vendredi 3 mars 2017

La démocratie fuit la France

Le bateau tangue, Filons vite avant que l’on coule ! En quelques semaines Fillon est devenu le « Courage, fuyons » par les rats qui quittent le navire en perdition. Triste spectacle que laisse la démocratie française derrière elle. Car enfin, que le candidat soit mis en examen ou non, l’opprobre restera et quelle peut-être en effet la légitimité du futur chef de l’État élu à la faveur d’un gigantesque scandale et d’un assassinat politique ?  Car enfin tout cela est parti sur la base de faits qui remontent à des années et qui ont été ressortis opportunément à la veille du scrutin. Les moments choisis ne peuvent être dus au hasard comme l’urgence mise à juger. Il s’agit bien d’un assassinat politique et les mots de Fillon parlant d’un assassinat de la démocratie ne sont pas exagérés. Cette destruction par le scandale est unique et sans précédent dans l’histoire de la démocratie française.

Le scandale touche aussi Marine Le Pen, favorite du 1er tour, là aussi sur une affaire qui date de 2015 et pour laquelle tout-à-coup la France demande au Parlement Européen de lever son immunité parlementaire, levée que celui-ci s’empresse de voter. L’occasion est trop belle de tuer une opposante à la construction actuelle de cette union. Nous nous trouvons donc devant l’affaiblissement programmé des deux têtes de parti qui devaient s’affronter au deuxième tour dans un débat où chacun avait la légitimité du peuple. On ne peut qu’y voir une double manœuvre qui ne profite qu’à Emmanuel Macron, candidat sorti du chapeau du Système, empaqueté comme un produit marketing par des médias aux ordres quasi-unanimes. On ajoute là-dessus des sondages en rafale qui montrent la montée de Macron et la descente de Fillon pour influencer une opinion, déjà largement surinformée des détails de l’enfer promis à Fillon, et donc facilement influençable.

Voilà donc que se profile une élection volée au peuple qui s’apprêtait à vivre une joute équitable entre deux candidats dont les options étaient très différentes, l’un de la continuité de l’austérité et l’autre de la rupture avec l’euro et de la mise en question de l’UE. Les prolongations successives de l’État d’urgence, le Decodex, juge auto-proclamé des propos acceptables et ceux qui ne le sont pas par le journal le Monde, le consortium de médias, de politiciens, de journalistes qui ont décidé de parler d’une même voix, ont déjà largement écorné la démocratie. En effet on apprend que : « Google News Lab et le European Journalism Center (EJC) coordonnent, depuis le 28 février 2017, des sociétés françaises et étrangères pour la durée de la campagne électorale présidentielle française. Les deux organisations s’appuient sur l’expérience de ProPublica, qui a orienté les médias contre Donald Trump lors de la campagne électorale états-unienne. Elles réunissent non seulement des médias, mais aussi des écoles qui leur fournissent des « experts ». Les entreprises ayant conclu un accord avec Google News Lab et le European Journalism Center (EJC), pour la durée de la campagne présidentielle française, sont : 

AFP, Bellingcat, Bloomberg, Buzz Feed News, le Centre de formation des journalistes, Centre France, Channel 4, l’École de journalisme de Sciences Po, l’École publique de journalisme de Tours, Euractiv, Euronews, Explicite, Facebook, Factoscope, France24-Les Observateurs, FranceTélévisions, Global Voices, International Business Times, L’Express, La Provence, La Voix du Nord, L’Avenir, LCI, Le Journal du dimanche, Le Monde, Le Télégramme, Les Décodeurs, Les Échos, Libération, London School of Economics, Mashable-France 24, Meedan, Nice-Matin, Ouest-France, Rue 89, StoryFul, Street Press, Sud-Ouest. » 

Buzz Feed News avait publié un canular affirmant que les services secrets russes détenaient un dossier compromettant contre le candidat Donald Trump, information qui s’est révélée purement diffamatoire. Tous ces gens-là, ayant déjà prouvé qu’ils soutenaient Macron, on peut s’attendre à une offensive savamment orchestrée laissant peu de place à une autre information. On n’en a pas fini avec les révélations assassines et les sondages truqués. Voilà pourquoi ce n’est pas la France qui fuit la démocratie mais celle-ci qui fuit la France parce qu’elle ne supporte plus de voir le visage hideux qu’on lui donne. La France pourrit par la tête et le donneur de leçons de l’Élysée qui intervient dans cette campagne, officieusement et officiellement, ferait bien de se taire car il est loin d’avoir été irréprochable. Quand on héberge et promène une maîtresse aux frais de l’État et qu’on la répudie brutalement pour en prendre une autre que l’on cache mais dont on assure la sécurité aux frais de l’Etat, on ne donne pas des leçons de moralité. On aurait pu s’attendre à ce que la gifle que lui inflige l’opinion l’ait contraint à une attitude de recul et d’apaisement pendant la campagne. L’homme pousse toujours son pion et se livre à une compromission dont l’histoire, je l’espère, lui demandera des comptes.

Ce déballage va en entraîner d’autres par réaction et l’ensemble du monde politique va y sombrer rendant encore plus dégradée l’image de la France et du fonctionnement de notre démocratie digne des pratiques de la Mafia. Macron va devoir expliquer pourquoi sur 4,9M millions gagnés en 8 ans, il ne lui reste que 63 000€ et à quoi ont servi les frais de bouche somptuaires durant son passage au Ministère autrement qu’à inviter des personnalités n’ayant rien à voir avec ses responsabilités ministérielles. Faudra-t-il que Mélenchon passe aussi sur la sellette puisqu’il s’agit du dernier adversaire de Hollande à être encore épargné ? Comme le dit si bien Maxime Tandonnet : « Nous vivons le paroxysme d’une crise de la démocratie française, dans une nation en plein chaos mental, déstabilisées par les attentats terroristes, le chômage de masse, la désintégration sociale, le discrédit de la politique. » 

Ce qui est choquant c’est que la machine judiciaire se mette à tourner à plein sur des affaires qui sont connues depuis longtemps. On juge dans l’urgence et ce n’est pas le mode normal de fonctionnement de la justice qui doit longuement approfondir les dossiers. La lenteur reprochée à la justice n’est pas due à la longueur excessive passée sur un dossier mais au nombre de dossiers par rapport aux moyens affectés à la Justice, moyens très en dessous des besoins. Pour l’affaire Fillon le président du tribunal de grande instance de Paris, a nommé Serge Tournaire, comme premier magistrat instructeur Tapie, Dassault (achats de voix) et Bygmalion (financement de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012) assisté des juges Buresi et Tacheau. Tiens ! Serge Tournaire est un de ces juges d’instruction qui instruisent résolument et exclusivement à charge. La preuve en a été rapportée dans l’affaire Bygmalion où les deux autres magistrats co-saisis se sont violemment opposés à lui, notamment Renaud Van Ruymbeke, magistrat très respecté, qui était formellement opposé au renvoi de Nicolas Sarkozy devant le tribunal correctionnel et qui a refusé d’en signer l’ordonnance. L’acharnement contre Nicolas Sarkozy dont a fait preuve Serge Tournaire est une réalité difficilement contestable qui n’absout nullement le prévenu.

On peut donc se poser réellement la question de savoir si la justice doit se saisir en urgence d’affaires concernant les candidats dans les deux mois précédant un vote de l’élection présidentielle. L’usage avait été jusqu’ici qu’une trêve soit observée. Cette pause judiciaire pour des actes ne relevant pas du pénal aurait sans doute été salutaire quand on constate les dégâts sur le fonctionnement de la démocratie. La France s’ébroue dans sa fange offrant au monde l’image d’un pays, sans chef et sans devenir pour un peuple privé de son réel pouvoir de choix démocratique. Tout cela n’est pas dû au hasard et on se doute qui tire les ficelles pour attacher la France coûte que coûte à une UE en perdition en annihilant son pouvoir de résistance.


Une justice instrumentalisée par le pouvoir conduit à la dictature 

Où « La différence entre une démocratie et une dictature, 

c'est qu'en démocratie tu votes avant d'obéir aux ordres, 

dans une dictature, tu perds pas ton temps à voter. » 

Charles Bukowski (Contes de la folie ordinaire)


Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon