mercredi 26 novembre 2014

Avec le Mistral, un vent froid souffle sur la paix

Notre nain géopolitique a répété que la livraison du Mistral était reportée à plus tard comme les USA nous ont demandé de le faire. Nous punissons la Russie pour son soutien à une partie prorusse de l’Ukraine. Le Président Poutine vient de préciser sa position sur l’Ukraine : La Russie a besoin des "garanties à 100 %" assurant la non-adhésion de l'Ukraine au sein de l'Alliance atlantique, a déclaré le porte-parole du président russe Dmitri Peskov dans une interview accordée à la BBC. Le rapprochement des forces de l'Alliance des frontières russes a rendu Moscou "inquiet". M.Peskov a également reproché à l'OTAN de chercher à "déséquilibrer le rapport des forces". Désormais en clair, la Russie ne se laissera pas impressionner par le refus de livraison français mais attaquera la France sur le non-respect du contrat avec six milliards à la clé. D’ailleurs la position de l’Allemagne évolue. « A mon avis, des relations de partenariat sont possibles entre l'Ukraine et l'OTAN, mais pas l'adhésion », a déclaré le chef de la diplomatie allemande dans une interview accordée au journal Spiegel. Dans le même temps, M.Steinmeier a qualifié d'"irréaliste" le scénario prévoyant l'entrée de Kiev à l'UE à long terme, car la modernisation économique et politique de l'Ukraine constitue selon lui "un projet pour plusieurs générations". 

Mais il est beaucoup plus important de connaître les nouvelles orientations que le Président Russe vient d’annoncer. Elles touchent une vue géopolitique de première importance. A ce propos je vous livre in extenso ce qu’en dit Dmitry ORLOV et qui me paraît de la plus haute importance pour l’avenir du monde : 

« Ces derniers jours, les médias occidentaux ont tout fait pour ignorer ou déformer le sens du discours du président russe au Club de Valdaï réuni à Sotchi. Quoi que vous pensiez de Poutine, c’est probablement le discours politique le plus important depuis celui de Churchill, intitulé Rideau de fer, du 5 mars 1946.
Dans son discours, Poutine a brusquement changé les règles du jeu. Auparavant, le jeu de la politique internationale se pratiquait comme suit : les politiciens faisaient des déclarations publiques dans l’optique de préserver la fiction agréable de la souveraineté nationale, mais ce n’était que de l’esbroufe et n’avait rien à voir avec la vraie nature de la politique internationale ; en sous-main, ils étaient engagés dans des négociations secrètes dans les antichambres, et c’est là que les vrais accords étaient forgés. Auparavant, Poutine a tenté de jouer ce jeu, pensant seulement que la Russie serait traitée comme une égale. Ces espoirs ont toutefois été anéantis et, à cette conférence, il a déclaré que la partie était finie, violant explicitement le tabou occidental en s’adressant directement au peuple, par-dessus la tête des clans élitistes et des leaders politiques.

Un blogueur russe a résumé les points les plus importants du discours de Poutine :
1 - La Russie a fini de jouer et ne perdra plus son temps dans des négociations d’antichambre ne portant que sur des questions triviales. Toutefois, la Russie est prête pour des conversations et des accords sérieux s’ils conduisent à la sécurité collective, reposent sur l’équité et tiennent compte des intérêts de chacune des parties.
2 – Tous les systèmes mondiaux de sécurité collective sont aujourd’hui en ruines. Il n’existe plus du tout de garantie internationale de sécurité. L’entité qui a détruit tout cela porte un nom : les États-Unis d’Amérique.
3 – Les bâtisseurs du Nouvel Ordre Mondial ont échoué, ils ont bâti un château de sable. Qu’un nouvel ordre mondial de quelque nature que ce soit doive être bâti ou pas ne relève pas de la décision de la seule Russie, mais c’est une décision qui ne sera pas prise sans elle.
4 – La Russie préconise une approche prudente des innovations dans l’ordre social, mais elle n’est pas opposée à ce qu’on les examine et que l’on en discute afin de déterminer si certaines d’entre elles se justifient.
5 - La Russie n’a pas l’intention d’aller pêcher dans les eaux troubles résultant de l’expansion constante de l’ « empire du chaos » de l’Amérique. Elle n’a aucun intérêt à bâtir un nouvel empire à elle (ce n’est pas nécessaire : la Russie doit d’abord s’attacher à développer son propre territoire, qui est déjà très vaste). La Russie ne souhaite pas non plus jouer le rôle de sauveur du monde comme elle a pu le faire dans le passé.
6 - La Russie ne tentera pas de refaçonner le monde à son image, mais elle ne laissera pas non plus les autres la refaçonner à leur propre image. La Russie ne s’exclura pas du monde, mais quiconque tentera de l’en exclure devra s’attendre à un retour de bâton.
7 - La Russie ne tient pas à ce que le chaos se répande, elle ne veut pas la guerre et n’a aucune intention d’en déclencher une. Cependant, aujourd’hui la Russie considère l’éclatement d’une guerre mondiale comme presque inévitable, elle y est préparée et continue de s’y préparer. La Russie ne veut pas la guerre, mais elle ne la craint pas.
8 - La Russie n’a pas l’intention de repousser activement ceux qui tentent encore de bâtir leur Nouvel Ordre Mondial, du moins tant qu’ils n’empiètent pas sur ses intérêts vitaux. La Russie préférerait se tenir à l’écart et les regarder se goinfrer autant qu’ils le peuvent. Cependant, ceux qui tenteront d’entraîner la Russie dans ce processus sans tenir compte de ses intérêts apprendront ce que souffrir signifie vraiment.
9 - Dans la politique étrangère et, à plus forte raison, dans la politique intérieure de la Russie, le pouvoir ne reposera pas sur les épaules des élites et leurs tractations d’antichambre, mais sur la volonté du peuple.
À ces neuf points, j’aimerais en ajouter un dixième :
10 - Il reste une chance de bâtir un nouvel ordre mondial sans déclencher un conflit planétaire. Ce nouvel ordre mondial doit nécessairement inclure les États-Unis, mais uniquement aux mêmes conditions que les autres : dans le respect du droit et des accords internationaux ; en s’interdisant toute action unilatérale ; dans le respect complet de la souveraineté des autres nations. » 

On peut contester ce point de vue russe, mais on doit regretter le silence médiatique français sur la position de la deuxième puissance militaire de la planète comme si seuls les simples phrases d’Obama méritaient d’être commentées comme celle-ci prononcée devant les caméras du monde entier : « Les États-Unis tiennent fermement au maintien de principes fondamentaux dans les relations internationales, et l’un de ces principes est que l’on n’envahit pas un autre pays ». Gloup ! Les interventions en Corée, Vietnam, Afghanistan, Soudan, Irak, Libye, Syrie, etc. et tout dernièrement de l’Ukraine, c’était quoi ? Des visites amicales et touristiques ?

 Quand un pays puissant se sert du chaos pour gouverner le monde,

Quand un autre pays puissant se prépare à la guerre,

Il serait temps de savoir si l’on veut y participer !
Claude Trouvé
Coordinateur MPF du Languedoc-Roussillon