lundi 24 novembre 2014

L’Iran revient sur le tapis ? Il ne l’a jamais quitté ! (1ère partie : le cœur du sujet)

Nous avons vu le double jeu de la Turquie à la frontière nord de l’Irak dans un article précédent mais à la frontière sud il y a l’Iran pour lequel les USA jouent un autre double jeu avec la Russie et Israël en fond de tableau. A Vienne les six médiateurs internationaux (Russie, Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, Chine et Allemagne) et l'Iran tentent de mettre au point un accord général avant la date butoir du 24 novembre. L’Iran fait toujours l’objet de sanctions pour ne pas avoir donné les assurances nécessaires sur l’utilisation pacifique de l’uranium enrichi dans son installation de 9.500 centrifugeuses sur son site de Fordo.
 
Pourquoi les centrifugeuses posent-elles un problème militaire pour l’enrichissement de l’uranium ? Parce que c’est un procédé proliférant à double intérêt civil et militaire. L’uranium naturel contient 0,7% d’uranium enrichi, l’uranium 235 plus radioactif et fissile. La fission de cet uranium enrichi à 5% au plus dans les réacteurs dégage de la chaleur qui permet de produire de l’électricité. C’est ce pourcentage d'U235 que les centrifugeuses permettent d’obtenir. Pour expliquer ce qu'est une usine d'enrichissement par centrifugation, il faut se souvenir de ses cours d’électricité du lycée où le professeur nous a parlé des montages électriques série ou parallèle. Si vous voulez de la puissance électrique sous faible voltage, vous réalisez un montage parallèle de vos piles, le voltage obtenu est celui délivré par chacune des piles et pas plus. Il en est de même avec les centrifugeuses. 

Si vous réussissez à multiplier par 1,2 par exemple la teneur en uranium 235 dans une centrifugeuse pour obtenir 0,84%, si tant est que la force centrifuge est capable de le faire, vous devrez mettre des centrifugeuses en parallèle en fonction de la quantité d’uranium enrichi que vous voulez obtenir. Si le coefficient d’enrichissement à 1,2 était celui de l’exemple, une cascade d’une dizaine de centrifugeuses en série suffirait à atteindre l’enrichissement nécessaire à l’utilisation civile et avec une trentaine on atteindrait l’enrichissement nécessaire à l’utilisation militaire. Le débit de sortie serait par contre très faible. Il faut donc mettre des centrifugeuses en parallèle à chaque niveau de la cascade pour obtenir le débit voulu. On aboutit ainsi à des milliers de centrifugeuses. 

Le principe de la centrifugation, est utilisé dans la nouvelle usine française du Tricastin. C’est le procédé d’enrichissement de l’uranium connu le plus performant. La nouvelle usine s’est juxtaposée à l’ancienne basée sur le procédé de diffusion gazeuse. Le site du Tricastin permet d’alimenter plus de 100 réacteurs dans le monde, soit 25% de la production mondiale de combustible nucléaire. Le nouveau procédé consomme 50 fois moins d’énergie que l’ancien mais il est beaucoup plus proliférant. C’est donc ce procédé dans une usine à production soi-disant civile qui est en cause en Iran car la fabrication d’uranium à concentration militaire est possible en spécialisant des parties de la cascade de 9.500 centrifugeuses à cet objectif. 

Alors qu’Israël a la puissance nucléaire, comme le Pakistan, Israël et la Corée du Nord, les occidentaux, donc les USA, ont décidé que l’Iran ne devait pas en être doté. Les discussions ne font pas de progrès réel depuis le début des sanctions malgré un assouplissement de la position iranienne qui parle de limiter le nombre de centrifugeuses à 8.000 et d’accepter le contrôle de l’AIEA (Agence Internationale de l’Energie Atomique). Derrière ces oppositions de façade, il y a des objectifs nationaux pour lesquels ce sujet de conflit joue le rôle de cache-sexe. Il faut remarquer d’abord que parmi les négociateurs il y a l’Allemagne qui ne fait pas partie du Conseil de Sécurité de l’ONU. Ceci montre l’importance que ce pays prend désormais dans les relations internationales, comme il l’a fait pour l’Ukraine. Si les négociations traînent en longueur, c’est que les occidentaux et le couple Russie-Chine n’ont pas les mêmes objectifs. Nous en parlerons dans un prochain article car cela touche de très près la guerre économique et hégémonique que livrent les USA à l’ennemi numéro un, la Russie, et à leur partenaire-futur adversaire, la Chine. 

Suivant que vous êtes étiquetés blanc ou noir, bleu ou rouge, 

Vous aurez ou non l’autorisation des gendarmes du monde. 

Vous serez dans les fers afin que rien ne bouge 

Ou vous serez l’ami encerclé dans la ronde, 

Celle dont l’on ne sort pas 

Sans passer par trépas ! 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon