vendredi 14 novembre 2014

Théorie du chaos contre Route de la Soie !

La France est entraînée dans un tourbillon qu’elle ne maîtrise plus, le maelstrom de l’Europe atlantique. Notre politique extérieure et notre diplomatie suivent la route guerrière d’une hégémonie américaine, gendarme du monde selon la théorie du chaos. Derrière Attila, même l’herbe ne repoussait pas, nous recommençons aujourd’hui. Les USA définissent l’ennemi. Les talibans, Saddam Hussein et sa soi-disant arme chimique, Kadhafi et son soi-disant génocide, rebelote sur les armes chimiques en Syrie, l’EIIL armée puis combattue, l’Iran et la bombe, etc. sont les cibles auxquelles nous sommes conviés pour y mettre le chaos.

Derrière tout cela il y a un véritable ennemi, la Russie d’abord, la Chine ensuite. Nous avons donc participé à une espèce de mascarade de démocratie en Ukraine, après un mouvement protestataire largement fomenté par les services secrets atlantistes et israéliens,  où l’interdiction de parler la langue russe a mis le feu aux poudres. La Russie n’a été conviée à intervenir qu’une fois la situation pourrie dans un pays que l’histoire a forgé de toutes pièces mais la Russie avant d’être à Leningrad et à Moscou est née à Kiev. Notre ennemi doit donc être la Russie qui a récupéré la Crimée, sans heurts et par la volonté de son peuple. Nous avons mis le navire Mistral dans la balance du conflit. Cette patate chaude alimente la pression américaine et nous met dans une situation rocambolesque où nos finances vont finir par nous faire céder en rase campagne. 

La Russie, mise au banc des accusés, a compris que la porte de l’Europe lui serait fermée et a réorienté sa stratégie vers l’est en tant que pays eurasien. L’alliance avec la Chine est devenue indispensable pour échapper au rouleau compresseur des USA et de ses alliés, et cela en dépit d’une histoire assez conflictuelle avec son grand voisin. Un grand mouvement d’union est en route qui touche les domaines économiques, financiers, monétaires et… militaires. Pékin et Moscou s’engagent dans un second mega-contrat de gaz, celui-là à travers le gazoduc de l’Altai en Sibérie occidentale. Mais en dehors des accords tous azimuts avec la Russie, dont un accord bancaire et monétaire yuan-rouble, la Chine prend l’initiative d’un projet beaucoup plus ambitieux  dans lequel elle s’apprête à déplacer le centre économique, financier du monde en attendant le centre monétaire.  

La dernière réunion de l’APEC (Asia-Pacific Economic Coopération) du 10 novembre va plus loin qu’un simple accord de libre-échange. Si les 21 pays réunis ont les USA parmi eux, le leadership du monde va s’y jouer. Les plans sont prêts pour une « connectivité totale », selon les mots de Xi, ce qui implique, de la part de Pékin, la mise sur pied de l’Asia Infrastructure Investment Bank (Banque Asiatique Infrastructurelle d’Investissement). La Chine va investir pas moins de 40 milliards de dollars pour commencer à construire la ceinture économique de la Route de la Soie et la Route de la Soie Maritime du XXIe siècle. Tout converge vers l’offensive infrastructurelle la plus spectaculaire, ambitieuse, étendue et plurinationale jamais entreprise – la multiple Route de la Soie – un réseau complexe de voies de chemins de fer rapides, de gazoducs et d’oléoducs, de ports, de câbles à fibres optiques et des télécommunications les plus récentes, qui iront vers l’Ouest jusqu’à l’Iran et la Turquie. 

Américains et Chinois jouent une partie à fleurets mouchetés, chacun ayant besoin de l’autre, mais chacun souhaitant la mort de l’autre. USA et Chine peuvent même s’entendre pour équilibrer leurs efforts respectifs sur la pollution puisque ce sont les deux premiers pollueurs. Les USA savent que l’avenir du monde se situe dans le Pacifique mais ils ne veulent pas abandonner l’Europe à l’Asie. L’Eurasie deviendrait une puissance qui ne laisserait plus aucune chance aux USA  de rester en position d’hégémonie même en étendant leur influence sur l’Amérique du sud où l’antiaméricanisme se développe, même s’ils s’intéressent de nouveau à l’Afrique. Malgré tout cela les USA jouent leur dernière carte et ils font « feu » au plein sens du terme pour encercler la Russie et la Chine, par des liens particuliers avec le Japon et l’Europe. L’attaque contre le dollar se précise pourtant et c’est l’enjeu de la « guerre ». 

L’Europe a sans doute définitivement tourné la page de son histoire dans une structure technocratique qui n’a ni la puissance militaire, ni la puissance financière pour lui donner le poids et l’élan nécessaires. Les disparités historiques, linguistiques, économiques, sociales la font hésiter entre la zone de libre-échange anglo-saxonne et le fédéralisme. Il en résulte une hydre qui se complet sous le drapeau américain mais n’a pas en elle une dynamique de puissance sur le plan économique. Les succès technologiques et scientifiques de l’Europe, ne doivent pas grand-chose à l’Union Européenne mais beaucoup à l‘intelligence de nos chercheurs et de nos ingénieurs ainsi qu’à celle de grands patrons d’industries publiques et privées.

L’Europe va devenir réellement l’ancien continent 

Et dans cette course au chacun pour soi 

Le leader est sur la Route de la soie ! 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon