vendredi 14 avril 2017

Dans la pauvreté silencieuse de nos campagnes

Les « sans-dents » sont-ils dans nos banlieues ou dans nos campagnes ? On parle beaucoup des banlieues et de ses zones de non-droit. Il y règne l’utilisation maximum des aides diverses de l’État et la « débrouille ». Ici la débrouille c’est les trafics d’armes et de drogues, quand ce n’est pas le vol, le racket et le vandalisme vengeur. On s’apitoie sur cette jeunesse au chômage, on excuse la radicalisation de plus en plus importante de cette jeunesse qui ne croit plus en rien sinon en Allah, mais surtout pas en la France. On se culpabilise de ne pas offrir tous les logements décents nécessaires, toutes les activités sportives et culturelles avec les installations qui vont avec. Enfin, si la situation se détériore dans ces banlieues où le premier prénom est Mohammed et ses variantes, on se persuade que c’est de notre faute. La honte nous monte aux joues. Oui c’est vrai nous n’aurions jamais dû permettre le regroupement familial, ni ouvrir les portes à une immigration clandestine ou non contrôlée comme nous le demande l’UE.

A contrario nous pensons à nos belles campagnes avec une émotion contemplative. Il nous monte à l’esprit un ressenti d’air pur, de produits du terroir, de paysages bucoliques, de silence, d’herbe fraîche, de blés dorés, de vignes, de vaches, de moutons montant dans les alpages, de chèvres sautant de rocher en rocher, de champs d’artichauts et de betteraves, etc. Pour un peu nous nous ferions agriculteur, berger, éleveur. Tous ces gens ont bien de la chance de vivre dans des conditions idéales, loin du bruit et de la pollution des villes, loin du rythme infernal que la vie actuelle impose à ses habitants. Dans nos esprits la vie dans les banlieues nous semblent un enfer, et celle dans nos grandes villes un purgatoire. Les jeunes pensent : Si j’y trouvais un travail, j’irais volontiers vivre à la campagne rêvent beaucoup de citadins, et l’envie se fait de plus en plus jour, mais… 

C’est cette pensée qui ouvre la porte à une réflexion sur la réalité de ce qui se joue sous nos yeux sans que nous n’en prenions conscience, aveugles que nous sommes. Ce monde idéalisé de la campagne française a aussi lui des zones d’exclusion mais cette fois non par la volonté de ses occupants des banlieues mais par abandon d’une société qui passe à côté sans la regarder, donc sans la voir. Il y a là aussi la débrouille mais les armes sont celles de la solidarité, du peu qui reste, le mot d’ordre est de manger après on fait avec. Où sont ces exclus ? Dans nos campagnes silencieuses où l’on accepte son destin sans mot dire comme ce jeune couple Julie et Simon, 23 et 20 ans qui vivent dans un village du Puy-de-Dôme. Lui, ancien bûcheron, a dû abandonner son travail pour maladie professionnelle et désormais ils vivent chichement mais restent au village.

Comme beaucoup d’autres couples comme eux, agriculteurs et petits commerçant, artisans, forains, etc., ils vivent aussi de la « débrouille » mais c’est celle de la solidarité. Ils vivent dans des fins de mois difficiles, dans le surendettement, dans la peur du banquier et ils nous disent : « La priorité pour l’instant, c’est de manger à peu près à notre faim, le reste passe après… ».  Les loyers ne sont pas chers mais les maisons ont le confort minimum, sans isolation et la température intérieure ne monte pas en hiver au-dessus de 9°. Loin de la misère souvent explosive des banlieues françaises, la pauvreté des campagnes est une réalité plus silencieuse, invisible. C’est ce que met en lumière le travail d’Agnès Roche, sociologue à l’Université de Clermont Auvergne. Ce sont les « sans dents » du monde rural, où un agriculteur se suicide chaque jour, la France abandonnée. La pauvreté est associée en partie à la crise agricole dans une agriculture liée aux subventions de l’UE qui alimentent surtout les grosses exploitations qui investissent sans difficulté dans les machines agricoles, ce qui n’est pas le cas des jeunes de 30 ans qui continuent l’entreprise familiale ou qui tentent leur chance pour fuir le stress de la vie dans les grandes villes. 

Globalement les villages deviennent des hameaux, les agriculteurs se tuent au travail et voient leurs revenus fondre au soleil. L’école ferme, le bureau de poste aussi, le médecin et les jeunes s’en vont, puis les commerçants, et quand le café ferme, le village est mort. Ce n’est heureusement pas le cas dans toute la France, mais peu de régions y échappent et le Massif Central dans son ensemble fait partie des régions les plus touchées. On doit écouter ce que dit ce jeune couple : «On a été obligés d’installer un rideau sur la porte d’entrée pour couper le vent qui passe comme si on était dehors. Les fenêtres, c’est du simple vitrage, c’est du carton, les montants en bois prennent l’humidité, le bois gonfle, on ne peut pas ouvrir les fenêtres.» ce n’est pas mieux que dans les taudis de nos banlieues. Là aussi le refuge devient l’alcool et la drogue. On touche alors de près la misère rurale, la mort de notre petite agriculture par l’afflux des normes européennes, la concurrence de pays étrangers et la pression des grandes enseignes.

Mais ce tableau noir n’est pas une fatalité, c’est le fruit des directives européennes qui ont favorisé une agriculture productiviste pratiquée par des agriculteurs dont la taille des exploitations transforme l’exploitation en usine exportatrice à la recherche du profit maximal du capital investi. C’est donc à un changement de paradigme que la France doit s’atteler. Elle doit retrouver sa vocation agricole avec une agriculture diversifiée et de qualité. Il faut échapper à l’UE qui bloque le développement des circuits cours, directement du producteur au consommateur. L’utilisation d’internet permet d’élargir la zone de chalandise. Pourquoi faire venir le gigot de Nouvelle-Zélande et polluer la mer et l’air par le transport ? L’État doit favoriser ce type de distribution. Ensuite il faut protéger notre pays de l’introduction de produits actuellement moins chers et de moindre qualité. La compétitivité de nos agriculteurs peut être assurée soit par des taxes sur les produits importés soit par une dévaluation monétaire possible par la sortie de l’euro suivant les pays concernés. Il faut débarrasser nos agriculteurs des normes européennes trop contraignantes pour la vente des produits sur notre sol. Le développement de la permaculture et biologique est à la portée de la petite agriculture et offre un créneau dans une population plus regardante sur la qualité que sur le prix. C’est un créneau porteur.


La petite France rurale est abandonnée à un désert progressif 

Il n’y a pas de fatalité car les causes sont connues.

Toutefois la France doit retrouver la liberté 

De gérer le devenir de son agriculture

En sortant des griffes de l’UE !


Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon