mercredi 19 novembre 2014

Naturalisation, Assimilation, Intégration, Multiculturalisme

« Si j'étais chargé de gouverner, je commencerais par rétablir le sens des mots ».
Confucius (551-479)
 
Les interrogations sur le langage sont récurrentes dans l’histoire de la philosophie. On se souvient que c’est l’art de la tromperie sophistique qui a forcé Platon, à la suite de Socrate, à approfondir les processus du discours humain. Par la manipulation du langage, on empêche les personnes d’exercer leur capacité de jugement et donc d’engagement libre. Dans Le Sophiste, Platon évoque ainsi « une technique, s’occupant des raisonnements, capable d’ensorceler les jeunes gens encore loin de la vérité des choses, par l’intermédiaire de mots destinés aux oreilles qui montrent des images parlées de toutes choses pour leur faire croire que ce qu’ils écoutent est vrai et que celui qui parle est le plus sage de tous » (234c). 

L’embrigadement de jeunes français pour aller rejoindre les mouvements musulmans comme ceux de l’État Islamique, qu’il est impropre d’appeler Daech car cela dénature justement la portée des mots, nous plonge au cœur de la sémantique du langage. Il s’agit là tout simplement d’une manipulation de celui-ci. Nous sommes tous témoins d’un accroissement des cas de telle manipulation. Cela ne date pas d’hier puisque je me souviens à l’époque de l’élargissement du protectorat du Maroc, cette belle phrase disant que les relations franco-marocaines entraient dans une nouvelle phase, celle de « l’indépendance dans l’interdépendance », masquant la fin des relations coloniales. Le « Redressement productif » et « L’inversion de la courbe du chômage » en sont des exemples récents destinés à tromper le monde. L’inversion de courbe n’a pas de signification mathématique, au contraire de l’inverse d’une fonction, et permet de jouer sur l’ambiguïté d’une diminution du chômage et une moins importante augmentation. 

Mais revenons au problème des quatre mots utilisés à tort et à travers sur le phénomène migratoire qui, contrairement à ce que l’on essaie de nous faire croire n’a aucun rapport avec lui puisque ce sont de bons enfants « souchiens » qui sont visés par les services de renseignements. Il faut arrêter l’hypocrisie des mots. L’Islam a été importé en France par l’immigration que nous avons d’abord souhaitée et fort mal gérée par la suite en passant de l’immigration de travail sous contrat à l’immigration de peuplement pour raison économique et familiale avec le regroupement familial sous Giscard d’Estaing. 

Si la naturalisation peut apparaître comme le stade ultime qui vous fait acquérir la nationalité française, il n’implique plus que vous soyez parfaitement assimilé. L’acquisition du langage ne suffit pas pour se sentir français. Je peux parler anglais et aller au Canada sans pour autant mériter d’obtenir la nationalité canadienne. Par contre l’assimilation ne devrait pas être un terme galvaudé. Etre assimilé c’est avoir une fois pour toute choisi son nouveau pays en s’appropriant son histoire, sa diversité géographique, sa culture, ses us, ses coutumes, son mode de vie et évidemment les lois de la République. Ce fut et c’est encore le cas de l’immigration des pays proches ou de culture chrétienne dès la génération des enfants nés en France ou importés avant l’âge de la scolarité. Le but des parents étaient de s’assimiler si possible mais surtout de veiller à ce que leurs enfants le soient. On donnait la plupart du temps des prénoms du calendrier français pour montrer la volonté d’assimilation. 

L’intégration est une acceptation du vivre en France qui est accordée à un individu mais n’implique pas la naturalisation. C’est un droit de séjour et un constat que l’individu a trouvé une place dans la société française et se sent accepté car fondu en elle-même, à son image. Il peut vivre de son travail ou de l’aide sociale et ne pose pas de problème particulier au pays d’accueil. On voit déjà que si les églises, temples et synagogues étaient prêtes à recevoir de nouveaux pratiquants, il n’en a pas été de même pour les mosquées avant l’arrivée musulmane. Dans la mesure où ces soi-disant intégrés font valoir des demandes spécifiques à caractère religieux ou coutumier, cela veut expressément dire qu’ils n’acceptent pas le pays d’accueil tel qu’il est et entendent le modifier. 

Nous en arrivons donc au multiculturalisme, cher aux défenseurs des Droits de l’Homme, de l’humanisme, de la modernité, et de la bien-pensance. C’est l’acceptation de l’importation d’une culture, d’une civilisation différente dans un « melting-pot » sensé s’enrichir grâce à la grande souplesse d’esprit du pays d’accueil. Le fameux « droit à la différence » et la diversité sont portés comme une avancée de notre civilisation dépourvue des œillères de sa propre culture, histoire, langue, coutumes, etc. Elle peut donc s’implanter de droit, revendiquer des modifications de la législation pour elle-même et ne pas reconnaître l’assimilation comme nécessaire. Elle peut ne pas souhaiter les mariages mixtes, vouloir rester dans des zones qu’elle contrôle tout en demandant à avoir accès à toutes les possibilités économiques, sociales et culturelles de la civilisation d’accueil. 

C’est une verrue qui a sa propre dynamique et qui pense détenir une culture supérieure, laquelle demande à être répandue, voire imposée dès que l’occasion, fournie souvent par le nombre, se présente. Nous faisons la même chose en Libye, en Syrie, en Ukraine, en Irak en voulant imposer par le sang versé notre vision de la démocratie, concept fondamental de la civilisation occidentale. C’est la réponse du berger à la bergère mais c’est aussi le signe que les deux cultures sont irréconciliables. Un musulman qui ne s’assimile pas, qu’il le soit de famille ou nouvellement converti, est un candidat à la lutte de conquête d’une civilisation différente. Il a rejeté notre civilisation judéo-chrétienne à la sauce laïque. 

Les évènements actuels ne sont que le premier constat de l’échec de nos efforts d’assimilation. Soit, ce que je pense, nous n’avons pas pris ce problème au sérieux, soit elle est impossible. Avant de constater l’impossibilité, il faut mener une véritable politique d’assimilation pour sauver ce qui peut encore l’être, car ne l’oublions pas, cette civilisation procrée plus que la nôtre et comme le disait le président algérien Boumedienne « Nous vaincrons par le ventre des femmes ».

L’Église trônait au centre du village, imposant la primauté de la religion catholique. Aujourd’hui la laïcité devenant de plus en plus permissive, les espoirs de réussir l’assimilation s’éloignent comme le constate Malika Sorel, née à Alger et spécialiste de l’intégration. Il ne suffit pas de repeindre les cages d’escalier ou de reconstruire des HLM neufs, comme le pensaient Rocard et Borloo, pour réussir l’assimilation. Les jeunes djihadistes se recrutent dans tous les milieux car ils adhèrent à une autre civilisation dont la diversité n’a qu’un seul but l’extension de l’Islam sur le monde derrière un califat, seul objet de ses querelles internes. Allons-nous enfin le comprendre ? C’est à l’intérieur de notre pays qu’il faut se battre et redonner un sens à l’assimilation et à l’identité française sinon les loups solitaires se multiplieront et de nouvelles élites refuseront l’intégration dans une France éclatée.

« Détruisez le christianisme, et vous aurez l’Islam » 

Chateaubriand en...1840 ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon