mercredi 8 mars 2017

De la vacuité des sondages

Il n’est plus de jours où nous ne soyons pas gratifiés de nouveaux sondages, ce qui nous plonge dans des réflexions insondables car comment occulter de notre esprit des chiffres issus de photos chiffrées de l’opinion instantanée. D’ailleurs la preuve est que les candidats à la Présidentielle adaptent leurs programmes aux soubresauts de l’opinion. Telle position se montre trop autoritaire, on l’adoucit, telle autre heurte à sa gauche, on l’adoucit. Finalement l’art de la plupart d’entre eux, en tous cas ceux du Système, est d’arriver à convaincre sans déraper sur les points-clés imposés par leurs commanditaires. Chacun à son corps social à satisfaire, les agriculteurs pour l’une, le Médef pour d’autres, les petits et les sans-grades, les retraités, les fonctionnaires, etc. La mixture commanditaires, corps social, programmes doit évoluer en permanence au gré de ces sondages. Or tous ceux-ci sont grassement payés et personne ne sait qui les payent sauf la citation d’un journal, lequel est rémunéré ou bien le fait dans l’intérêt de son patron pour qui le nom du vainqueur n’est pas indifférent.
 
Les grands médias jouaient et jouent encore Macron. Les sondages le place globalement le plus proche possible de Fillon et puis virent avec un Fillon décramponné quand il paraît désarçonné. BFMWC a publié son dernier sondage qui montre un Fillon décroché à 19% pour 25,5% à Macron. Tout ceci est agrémenté de commentaires qui laissent à penser que la victoire de Macron se dessine. C’est exactement le but recherché depuis le début. La marge d’erreur est de 2% car les échantillons ont leur propre taux d’erreur dans leur représentativité, et les opinions recueillies ne sont pas forcément sincères. On sait que pendant longtemps la diabolisation du FN conduisait les sondés à cacher que c’était là qu’allait leur préférence. Enfin on oublie souvent de mettre en avant le nombre de sondés qui n’ont pas d’opinion et ceux qui désirent s’abstenir, or c’est le plus grand parti de France qui peut maigrir ou grossir à chaque élection et bouleverser les résultats des sondages. C’est typiquement ce qui s’est passé aux États-Unis. On peut même avancer que le trop plein de sondages et d’informations à sens unique finit par avoir un effet repoussoir. 

Les sondages ne sont devenus que des moyens d’influencer l’opinion comme le fait la publicité. Elles n’ont même pas la valeur des enquêtes marketing payées par les entreprises pour leur propre utilisation. Pourtant celles-ci sont souvent orientées dans le sens souhaité par le payeur. Alors pour avoir une petite idée de ce que peuvent valoir les sondages, on va s’intéresser aux derniers sondages faits par les instituts à la date du 7 mars 2017. Le graphique ci-contre en rend compte. On y trouve le sondage de quatre instituts sur la question : « Pour quel candidat voteriez-vous ? » posées sur le choix entre 5 candidats. La moyenne des résultats des instituts pour un candidat donné figure en plus en rouge. Enfin en hachuré vert, je me suis permis d’ajouter le résultat du comptage des « j’aime » sur la page « Facebook » de chacun des candidats. La discordance est totale entre la moyenne des instituts et ce comptage. Celui-ci est évidemment simpliste et serait balayé par les statisticiens de ces instituts en prétendant par exemple que les acteurs sur Facebook ne sont pas un échantillon prouvé comme représentatif de l’opinion. Cet argument est solide. Néanmoins la discordance est telle pour tous les candidats que l’on est en droit de se poser des questions, surtout quand l’on constate que Marine Le Pen obtient le score qui lui est prédit au 2ème tour. Mais laissons là ce sondage dit « bidon », non sans remarquer le rejet net du Système, marqueur principal de Hamon à Fillon.
 
La moyenne des résultats pour les dits trois principaux candidats ne montre pas le décrochage de Fillon. De plus si les résultats sur Fillon et Macron sont très différents d’un institut à l’autre, ceux sur Marine Le Pen sont remarquablement constants. Les sondés sur Macron et Fillon auraient donc des opinions extrêmement volatiles et ceux de Marine Le Pen particulièrement certains. On peut aussi penser qu’une entente existe entre les instituts pour le chiffre de 25% de Marine. Ce chiffre sert de but atteignable  aux deux challengers Macron et Fillon que l’on va maintenir un peu en dessous pour progressivement les faire dépasser les 25% de Marine Le Pen. Cette stratégie est destinée à décourager de voter pour l’inconnue diabolisée puisqu’elle serait irrémédiablement troisième. Quand on truque des résultats, sachez qu’il n’y a plus de limite. La fiabilité de ces sondages est particulièrement mise en cause par les écarts entre les résultats : 11% pour Mélenchon, 7% pour Hamon, 12% pour Macron, 14% pour Fillon pour 1% pour Marine Le Pen. 

Alors à quoi servent des sondages aussi peu fiables sinon à servir ceux qui sont à même d’y investir le plus d’argent pour manipuler l’opinion publique ? Mon sentiment est même que les candidats du Système sont partis de résultats beaucoup plus proches de ceux de mon sondage « j’aime » et que tout est mis en œuvre pour combler ce retard du Système contre l’anti-Système qui était en passe de donner la victoire à Marine Le Pen. Ce travail des sondages, des médias mainstream polarisant l’information sur les déplacements, les meetings et les affaires des deux candidats, commence à porter ses fruits. Le Système grappille des intentions de vote avec Macron et Fillon est en passe de recommencer son ascension, sauf mise en examen qui me paraît peu probable. Dans cette période qui précède la validation des parrainages l’information contradictoire est peu audible. L’opinion s’endort dans le rêve qu’enfin nous avons l’homme providentiel… comme en 2007 et en 2012. Vivement que les vrais débats commencent avec des candidats qui n’ont pas choisi le Système.
 
Les sondages ne sont que des « miroirs aux alouettes ». 

Ils aveuglent et ils effraient les volatils votant

En désignant l’horreur personnifiée

Puis en sondant sur des vérités


Préétablies pour eux !

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon