mardi 21 mars 2017

Je dépense, les recettes suivront !

Le 1er débat à cinq candidats a commencé le 20 mars alors que onze candidats avaient remis plus de 500 parrainages obligatoires au Conseil Constitutionnel. Cette première anomalie qui crée une distorsion entre deux groupes de candidats fausse le nécessaire équilibre démocratique. Le choix de 500 signatures sur 30 départements a été institué pour sélectionner des candidats ayant une représentativité suffisante pour se présenter à l’élection présidentielle. Si ces conditions sont remplies, il n’y a plus aucune raison de faire un tri des candidats sur les critères d’élections précédentes, sauf celle d’entraver un peu plus l’arrivée de nouveaux candidats. Cette démarche de l’entre-soi est parfaitement anti-démocratique. Ceci étant dit, ce premier débat, où les candidats étaient sommés de donner les solutions aux questions posées, a conduit fatalement à un déballage de recettes dont la cohérence dans un programme structuré a échappé aux téléspectateurs. L’accessoire s’est mêlé à l’important, voire à l’axe politique principal qui sous-tend les programmes des candidats.

On a assisté à une course aux dépenses, aux cadeaux catégoriels. Ce n’est pas des futurs Présidents qui débattaient mais des futurs Premiers Ministres. A part quelques moments d’exception, cette forme de débat et de questions, ne donne qu’un faible aperçu au peuple français de la voie dans laquelle le futur Président veut conduire son peuple. C’est ainsi que chacun y est allé d’un déballage de ses dépenses, sans que l’on ait une quelconque idée claire ni du montant du budget recettes, ni des cassettes ouvertes, pour y puiser les dépenses. Cette vision tronquée laisse l’image du « Je dépense, les recettes suivront. » De même l’appartenance à l’UE s’est immiscée dans les discussions pour ressurgir plus nettement en fin d’émission sans que le problème de fond soit réellement abordé. Or cette discussion est un préalable puisqu’elle oppose fondamentalement Marine Le Pen au trio Fillon-Macron-Hamon, alors que Mélenchon est resté dans le flou mis à part la sortie de l’OTAN. A défaut d’une discussion sur ce choix fondamental, on ne peut lever l’oukase de catastrophisme qui pèse sur la sortie de l’euro ou de l’UE. 

Alors que l’UE se désagrège et que des discussions s’engagent entre les premiers pays fondateurs pour repartir sur une Europe à deux vitesses ou plus, alors que cette orientation a été évoquée par Benoît Hamon d’une façon presque subliminale, ce débat est occulté depuis trop longtemps. L’information est à sens unique et mériterait une émission presque complète pour aller au fond du débat tant la stratégie de la peur a rendu les français frileux et désinformés. Ils ne savent même pas pour la plupart qu’il faut mettre 9 milliards sur le tapis pour que la France soit dans l’UE. Pourtant ce sujet était sous-jacent dans les discussions sur l’immigration. Nombre de propositions sur ce sujet se heurteront pourtant aux décisions de Bruxelles et à l’unanimité requise des Etats membres de l’UE. On n’a plus qu’à espérer que le prochain débat, qui verra l’entrée de nouveaux candidats, contraindra les participants à débattre sur ce sujet à condition que le cloisonnement sur ceux choisis n’empêche pas tout débat de fond.

Nos candidats "premiers ministres" ont donc dépensé de bon cœur et nous sommes rentrés souvent dans le détail. Par contre les recettes, dont on ignore le montant et la répartition, n’ont émergé que sous des quolibets généraux arguant de l’impossibilité de financement. C’est alors parole contre parole et la vérité échappe au téléspectateur. Non seulement une vraie discussion sur les recettes n’a pas eu lieu mais, une fois débattue l’appartenance ou non à tout ou partie du trio UE-Euro-OTAN, la présentation des hypothèses de croissance et la position de chacun sur le déficit budgétaire, donc la dette, aurait dû être un préalable à toute discussion sur les recettes. Car c’est avec au moins une hypothèse de croissance et une prévision du taux d’emprunt que se bâtit le budget national. Sans cela on est dans le rêve et les promesses s’évanouiront devant la réalité sautant à la gorge du nouvel élu. 

Quelle famille raisonnable peut gérer ses finances en ne pensant qu’aux dépenses ? La réalité et le banquier auront vite fait de mettre un terme aux rêves d’achats ou d’investissement hors de portée des recettes. Entretenir nos concitoyens dans cette déconnexion de la réalité est malsain, et participe à cette désaffection du peuple pour les politiques. Notre pays s’enfonce dans la dette, et notre dépendance aux banquiers ne cesse donc de s’alourdir. La BCE ne cesse d’émettre de la monnaie de singe, car il est bâti sur le rachat des créances les plus douteuses des banques. Leur chance de remboursement est souvent quasi-nulle, autrement dit elles n’ont aucune valeur de contrepartie. Plus notre dette s’alourdit, plus nous empruntons, et plus la BCE a un capital dont la valeur diminue. Jusqu’où croyez-vous que l’on peut aller comme cela ? L’argent nourrit surtout la spéculation et les banques se fragilisent dans des opérations trop risquées. Les deux principales banques allemandes et italiennes sont déjà dans le rouge et il faut savoir que l’interconnexion entres les banques dans le monde provoque un risque qui se propage, dit systémique, qui conduit à un krach financier final.

Donc ce risque ne peut être caché aux français et la position du candidat sur le déficit et la dette est un préalable, de niveau présidentiel cette fois. Laisse-t-on filer le déficit ou non et si oui de combien ? La France ne respecte pas ses engagements d’entrée dans la zone euro, ni le 60% de dette par rapport au PIB, ni le 3% de déficit par rapport au PIB. Nous sommes à 100% de dette et le 2,7% de déficit du budget de 2017 est bâti sur des hypothèses de croissance et de recettes générées qui laissent sceptiques les économistes et la Commission des Finances de l’Assemblée. Les français ne savent toujours pas quelle est la position des candidats et quels arguments ils apportent sur un sujet qui les concerne ainsi que leurs descendants. N’oublions pas que toute dépense est payée par les particuliers et les entreprises. L’État n’est qu’une institution de collecte et de redistribution. Les trois sources fiscales de recettes sont l’impôt sur les revenus, l’impôt sur les sociétés et la TVA. A budget égal, si l’on baisse les impôts sur les sociétés il faut trouver l’argent sur les deux autres. Comment les différents candidats envisagent-ils de jouer avec ces trois sources et de combien ? 

Il faut arrêter de prendre les français pour des imbéciles que la Finance n’intéresse pas et de laisser croire que l’État peut tout. Le pragmatisme affiché en permanence par Emmanuel Macron ne laisse qu’une brume légère sur ses intentions. Les augmentations de la rémunération et du nombre de fonctionnaires impacte non seulement le quinquennat mais les générations futures parce que pour l’instant on est fonctionnaire à vie. La France a plus de 40% de fonctionnaires en plus que l’Allemagne, doit-on continuer à les augmenter ? Si oui peut-on continuer à lutter avec l’Allemagne en ayant la même monnaie ? On retombe alors sur l’appartenance à l’euro et à l’UE. Par ailleurs la politique étrangère de la France est impactée par ce choix, car l’UE a une politique étrangère liée à celle des États-Unis. A l’intérieur de l’UE les possibilités de choisir notre politique étrangère va se réduire comme s’est réduit notre possibilité de bâtir notre budget comme nous l’entendrions. Bruxelles donne son aval.
 
Mis à part la facilité à exposer ses idées et l’aisance dans la répartie 

De candidats cadenassés à leur pupitre et débattant peu entre eux,

Ce genre de débat à plusieurs avec des questions fermées 

N’apporte guère de précisions sur la vision politique

Et berce le téléspectateur de promesses 

Dont il ne peut même pas savoir

Si leur financement est assuré.


Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon