jeudi 6 novembre 2014

Le Royaume-Uni sauvera-t-il sa démocratie, quand nous perdons la nôtre ?



Après avoir écumé les économies des pays du sud de l’Europe, la croissance de l’Allemagne marque incontestablement le pas, même si nous pouvons envier sa dette publique et surtout l’équilibre budgétaire qu’elle prévoit pour 2015. L’UE dans son ensemble devient la lanterne rouge de l’économie mondiale et particulièrement la zone euro, ce que les européistes se gardent de signaler. Les mouvements sociaux commencent à prendre de l’ampleur chez notre voisine et les grèves longues à la Lufthansa et dans le rail marquent un tournant social qui inquiètent le gouvernement et la population allemande peu habitués et même hostiles à ces perturbations. La presse allemande se déchaîne. 

La France sur le déclin, incapable de se réformer et de reprendre la main sur son devenir attend la croissance d’une Allemagne vieillissante qui doit réorienter une partie de son économie sur la consommation intérieure par défaut partiel des grands marchés de consommation des pays du sud. Le couple franco-allemand se dirige vers un couple d’aveugle et de paralytique qui va buter sur des explosions sociales et communautaires. Les difficultés allemandes ne feront que remplir un peu plus les rangs de leurs compatriotes qui supportent de moins en moins que leur pays soit le pourvoyeur de l’incapacité des autres pays à gérer leur économie autrement que par l’augmentation de la dette. Le recentrage sur le mark est dans l’air. 

Face à ce couple franco-allemand représentatif de l’Europe continentale, le Royaume-Uni mène une politique monétaire et de croissance qui porte ses fruits depuis l’arrivée de Cameron au pouvoir mais aussi par une politique monétaire adaptée. Pendant la crise de 2008, la livre a perdu 26% par rapport au dollar pour augmenter de 10% en 2009 pour finir par se stabiliser à cette valeur de 1,6 $ pour 1 £. La dévaluation de 16% depuis 2007 a permis au Royaume-Uni de relancer la croissance et depuis quatre ans une vigoureuse réduction des dépenses publiques a donné à son gouvernement des marges de manœuvre. Ajoutons que les investissements publics dans une saine politique de l’énergie auront un effet bénéfique sur le coût de l’électricité pour les ménages et l’industrie qui repart. Malgré l’avantage d’avoir l’un des territoires les plus propices à l’implantation d’éoliennes, le Royaume-Uni s’oriente résolument vers l’énergie nucléaire avec la construction de 10 réacteurs. 

Il n’en fallait pas plus pour faire le constat d’un Royaume-Uni dont la croissance fait rêver avec un chiffre escompté de 3,2% en 2014, et d’un chômage de  6% au plus bas depuis 2008. Même si le pouvoir d’achat n’a pas encore retrouvé son niveau d’avant la crise, les visiteurs peuvent constater que Londres est un grand chantier, que les magasins sont pleins de marchandises et que l’on demande partout de la main-d’œuvre. Il ne faut pas chercher plus loin les raisons de l’embouteillage d’immigrés à Calais. Si en France on peut espérer subvenir à ses besoins vitaux grâce aux aides sociales, au Royaume-Uni on a de grandes chances de trouver du travail. 

On y ressent même un grand souffle de liberté contrairement à la France. Il y règne cette philosophie démocratique anglo-saxonne de l’état de Droit et non du Droit de l’État. N’oublions pas que la démocratie est née dans ce pays. C’est justement ce qui fait que celui-ci va se poser la question de savoir s’il doit rester dans l’Union Européenne dont la puissance technocratique devient contraignante sur les libertés jusque dans la City. Ces technocrates non élus, que l’on ne peut mettre dehors et qui sont souvent recrutés dans les rangs de ceux qui ont failli comme Junker et Moscovici par exemple, ont l’initiative des lois et ont quasiment supplantés le Conseil des Ministres par leur poids sur les décisions européennes. Le versement des États au budget européen augmente sans véritable contrôle comptable et les 2 milliards supplémentaires réclamés par l’UE à Cameron pour bonne gestion de son pays provoquent des réactions d’hostilité à l’UE. 

Je me souviens d’une réponse du patron de la Lloyds en 2003, alors que nous étions encore dans l’euphorie de l’entrée dans l’euro, à la question du maintien de la livre au lieu de l’euro au Royaume-Uni, qui fut la suivante : « Rassurez-vous dès que l’euro nous paraîtra plus intéressant que la livre, nous prendrons l’euro ». De toute évidence ce ne fut pas le cas depuis et la crise de 2008 a même montré que le choix de garder la livre permettait de disposer d’un levier que nous n’avions plus. Ce levier a  aussi été utilisé avec succès par la couronne suédoise avec une dévaluation du même ordre non seulement sans le catastrophisme prédit par la pensée unique française mais avec succès. 

Plus que les considérations économiques, c’est le sentiment de subir des contraintes non souhaitées par le peuple qui fait grandir un sentiment de refus de l’UE dans ce pays. La Grande-Bretagne s’est engagée en Europe sur la promesse que les traités amèneraient  à la libre circulation des personnes et des capitaux et à un accroissement des libertés individuelles. Les Anglais ont l’impression d’avoir été roulés dans la farine. Du coup et compte tenu du fait qu’ils sont les mieux gérés en Europe, les Anglais voient affluer chez eux toute la misère du monde (qui passe par Calais) et leurs services publics ne peuvent satisfaire à la demande tandis que leur immobilier atteint des niveaux complètement fous et la classe moyenne en souffre. Le chemin dans lequel les élites Européennes ont engagé le vieux continent est tout simplement incompatible avec toutes les Valeurs qui font la spécificité de la Démocratie Anglaise. 

Devant ce désastre, le nouveau parti UKIP, mené par un tribun hors pair (Nigel Farage) fait des ravages tant dans l’électorat conservateur que dans l’électorat  populaire tandis qu’il est fort probable que le parti travailliste va perdre tous ses députés en Écosse (41) aux prochaines élections, au profit du parti indépendantiste. Si les choses restent en l’état, la sortie de la Grande Bretagne de l’union est inéluctable. 

La sortie de l’UE par le Royaume-Uni scellerait  vraiment la mort 

De l’Europe d’Adenauer, de Schumann et de Gasperi 

Pour celle de Trichet, Monnet et Delors, 

L’UE molle, impuissante et vassale ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon