vendredi 10 mars 2017

Frexit ou UE modifiée ?


Le verdict des validations de candidature pour la Présidentielle 2017 est tombé, ils sont déjà sept et probablement huit si Mélenchon franchit le cap des 68 signatures qu’il lui reste à produire. Évidemment avant la liste définitive donnée par le Conseil Constitutionnel du 17 mars, il faut encore que les candidats retenus présentent des signatures sur au moins 30 départements. Il n’apparaît pas que cela pose problème pour aucun d’entre eux. François Asselineau avait déjà la certitude d’avoir 73 départements représentés lors de la précédente annonce des validations. Le vrai combat va enfin pouvoir commencer parce que nous assistons jusqu’à présent à un simulacre où les affaires, les coups bas masquent le fond du débat mais surtout parce que les apparences sont celles de la diabolisation du FN pour masquer le vide du programme de Macron et les turpitudes des deux anciens partis de gouvernement. Entre Hamon et Fillon, on nous fait croire que tout va changer, que nous sommes « en marche » vers la libération des forces vives du pays, que le droit à bien vivre va prendre une tournure universelle. 

Le miroir aux alouettes tourne à fond en nous lançant des œillades accrocheuses. Mais ce miroir a deux faces, la gauche face et la droite pile, car quand on le retourne on a la gauche pile et la droite face. En fait les deux faces sont les mêmes, et elles ont pour nom : « le Système ». C’est lui qui étend ses ailes sur la France depuis que Pompidou a obligé l’Etat à emprunter aux banquiers. Progressivement la machine mondialiste s’est mise en marche à la grande joie des consommateurs qui ont vu arriver les vêtements chinois… et disparaître l’industrie textile. Mais dans les trente glorieuses le travail ne manquait pas et on pouvait même s’adonner aux joies du socialisme « redistributeur ». La dette nulle encore en 1974 est entrée dans une spirale ascendante mais les investissements publics masquaient la baisse du nombre de nos entreprises et de nos agriculteurs. Le grand projet de l’Europe donnait une raison de vivre à une jeunesse qui n’avait pas connu la guerre et qui pensait que la fraternité sans frontière était possible. Un clivage entre jeunesse et les plus de 40 ans se faisait jour mais le slogan « l’union fait la force » était porteur d’espoirs de vie meilleure. 

Dès 1984 le projet de traité instituant l'Union européenne est en route et conduit au traité de l'Acte unique européen et au marché unique. Mais en 1988, sous la pression de jacques Delors, l’union européenne se veut aussi union monétaire. Sans consultation des peuples, le Traité de création de l’Union Européenne est signé à Maastricht le 7 février 1992. Il faut le rappeler. Ce n’est que sur la demande du Conseil Constitutionnel qu’un référendum est imposé en France. Celui-ci autorise la ratification du traité le 20 septembre 1992 avec une participation de 69,70 % où le « oui » l'emporte avec 51,05 % des suffrages exprimés. Gauche et droite s’étaient mobilisées pour le « oui », seuls quelques poids lourds ont essayé de se faire entendre, Fabius, Chevènement, Seguin, Pasqua, De Villiers parmi les plus connus. Ce petit rappel historique est très intéressant car c’est la première fois que la collusion gauche-droite pour l’UE, et aussi gauche-droite contre l’UE, est apparue aussi nettement. 

Le traité d’Amsterdam de coopération renforcée sur la liberté, la justice et la sécurité n’a pas soulevé d’objection en 1997. Le vent de la mondialisation puis l’adoption de l’euro ont ensuite produit un vent d’euphorie qui a balayé ce clivage d’opinion qui détruisait le duel habituel gauche-droite. En 2000 on est revenu à nos vieilles querelles gauche-droite dans une période de deux à trois ans d’euphorie où le creusement de la dette n’inquiétait personne. Le délitement en profondeur de notre économie n’apparaissait pas en surface, et l’appartenance à l’UE et à l’euro était une chose acquise. Elle était sans retour pour la plupart des français. L’élargissement à dix pays supplémentaires par le traité de Nice a déclenché un mini-débat de fond vite éteint mais prémonitoire. La machine européenne voulait aller à marches forcées et le traité sur la Constitution européenne, projeté en 2003, s’est brusquement heurté au NON des peuples français et néerlandais début 2005. 

Le traité de Lisbonne, copie de la Constitution européenne avec réaménagement des articles entre eux, est signé le 3 septembre 2007 après le vote du Parlement. Ce déni de la voix du peuple, en repassant par les Chambres, laisse alors une trace indélébile. Le peuple comprend que la parole ne lui sera plus donnée, ce que J.C Juncker a explicitement dit à Bruxelles. Le débat sur l’UE s’est rouvert dans l’esprit des peuples. Mais le Système qui tient fermement en main les gouvernements depuis 2007 a guidé les politiques dans des manœuvres de diversion, comme l’ISF, les lois sociétales et les attentats où les tueurs sont toujours tués. Les clivages gauche-droite étaient rallumés, le couvercle était mis sur l’appartenance à l’UE. Au passage, dans l’indifférence générale, nous réintégrions l’OTAN pour aller faire régner la démocratie en Libye avec un chœur d’assentiment des politiciens gauche-droite dont nous aurions dû tirer la conclusion. Le clivage gauche-droite n’existait plus en fait. On nous y amuse depuis. 

Le vrai débat qui va s’ouvrir avec la Présidentielle, débat redouté par le Système qui a tout fait pour l’éviter, c’est l’appartenance au Système ou non. C’est le vrai clivage. D’un côté on a les deux partis de gouvernement, accompagnés de leurs prolongations vers le Centre, foncièrement attachés à l’UE, l’euro et l’OTAN. De l’autre on a les extrêmes qui veulent pour le moins des renégociations en profondeur des traités, la remise en cause de l’euro. Les premiers se cachent sous le faux-nez des européistes, ce miroir aux alouettes qui a bien marché dans l’opinion. Implicitement ceci disqualifie les autres pour toute idée de rassemblement sous une autre bannière, celle du regroupement des nations européennes sur des objectifs à intérêt commun librement consentis par des nations souveraines, donc non européistes. 

Dès demain nous allons enfin avoir ces deux camps qui vont s’affronter. Hamon-Macron-Fillon pour les pro-Système et Marie Le Pen-Dupont-Aignan-Asselineau + probablement Mélenchon pour les anti-Système. Pour les anti-Système le consensus n’est que sur le nécessaire réaménagement en profondeur de l’UE. Il y a tous les degrés entre Mélenchon qui n’est pas prêt à sortir de ‘UE et de l’euro, Marine Le Pen et Dupont-Aignan qui veulent faire plier l’UE en force, et Asselineau qui choisit la voix légale du Frexit par l’article 50 du traité de l’UE. L’opinion commence à prendre conscience que l’UE est une contrainte qui devient trop forte. Pour expliquer leurs difficultés à résoudre les problèmes, les gouvernements ne se sont pas privés de critiquer Bruxelles… en France seulement. Cela a donc modelé l’opinion dans ce sens. Par contre sur l’euro, sujet crucial pour les multinationales, les déclarations de catastrophismes à gauche et à droite ont ancré un sentiment de méfiance et de peur. C’est le même processus pour le changement climatique, ça marche toujours. Le paysan s’est laissé gangrené par les subventions européennes qui vont tuer l’agriculture française, le chômeur finit par faire du travail au noir sans chercher un emploi, l’homme de la rue n’a pas envie de voir son jardin cuit au soleil ni d’étouffer de chaleur dans sa maison. 

La discussion de fond va donc être sur trois sujets cruciaux, l’UE, l’euro, l’OTAN. Le Frexit aborde de front l’ensemble des problèmes avec désormais la réussite en cours du Brexit. La discussion à laquelle nous allons assister est une discussion historique et idéologique où l’avenir de la France est en jeu. Mais que le Système l’emporte ou non, la discussion n’en sera pas close pour autant. Cette Présidentielle est historique et nul ne sait ce qui va se passer. On ne sait même pas si l’UE ne va pas se désintégrer d’elle-même ou si l’Allemagne, acculée avec l’émigration et un excédent de balance commerciale qui la met en accusation, ne va pas jeter l’éponge, sans même parler d’un effet systémique ravageur de la faillite des banques en Italie et même en Allemagne.
 
Le Système va encaisser sa première défaite. 

Le rouleau compresseur de l’UE

Va être mis sur la sellette 

Et ne la quittera plus !
 
Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon