dimanche 23 novembre 2014

Que reste-t-il de notre Défense Nationale ?



La guerre fait rage en Europe car ne l’oublions pas l’Ukraine est en Europe, historiquement, culturellement et géographiquement. Nous sommes présents diplomatiquement et dans une participation secrète derrière les américains et une Allemagne qui poussent l’Union Européenne dans son expansion vers l’est. Une partie de ce peuple ukrainien ne se reconnait pas dans une Europe totalement prise dans l’étau des USA et refuse d’abandonner la langue russe. Elle résiste par le vote et les armes. Elle le paye par des milliers de morts dont une grande partie civile. Hôpitaux, écoles, femmes et enfants s’écroulent sous les bombes, les obus et les charniers se remplissent.

Pendant ce temps le peuple français est nourri des horreurs perpétrées par l’État Islamique, les jeunes déboussolés du djihadisme et par les frappes de nos avions mais les souffrances en Ukraine sont pratiquement ignorées ou saisies comme une bonne occasion d’en imputer la faute à la Russie. Si la Russie voulait s’accaparer la « Novorussia » des insurgés, elle aurait déjà conquis cette zone frontalière grâce à sa proximité et sa puissance militaire. Elle a sans aucun doute une action pour maintenir un statu quo car elle redoute l’arrivée de l’OTAN à ses frontières mais Kiev s’appuie sur l’OTAN qui ne ménage pas son aide et l’UE qui participe financièrement. Qui est l’agresseur ? Les insurgés qui ne défendent que leur territoire de langue russe ou l’armée de Kiev qui veut les soumettre à l’UE et à l’OTAN ?

Dans un conflit qui nous intéresse particulièrement la France est pratiquement absente et se contente de suivre et même d’obéir en traînant les pieds pour la livraison du porte-hélicoptères Mistral (avec le risque d’une perte de 6 Mds€) affaiblissant la crédibilité de la France. La vente de nos Rafales à l’Inde ne sera pas facilitée alors que nous avons toutes les peines du monde à vendre un seul de ces avions. Il faut bien comprendre que notre industrie de l’armement est réduite à sa plus simple expression et ce qui reste est plus ou moins sous partenariat anglo-saxon. Le Rafale est retenu suite aux appels d’offres des clients éventuels pour que ceux-ci obtiennent de bonnes conditions d’achat sur les concurrents dont le F35 américain, mais n’a aucune chance d’être retenu tant la pression américaine est forte. Les choix d’exportation de matériel militaire ne constituent plus des décisions souveraines.

L’Europe achète des chasseurs américains JFC de Lockheed. Nous achetons des drones MALE américains, nos missiles sol-sol MILAN furent remplacés par les Javelin de Lockheed pour les troupes françaises en Afghanistan. Nos  usines d’armement, nos manufactures et nos centres de recherche  ferment où s’ouvrent aux capitaux américains comme Thalès avec Raytheon ou allemands pour la construction des chars lourds. Nos hôpitaux militaires et nos casernes mettent la clé sous la porte sous la pression d’un budget de la Défense étranglé. Nous abandonnons la construction d’un second porte-avions nucléaire, pensé et construit en France, qui n’assure au mieux qu’une présence une demi-année avec une puissance maritime à cloche-pied pour payer des centaines de millions d’euros d’études aux Anglais destinés à fabriquer un porte-avions à propulsion classique dont l’autonomie est notoirement plus faible. 

Selon une étude parue en 2013, de 1992 à 2008, les États-Unis ont livré aux pays de l’UE : 1663 chars de combat, 857 véhicules blindés de combat, 321 pièces d’artillerie de gros calibre, 324 avions de combat, 94 hélicoptères d’attaque, 6 navires, 6903 missiles et lanceurs. Inversement, les industriels européens n’ont quasiment rien livré aux États-Unis. En Europe, les avions de chasse européens sont quasiment trois fois moins nombreux que les avions de chasse américains. Par ailleurs la nouvelle stratégie du Department of Defence américain est la suivante : au lieu de financer des recherches nationales aux Etats-Unis, il faut tirer profit des découvertes à l’étranger, et pour se faire, accroître son emprise (« authoritative awareness ») sur les centres de recherche. 

De tout évidence il s’agit d’une mainmise sur l’Europe, donc la France, mainmise économique et militaire avec un dollar encore puissant permettant de manier la planche à billets pour maintenir une présence dans le monde entier, de financer toutes les forces destructrices sur les différents continents et le plus gros budget mondial pour son industrie de l’armement et ses opérations armées extérieures. Le Traité transatlantique UE-USA (TAFTA), en cours de négociation secrète par la Commission de Bruxelles, imposera sous hégémonie étasunienne, des appels d’offre, des normes, et donc des politiques industrielles de défense totalement intégrées aux pays signataires du TAFTA. 

Privé de sa monnaie, de sa maîtrise budgétaire et de sa puissance militaire, devenue faible et totalement dépendante, que reste-t-il de ce qui constitue la souveraineté d’un État ? Avons-nous encore les conditions matérielles devant permettre au peuple français de pouvoir se défendre face à un coup d’état ou une invasion aidée par un pouvoir traître ? Le peuple français a-t-il encore le pouvoir de conserver son indépendance de décision, en particulier de refuser d’entrer dans un conflit qui n’est pas le nôtre (Irak, Syrie, Russie, Iran...) ? Avons-nous même la réelle maîtrise de notre feu nucléaire ? Ne faut-il pas avoir peur de certains faucons, comme Enrico Letta ministre italien jusqu‘en février 2014, qui a récemment développé la thèse suivante : la guerre avec la Russie permettra de redonner une « nouvelle vie » à l’Union Européenne en crise. La nouvelle « guerre froide » ou « guerre hybride » déclarée à la Russie dans l’est de l’Europe par les USA, l’OTAN et l’UE permettrait de mettre en place cette « économie de guerre » ? 

C’est le chaos qui règne, en Afrique et au Proche-Orient, et si possible en Amérique Latine (Colombie, Mexique...). La France perd toute autonomie politique, au nom de la destruction de la « Françafrique », pour ne devenir qu’un acteur à la fois prédateur et compassionnel de la politique atlantiste. L’armée française devient essentiellement une armée d’accompagnement de l’impérialisme US. La guerre froide dans l’est de l’Europe se transforme en guerre chaude, et peut devenir très chaude, sans que nous puissions nous en désolidariser. Un exercice de l’OTAN se déroule en Estonie, sur le thème : « défense de l’Estonie par l’OTAN en application de l’article 5, suite à une attaque de la Russie ». Un exercice de « défense civile » a été fait en Russie du 4 au 8 octobre mobilisant la moitié de la population (60 millions) et 300 000 sauveteurs (préparation aux bombardements, éventuellement nucléaires). La Russie, avec l’accord de 80 % de la population, augmente de 30 % son budget militaire l’année prochaine… 

Notre pays, en doute, a non seulement baissé la garde, 

Mais confie son avenir, sa force et son savoir, 

Et finalement son peuple bâillonné à… 

Raminagrobis et à ce qu’il en advint ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon