mercredi 5 avril 2017

42 ans d’errance et 20 ans d'UE, ça suffit !

Depuis 1974 la France suit une trajectoire qui ne peut la mener que vers un appauvrissement généralisé. C’est l’année de départ de la dette publique française et donc du début du déficit budgétaire. Mais un autre évènement allait donner une impulsion négative à notre pays. Cela s’est passé sous Pompidou où l’État s’est vu imposer d’emprunter, non plus à la Banque de France mais aux banques privées. L’emprunt du Trésor Public à la Banque de France était pratiquement à taux nul. Il ne pouvait plus en être de même en empruntant aux banques privées. L’argument employé était que l’État devait se persuader que l’emprunt a toujours un intérêt dans le monde des affaires et ceci était supposé en limiter l’utilisation. L’État dépensier avait donc un frein aux dépenses. Mais dès 1974, le déficit budgétaire démarrait et l’État commençait à enrichir les banquiers. On allait sonner dès 1975 la fin des « Trente glorieuses » où la moyenne de croissance française avait été de 5,1%... on croit rêver aujourd’hui.

Néanmoins la dérive budgétaire était lancée et elle n’a pas cessé depuis. L’effet négatif ne s’est pas senti de suite car nous étions en période de forte croissance et jusqu’en 1980 la France faisait l’envie dans le monde entier. De 1972 à 1978, un premier filet de sécurité des monnaies, le serpent monétaire, liait les monnaies entre elles mais avec une élasticité de quelques % les unes par rapport aux autres. Le lien n’était pas rigide et permettait certaines adaptations de compétitivité. L’idée était de rendre plus fort ce panier de monnaies dans le contexte spéculatif mondial par rapport au dollar. Ce serpent, initié par Pompidou entre des pays économiquement et socialement pas trop éloignés à l’époque, a d’ailleurs bien fonctionné… car il incluait une élasticité entre les monnaies. Dès 1979 l’ECU, European Currency Unit, a été utilisé comme unité de compte pour les institutions européennes et les banques centrales des pays membre de la CEE. C’était la préparation de l’arrivée de l’euro. 

On parlait à l’époque d’une France leader du monde par son PIB/habitant et promise au plus bel avenir. Après cette période d’euphorie, les discussions sur une union européenne ont commencé. Dans les années 90 la France n’avait plus la même superbe même si la réunification allemande plombait l’Allemagne. Le traité de Maastricht de 1992 signait une ère nouvelle vendue comme une chance de vie meilleure. L’euro s’installait dans les transactions bancaires dès 1999 et dans nos portemonnaies en 2002. Dès 2004 les effets néfastes de l’euro ont commencé à se voir après une période d’aide massive aux pays en difficulté par l’apport de la force de la monnaie. L’Allemagne digérait encore sa réunification mais son potentiel industriel unique en Europe commençait à prendre le pas sur les autres économies européennes. L’élargissement de l’UE n’incluait plus désormais que des pays où le système social et économique était largement inférieur aux autres pays membres. Depuis, et à fortiori avec la crise de 2008, on assiste à une dérive lente de l’économie européenne dans son ensemble par rapport aux autres continents et une aggravation des écarts entre les pays suivant en gros un axe nord-sud.

Il est stupéfiant que devant une telle évidence du fiasco de l’UE pour amener la prospérité aux peuples, la plupart des candidats à la présidentielle puisse encore faire croire que cette entreprise est une réussite de l’histoire ou à conserver moyennant quelques adaptations. Avec notre dette qui va atteindre 100% du PIB, une croissance atone, un chômage endémique, un commerce extérieur largement déficitaire, une population agricole décimée, une désindustrialisation continue, la France s’enfonce même par rapport à la moyenne des pays européens. Nous faire croire que c’est grâce à l’idée européenne que nous avons évité les guerres est un mensonge. La paix entre les deux blocs USA et URSS a été maintenue par l’apocalypse de l’arme nucléaire qui a été suffisamment dissuasif. La paix en Europe n’a pas existé et la Yougoslavie a été démantelée par la volonté américaine. D’ailleurs l’Europe s’est avérée incapable de mettre fin au conflit du Kosovo sans l’intervention décisive américaine. L’appartenance de l’UE à l’OTAN ne fait que de nous entraîner vers des guerres qui ne nous concernent pas comme en Libye ou en Syrie où le gouvernement Trump est en train de dire que Bachar el-Assad a été élu démocratiquement. On a bonne mine. 

Non on ne peut pas réaménager l’UE car la modification des traités demande l’unanimité des membres. Si cette unanimité pouvait être acquise à 6 entre des pays économiquement très liés, à 12 peut-être, c’est impossible à 28 au moment de surcroît où les divergences d’intérêt apparaissent de plus en plus clairement. Les dissensions sur la gestion du flux migratoire n’en est qu’un aspect. On ne peut pas espérer reconstruire une Europe qui a été construite sur des bases foireuses. Après 20 ans de tentative de rapprochement des peuples, l’identité européenne n’existe toujours pas. Un français se sent plus proche d’un habitant francophone africain, d’un canadien du Québec que d’un Bulgare. La langue nous sépare toujours même si l’anglais sert de véhicule commercial. C’est environ 35 langues qui sont utilisées à Bruxelles, et les traducteurs y font de brillantes carrières. Maintenant que le Royaume-Uni quitte l’UE va-t-on obliger tous les représentants des différents pays à utiliser le français langue officielle ?

La monnaie unique ravage la zone euro au profit de deux ou trois Etats dont l’Allemagne la grande bénéficiaire. Le clivage entre les « cochons », les PIGS, Portugal, Italie, Grèce et l’Espagne, est même significatif dans le langage discriminant utilisé désormais. Quand on traite ces peuples de paresseux et de voleurs, quand on insulte les Allemands en les traitant de « nazis » , ce que des journaux en Grèce, en Italie et en Pologne ne se privent pas de faire à chaque tour de chauffe et moment d’irritation, on est plus dans le « vivre ensemble ». L’Allemagne ne veut pas d’allègement de la dette grecque, demandez aux grecs ce qu’ils pensent de ce pays. Quand un Mélenchon désigne du doigt l’Allemagne comme principal responsable de l’appauvrissement de la France, on entre dans le contexte d’une UE qui se désunit. Le flux migratoire est aggravé par nos interventions au Moyen-Orient. Les Hongrois ne veulent pas supporter les erreurs de la stratégie américaine et du double-jeu turc et allemand sur l’immigration, pas plus que l’implantation des ONG de Soros, ce milliardaire américain que l’on retrouve dans toutes les déstabilisations des régimes forts. Ils sont aujourd’hui dans la rue et ils renient ainsi la politique et la complicité de l’UE. 

Les USA nous désignent un ennemi, la Russie. 80% de la population russe est à l’ouest de l’Oural. L’UE se cabre contre ce pays et repousse les tentatives russes de coopération avec l’UE , le Royaume-Uni s’en va. L’Europe va de l’Atlantique à l’Oural, l’UE a perdu ces deux points d’équilibre en en faisant deux forces centrifuges. Le déséquilibre nord-sud signe le fiasco du rapprochement économique et social des peuples. L’UE se meurt et elle est même en train de tuer l’idée de l’Europe des Patries qui peut avoir des fondements beaucoup plus souples avec des liens bilatéraux et multilatéraux autant que de besoins. Ceux qui nous racontent que la France va imposer sa volonté pour changer les traités se trompent. L’unanimité ne peut plus se faire parce qu’à cause du nombre de pays la probabilité est faible de réussir et parce qu’il est trop tard. Les clivages sont trop profonds. De plus les discussions ne peuvent qu’aggraver les dissensions, ce qui amènera à un éclatement de l’UE mais cette fois dans la discorde. Le Royaume-Uni, pays pragmatique et berceau de la démocratie, nous a montré le chemin.

Les français ont ce défaut c’est de ne jamais rien accepter qui ne soit pas une solution originale nationale. Si cela leur permet d’avoir un esprit reconnu de découvreurs, cela les écarte souvent des solutions simples, directes et franches. On sort juridiquement sans contestation possible de l’UE par l’article 50 du traité et, comme le dit l’économiste Prix Nobel Joseph Stiglitz, le plus tôt sera le mieux. La France a autant d’atouts et même beaucoup plus que la Norvège, l’Islande et la Suisse, pour vivre sa vie seule dans le monde comme la plupart des pays. Son deuxième domaine maritime mondial, son rayonnement dans le monde par la francophonie lui ouvre autant de portes que le Royaume-Uni surfant sur les restes du Commonwealth. 


Après 42 ans d’errements et 20 ans d’expérience européenne dans l’UE 

Il est temps de tourner une nouvelle page de notre histoire

Une ouverture vers sa vocation de pays de la paix 

De nouveau ouvert sur le monde hors d’un bloc

Et sans les tutelles américaine et de l’UE 

Mues par les puissances de l’argent ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon