son ouverture totale à la circulation des marchandises et des capitaux, contrairement à la plupart des pays, ne lui est pas favorable.

Ceci se répercute sur le taux de chômage ou le nombre de demandeurs d’emploi. J’ai montré graphiquement que le nombre de demandeurs d’emploi ne diminue pas de juillet 2016 à mars 2017, que ce soit en catégorie A ou toutes catégories confondues. Mais le graphique ci-contre montre que la France, non seulement a un taux de chômage supérieur à de nombreux pays du monde, mis à part les pays du sud de l’UE, mais elle fait moins bien que la moyenne de l’UE. On remarque que notre taux de chômage est nettement plus élevé que celui de l’Allemagne mais aussi de pays hors UE comme la Norvège, la Suisse et l’Islande, ou hors zone euro comme le Royaume-Uni, la Pologne, la Suède et le Danemark. On voit donc que ni l’UE, ni l’euro ne nous protège du chômage, et que le taux de chômage peut être inférieur au nôtre dans des pays européens hors UE ou hors zone euro. 

Sur ces trois indicateurs fondamentaux du taux de croissance, du PIB/habitant et du chômage, il est clair que notre économie n’a rien à gagner en restant dans l’UE et la zone euro. Mais les deux sont liés et ceux qui disent que l’on peut renégocier les traités pour une autre UE se heurteront à des discussions sans fin car les intérêts nationaux sont de plus en plus divergents. La sortie de l’euro sans sortie de l’UE n’est pas prévue comme l’a réaffirmé Bruxelles. Il faut donc renégocier les traités et on retombe sur la difficulté évoquée précédemment. Si la majorité des français est effrayée par une sortie de l’euro, il est aussi évident que la différence de compétitivité des pays du sud de l’UE ayant l’euro ne leur permet pas d’éviter une descente économique et sociale. L’exemple de la Grèce est clair et il faut cesser de dire que c’est parce que les gens n’y travaillent pas parce que c’est l’un des pays où la semaine de travail est la plus longue. D’ailleurs j’ai montré que l’augmentation de la durée du travail hebdomadaire ou annuel ne procurait ni une augmentation du PIB/habitant, ni une diminution du chômage, comme le proposait Fillon dans son programme, mais avait l’effet inverse en période de croissance molle. Mais on peut regarder l’Italie, proche économiquement et structurellement de nous. L’italien travaille mais l’Italie s’enfonce. Les italiens sont beaucoup plus nombreux désormais à penser que l’euro les tue.

Mais l’UE nous lie, qu’on le veuille ou non, à l’OTAN, car la défense de l’UE par l’OTAN est dans les traités. Sortir de l’OTAN sans sortir de l’UE nous ramènerait à la situation sous Chirac qui s’est violemment opposé à la guerre en Irak. Comme la politique étrangère et migratoire est dans les mains de l’UE, faire valoir une indépendance dans ces domaines revient à entrer en conflit avec les traités et de nombreux pays de l’UE. Par exemple les pays Baltes réclament la présence de l’OTAN face à une hypothétique menace d’invasion russe et de fil en aiguille l’OTAN s’implante de plus en plus fortement en Europe en brandissant cette menace. La proposition de Fillon de renouer des relations normales avec la Russie lui a valu d’être laissé pour compte par l’oligarchie financière qui soutient Bruxelles et la politique étrangère américaine. Notre participation à l’OTAN nous entraîne même dans des conflits extérieurs au Moyen-Orient et en Afrique où nous ne sommes même pas suivis, ou bien peu, par la plupart des autres pays de l’UE. Notre puissance militaire nous désigne comme un fer de lance de l’OTAN en première ligne dans des conflits qui ne sont pas les nôtres, où nous faisons plus de mal que de bien, et qui génèrent des retours sous forme de terrorisme à l’intérieur même de notre territoire. 

Le trio UE-euro-OTAN est indissociable si nous voulons disposer de notre indépendance économique, sociale, monétaire, étrangère et militaire, comme la plupart des pays du monde. Ceux qui évoquent l’isolationnisme dès que l’on sort de l’UE doivent nous expliquer comment font tous ces pays. La récupération du contrôle des capitaux, de la possibilité de gérer les tarifs douaniers à notre gré n’implique nullement l’isolationnisme. La Chine et les Etats-Unis pratiquent ainsi et sont moteurs dans la mondialisation. Seulement ils font en sorte de protéger leur économie sur les secteurs choisis. Par ailleurs la sortie de l’UE n’implique pas en soi une fermeture de nos frontières, ceci fait partie du traité de Schengen, qui est un traité à part. Des pays de l’UE ont choisi de ne pas signer ce traité, à contrario des pays européens hors UE, comme la Suisse, l’ont signé. Je constate que le manque d’information de nos compatriotes permet de dire n’importe quoi et de faire croire à une doxa qui s’effondre lorsqu’on la confronte à une réalité et une information comparatives avec les autres pays de l’Europe et du monde.

Le mot souverainisme, qui veut dire non pas France fermée sur elle-même, mais France libre, comme son nom l’indique, et indépendante, qualifie les politiciens qui l’utilisent comme représentants de l’extrême droite. Rien n’est plus faux. Jean-Pierre Chevènement développe des idées souverainistes tout en étant de gauche. Il est vrai que c’est sous l’impulsion principale de la gauche que nous sommes entrés dans l’UE et que c’est Mitterrand qui a signé le traité de Maastricht. L’idée de la communauté d’intérêt entre pays proches n’impliquait pas forcément une UE à vocation fédéraliste. L’Europe des patries de De Gaulle laissait l’indépendance à chaque autant qu’ils le voulaient. Les traités bi ou multilatéraux pouvaient mailler les pays européens dans des ententes souples gagnant-gagnant et évolutives. D’ailleurs nous sommes plus près à vol d’oiseau des pays du Maghreb, où l’on parle français de plus, que du fin-fond de la Laponie où l’on parle finlandais ou suédois. 

Il est temps qu’une information réaliste et argumentée

Puisse mettre les français en capacité de juger 

Où est leur véritable intérêt et non celui

Qu’on cherche à leur faire croire, 

Celui de l’oligarchie financière !
 
Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon