samedi 15 novembre 2014

L’épée de Damoclès des intérêts de la dette publique



Il est facile de mettre la morosité de notre économie sur l’atonie de l’UE. Cette atonie des économies, voire la récession, est vraie pour un certain nombre de pays européens, la plupart du Sud, mais en tout cas pas pour tout le monde. Aux USA, le taux de croissance est de 3% et en Grande Bretagne, le secteur automobile anglais que l’on disait jadis moribond va dépasser devant celui de la France comme l’a publié Le Point. Le taux de croissance devrait se situer à 3% au Royaume Uni pour 2014 contre moins de 0,5% en France. Amorcée dès octobre 2011, la baisse du chômage outre-Manche s’accélère. Le taux atteint 6,5 %. Dans le même temps, le taux de chômage français en hausse atteint un taux record à 11% (au sens du BIT - bureau international du travail – source Insee.fr).

Notre gouvernement surfe sur une dette qui va atteindre les 100% du PIB en 2015, 2016 au plus tard, avec ce sentiment qu’elle sera ou non remboursée par les générations futures. Les récentes dispositions concoctées par Bruxelles sont claires. Une fois le recours au faible fonds de sauvetage mis en place à l’UE et les actionnaires ponctionnés, l’épargnant et les entreprises seront mis à contribution pour renflouer les banques pourvoyeuses elles-mêmes des États emprunteurs. 

L’épargne française est une des plus importantes d’Europe par habitant et couvrirait encore largement la dette. Alors pourquoi s’en faire puisque les investisseurs achètent toujours nos obligations qui restent très attractives et nous procurent des taux historiquement bas ? Nul souci à se faire, nos enfants seront là pour voir ce qu’il faudra faire plus tard au cas où. Il est inutile de bouleverser la paix sociale par des réformes violentes et des coupes sombres dans les dépenses de fonctionnement qui risqueraient de saper les piliers du fonctionnariat, des régimes spéciaux, des dépenses de fonctionnement en général. Il suffit de rogner sur les dépenses d’investissement public et de vendre un peu de notre patrimoine pour avoir des dépenses publiques inférieures à ce qu’elles auraient été si l’on n’avait rien fait ! CQFD. 

Ce discours est toutefois réellement franco-français car il ne prend pas en compte ni la réalité dans nos prévisions, ni les comportements des grands pays européens qui nous entourent. De toute évidence les prévisions sont jugées optimistes par nos propres instances financières d’appréciation des comptes publics mais aussi par le FMI et Bruxelles. La Commission européenne n’a pas manqué de nous le rappeler sur le budget 2015. Pour une fois nous avons entendu la parole sensée d’un ministre du budget, aussitôt recadré par l’Elysée, en la personne de Christian Eckert. Ce qu’il a dit en substance se résume ainsi : dans le cadre de nos prévisions budgétaires - ce qui n’implique pas que ces prévisions soient conformes à la réalité - il n’y aura pas de hausses d’impôts. Autrement dit des ajustements peuvent s’avérer nécessaires. La Palisse n’aurait pas dit mieux mais notre Président a parlé pour ne rien dire… ça meuble le temps d’antenne et ça ne peut pas faire de mal à une popularité dans les chaussettes… tout-au-moins le temps de découvrir le pot aux roses. 

Un pays qui emprunte est évalué par les investisseurs comme présentant ou non les garanties conformes au taux d’intérêt pratiqué. Les différents pays sont comparés entre eux. La France a ainsi le taux d’intérêt le plus bas historiquement, légèrement au-dessus de l’Allemagne. Mais un simple glissement des taux d’intérêts réels vers la moyenne de 2010-2011  (soit une augmentation des taux nominaux actuels d’environ 0,9%) mènerait à de conséquentes difficultés budgétaires : rien que pour 2015 le surcoût immédiat serait de plus de 2 milliards d’euros, soit 9,5% des économies avancées par le gouvernement. 

Or le poucentage de nôtre chômage, qui ne cesse d’augmenter, est en étroite corrélation avec les marges d’autofinancement de nos entreprises, qui ne cessent de se détériorer. Ceci se voit clairement sur le graphique avec l’échelle du chômage inversée pour la lecture. Les entreprises non seulement tirent peu sur le crédit mais elles se recroquevillent sur elles-mêmes devant des incertitudes de l’avenir et des marges qui s’effritent. Si l’investissement diminue, la compétitivité décroît et le chômage augmente. 

Les autres indicateurs des pays ne tournent pas en notre faveur car nous assistons à une dégradation des fondamentaux de notre économie. Si l’on regarde le taux de croissance, la France est loin d’être bien lotie, et la prévision de 2015 (+0,7%), s’avère on ne peut plus optimiste. Si la croissance allemande diminue en 2015, on verra croître celles du Royaume-Uni, de l’Espagne et probablement de l’Italie. Même si notre dette publique par rapport au PIB est inférieure à l’Italie et équivalente à celle de l’Espagne, on voit que notre croissance l’est beaucoup moins. 

Les efforts de l’Espagne pour ramener son déficit primaire vers zéro ont été considérables puisque ce pays se situe au niveau de la France avec un peu plus de 2%. L’Italie, très handicapée par une dette ancienne et une économie encore en récession, est passée du déficit au surplus primaire. La France s'avère la plus mal placée en termes d'efforts sur le déficit primaire. L’index posé sur nous par Bruxelles ne peut donc laisser les investisseurs indifférents à terme.

De plus il y a une vérité fondamentale dans toute économie emprunteuse, c’est la comparaison entre les taux d’intérêt longs et la croissance. Si les taux deviennent supérieurs au taux de croissance, on entre dans un cycle infernal dit « trappe à dette ». La dette ne peut alors que s’accroître. C’est ce qui se passe depuis 2012. Ceci est d’autant plus inquiétant que notre taux d’intérêt réel (taux nominal moins l’inflation) à 10 ans est ridiculement bas par rapport à l’Italie et l’Espagne qui présentent désormais des caractéristiques d’avenir plus alléchantes que notre pays. 

La France fait face au monde entier et la confiance en elle la maintient dans une zone de confort qui permet au gouvernement de continuer à dépenser en jouant sur de l’argent bon marché et en laissant filer la dette. Rien néanmoins ne permet de penser que cette confiance soit acquise pour longtemps. La probabilité d’opportunités plus alléchantes pour les investisseurs augmente au fur et à mesure que notre situation relative par rapport aux autres obligations souveraines se dégrade. Dans ce cas il faudra consentir des taux d’intérêt plus élevés. Notre déficit public primaire (sans l’intérêt de la dette) devenant le plus important de la zone euro en 2015, et l’investissement de nos entreprises se dégradant, la faiblesse de nos réformes structurelles et de relance de notre économie n’augurent rien de bon.

 On ne peut indéfiniment croire en sa bonne étoile

 Si tous les autres la voient pâlir ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon