vendredi 24 mars 2017

Le désastre de primaires anticonstitutionnelles



Nous voilà à 5 semaines d’un premier vote pour désigner les finalistes de l’élection présidentielle, la plus importante élection de la Vème République dont le mandat a été ramené de 7 à 5 ans. Historiquement le parti socialiste, encore en période d’euphorie vengeresse, a lancé la première l’idée d’une primaire de gauche qui a eu l’énorme avantage de mobiliser les médias et de priver d’un support médiatique, une droite de gouvernement peu encline à une bataille de sous-chefs. Cette pratique, issue du fonctionnement des élections américaines, était contraire au déroulement normal d’une campagne où le principe d’égalité des chances de chaque candidat était au cœur de notre Constitution. Souvenons-nous que l’accession à la candidature était initialement beaucoup facile et que l’accès aux médias télévisuels a été longtemps régi par un code de stricte égalité de temps d’accès. Depuis l’évolution s’est faite dans le sens de la restriction de la facilité d’accès à la candidature et par l’inégalité de temps d’accès aux télévisions sous contrôle du CSA.

Le peuple, toujours ravi de contempler « les jeux du cirque » ou ces émissions à la Ruquier où la règle est le jeu de massacre, a vu dans cette première primaire de gauche, l’occasion d’assister à un nouveau spectacle politique dont il ignorait si le vainqueur était désigné d’avance ou s’il serait issu des joutes oratoires. Car enfin, avec le recul, on peut se dire qu’Hollande, le deuxième couteau après Strauss-Kahn, avait déjà pris contact avec les banquiers après la chute de son mentor. Il restait le seul socialiste à l’être à cette époque. Toujours est-il que Martine Aubry est rentrée dans sa mairie de Lille et les autres prétendants ont trouvé une place au gouvernement. L’affaire était rondement menée et donnait les apparences d’une démarche parfaitement démocratique, sauf que le candidat finalement désigné avait disposé d’un temps médiatique qui lui donnait une avance d’audience par rapport à tous les autres candidats dont le principal, Sarkozy. 

La primaire viole donc le principe d’égalité sur le temps de télévision, dont De Gaulle avait mesuré l’importance à l’époque, même si désormais les réseaux sociaux deviennent d’une importance de contrepoids important. Ce basculement est dû non seulement à l’évolution technique d’internet mais aussi à la captation de l’information médiatique par quelques grandes fortunes qui s’approprient non seulement la vérité de l’information mais œuvrent ensemble pour le maintien du Système, celui des pouvoirs de l’argent de Paris à Bruxelles et à Washington. L’information devient unique et pipée. Mais revenons aux primaires qui ont néanmoins induit dans l’esprit des battus le sentiment que la revanche qui, comme la mule du Pape, saurait attendre. C’est ainsi qu’Arnaud Montebourg, mieux plébiscité que Manuel Valls, a mal digéré de le voir ensuite choisi comme Premier Ministre, et que Martine Aubry a ressassé une vieille inimitié avec Hollande avec le sentiment d’avoir été piégée dans une primaire pipée.

Tout cela s’est développé dans une fronde ouverte et traduite dans les votes des déçus de la primaire dans ce quinquennat qui se termine. L’opposition des hommes et des femmes au sein du parti socialiste était exacerbée par le sentiment d’avoir eu un assentiment populaire dans la primaire qui leur donnait un pouvoir discrétionnaire. La deuxième primaire de gauche a cette fois tourné au fiasco. Les dissensions accumulées ont abouti à une scission de fait entre le candidat choisi par le parti et un homme du Système, éphémère socialiste, et protégé du Président par obligation. Ce dernier, qui a l’hypocrisie de dire qu’il ne veut pas intervenir dans cette élection, ne s’est pas caché pour déclarer publiquement que l’objectif était d’empêcher Marine Le Pen d’accéder au pouvoir. Il n’est pas plus en dehors que ne l’était Obama pour les élections américaines. Tout laisse à penser au contraire qu’il est extrêmement présent et actif dans l’ombre du pouvoir. 

Cette nouvelle primaire de gauche est en train de sombrer dans un sordide coup de pied de l’âne sur le candidat Hamon, défendu on ne peut plus mollement par Cazeneuve, et trahi sans retenue par la plupart des politiques utiles au candidat Macron, complètement inexpérimenté en dehors de l’économie. Ce spectacle des « tous derrière toi », murmuré parfois, à l’issue de la désignation de l’élu socialiste, donne une image désastreuse de la politique. C’est à l’image de Bayrou, qui, comme l’âne de Buridan, reste longtemps à choisir entre la gauche et la droite dans l’espoir de réaliser son rêve présidentiel, et finit par se décider vers celui qui peut lui offrir un poste de Premier Ministre. C’est à pleurer, tant les politiques ont oublié le sens de l’État et celui de l’engagement politique pour celui du portefeuille ministériel.

Le spectacle à gauche est désastreux mais la première primaire de droite s’engage dans le même processus. Le soutien à minima de Juppé était tellement à minima qu’il en devient un déni de soutien. D’ailleurs il a déserté les barricades pour soutenir, comme promis, son colistier en difficulté. Que Fillon arrive à surmonter son handicap médiatique, causé par les « affaires », ou non, qu’il soit Président ou non, le processus de dégradation du parti Les Républicains est amorcé et conduira au même résultat qu’à gauche. Les jeunes loups Wauquiez, Lemaire, sont d’une discrétion qui fait peur. Ce sont les hyènes qui attendent le moment du dépeçage. Il n’empêche que ces primaires de gauche et de droite, en projetant en avant des hommes politiques, attirent les actions de déstabilisation qui font la une des médias et faussent le déroulement de la démocratie en particulier pour les petits candidats qui n’ont droit qu’à des miettes. D’autant plus que le candidat du Système, donc des médias, rafle tout ce qui est encore disponible pour occuper l’espace médiatique. 

Les primaires faussent le processus démocratique de l’élection présidentielle. Ils incitent même les chaînes privées à faire des copies dans des débats avec des candidats choisis hors des « petits candidats », débats auxquels les choisis ne manquent pas de répondre, laissant volontairement les autres dans l’ombre sur TF1. Le jeu de questions fermées adressées aux candidats occultent d’ailleurs tout débat constructif et facilite la tâche des candidats dont le programme est le plus vide et le plus incohérent. Ce mimétisme des primaires est également nuisible au bon fonctionnement de la démocratie même si c’est une distorsion collatérale. Il va venir s’y ajouter la distorsion de temps de parole avant les 15 jours précédant le vote. Il ne faut pas s’étonner que notre démocratie parte en quenouille et qu’un candidat réclame une sixième république sans montrer que notre constitution est tout simplement bafouée et qu’il serait d’abord sain de revenir à ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être.
 
Il n’est pas pire action de provocation du désordre 

Que de violer les principes fondateurs

D’une constitution construite 

Sur la liberté et l’égalité !
 
Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon