dimanche 2 novembre 2014

Turquie-Etats-Unis ou la partie de poker menteur !


Il se joue à l’est de l’Europe et dans le Moyen-Orient des conflits dont les imbrications nous révèlent toute l’ampleur de la manipulation des opinions européennes et la fragilité, l’inconsistance, la duplicité de notre propre politique étrangère. Commençons par l’Ukraine où des combats sporadiques continuent et où on dépasse les 3.700 morts. Les républiques de Donetsk et de Lougansk votent en ce dimanche 2 novembre 2014 pour désigner leurs représentants mais en réalité pour dire oui ou non à l’indépendance. Déclarées illégales par le pouvoir de Kiev, elles font suite aux élections de l’Ukraine ouest du 26 octobre qui ont réélu Porochenko avec 22% des voix et une participation de 50%, résultat reconnu par la Russie mais qui n’est finalement pas un grand succès pour les pro-occidentaux. Avec la Crimée, devenue russe, et la partie Est (Novorossia) aux mains des « insurgés », soit environ 16% de la population  qui n’ont pas voté, on aurait pu attendre une participation de 60% pour un vote de cette importance.
 
La cohérence des russes, qui reconnaitront aussi les résultats des républiques de l’est, met en lumière l’incohérence des positions occidentales qui ne les reconnaîtront pas alors que les populations s’expriment librement et que l’on ne peut contester leur légalité quand on refuse d’y envoyer des observateurs. Le refus de dialogue et de recherche de compromis va entériner l’explosion de l’Ukraine. Il est même probable que la région proche de la Pologne souhaitera aussi se détacher de Kiev et peut-être une autre vers la Hongrie. L’Ukraine est de plus dans une situation économique désastreuse avec une baisse probable du PIB en 2014 de 8 à 10% que nous allons devoir assumer financièrement en grande partie par l’UE. Les Etats-Unis qui ont aidé, financé, voire incité, la révolution de la place Maïdan, vont laisser la note aux européens mais vont s’implanter militairement dans ce qui restera de l’Ukraine avec des lance-missiles, des stations radar et d’écoute à terre et sur les navires qui croiseront en Mer Noire. Tout cela en plein accord avec la Turquie. 

La situation en Syrie et en Irak est tout autant machiavélique et incertaine, la diplomatie ayant laissé la place aux armes. Des intérêts divers y développent des alliances de circonstance mais deux objectifs prédominent. Tout d’abord la continuation de la théorie du chaos demande l’élimination du pouvoir, ou physique à défaut, de Bachar el-Assad en Syrie et les États-Unis aident militairement l’opposition dite modérée par l’entremise de la Turquie. Un train turc vient d’envoyer récemment des chars, des canons, des munitions américaines.  Néanmoins cette dernière laisse se détériorer la situation des Kurdes syriens en refusant d’intervenir militairement au côté des américains tout en disant faire partie de l’alliance anti EIIL. 

La diversité des factions rebelles en Syrie fait qu’une grande partie des aides militaires est finalement donnée ou vendue aux djihadistes de l’État islamique qui combattent aussi en Syrie. La Turquie fait coup double en luttant contre Bachar el-Assad et les kurdes par l’intermédiaire des djihadistes. La position américaine peut paraître plus confuse puisqu’elle combat l’Etat islamique en Syrie et en Irak mais les arme par ailleurs. Elle ne se comprend que par l’application de la théorie du chaos. On arme pour mieux justifier l’obligation d’intervenir et de détruire hommes et infrastructures… en évitant de détruire les puits et les installations pétrolières. De plus la politique américaine vis-à-vis de l’Arabie Saoudite évolue, cette dernière se montrant plus réticente aux ordres américains et se doit de montrer sa participation en Irak contre les djihadistes qu’elle a soutenus et armés en Syrie. 

La stratégie américaine joue aussi un double jeu avec le camp chiite au pouvoir en Irak et soutenu par l’Iran. Les frappes aériennes sur les djihadistes, sunnites salafistes, suffisent comme soutien aux chiites et un conflit long dans lequel les participants se détruisent et s’affaiblissent permet aux États-Unis de garder la main aux frontières de l’Iran qu’il va falloir aussi ramener… à la raison comme s’y prépare Israël. L’affirmation réitérée par l’Iran de la poursuite de son programme nucléaire est le signe que la tension va bientôt monter d’un cran alors que les liens de ce pays avec la Russie s’affermissent. 

Tout le monde ment et joue un double jeu, l’Europe aussi mais les enjeux sont terriblement dangereux. L’Europe n’a comme jeu propre que celui des États-Unis et celui de l’Allemagne. En ce qui concerne l’Ukraine celle-ci est à la manœuvre. L’extension de l’UE à l’est a bien sûr l’incitation, les encouragements et l’appui des USA, mais elle intéresse principalement l’Allemagne. Elle en tirera le plus grand profit alors que l’arrivée de ce pays entraîne pour tous les autres des financements supplémentaires d’aide. L’Allemagne est par contre beaucoup moins pressée de s’engager dans la guerre contre l’EIIL. L’Arabie Saoudite a peur de se faire déborder par des djihadistes sunnites qui veulent leur propre califat et combat aux côtés des chiites… pour l’instant. La Turquie fait partie de l’alliance, refuse ses aéroports pour les chasseurs américains dans ce conflit mais pas pour faire face à la Russie dans le conflit ukrainien et arme les djihadistes par insurgés syriens interposés pour abattre Bachar el-Assad avec les américains… et nous. 

Le plus grand menteur et manipulateur reste la puissance économique et militaire des USA qui se passe de plus en plus des autorisations de l’ONU et considère que le droit d’ingérence lui est attribué de facto. Le grand chaos est toujours à son ordre du jour et s’étend progressivement sur toute l’Afrique, nouveau terrain de « jeu ». Selon certaines sources crédibles et bien informées, l’épidémie d’Ebola n’est pas due qu’au hasard et les centres d’études américains de la guerre biologique existent en Afrique dans les pays n’ayant pas signé le traité d’interdiction de ces armes comme la Sierra Leone. L’hégémonie américaine fait feu de tout bois… au nom de la démocratie, des Droits de l’Homme et des actions humanitaires selon le cas.

Russie et Chine sont en train de prendre la mesure de la menace et un vent de guerre se lève, guerre secrète, guerre économique et guerre psychologique, vent pour lequel les armes se préparent à prendre le relais car au jeu du poker menteur il y en a toujours un qui doit aller au tapis. La France oublie qu’il n’y a malheureusement pas de guerre sans drames humains et s’englue dans les conflits armés aux buts obscurs dans une défense de l’avant quand la violence des « ismes », écologisme, racisme, européisme, risque désormais de la désintégrer de l’intérieur. 

Personne n'est assez insensé pour préférer la guerre à la paix ; 

En temps de paix les fils ensevelissent leurs pères ; 

En temps de guerre les pères ensevelissent leurs fils. 

Hérodote 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon