mardi 23 janvier 2018

Le gratin à Versailles, les rats à Paris



Mon intention était de continuer l’étude de l’économie européenne pour y découvrir les ressorts économiques favorables, mais le show privé de Macron à Versailles, propulsant les grands acteurs économiques mondiaux au rang de chefs d’État, me pousse à exprimer ma colère. Elle fait suite à l’interview de Macron par la BBC, où s’exprimant en anglais, celui-ci a avoué que les français auraient probablement voté la sortie de l’UE si un référendum leur avait été proposé. Mais, d’après lui, cela montre le danger du référendum où la réponse binaire « oui » ou « non » entraîne des votes erronés des électeurs par méconnaissance des véritables enjeux. Il conclut donc qu’en conséquence, sur un tel enjeu d’appartenance à l’UE, il fera tout pour que ce référendum n’ait jamais lieu. Macron vient donc de faire comme le Sarkozy du traité de Lisbonne, l’enterrement de première classe de la démocratie. D’ailleurs Sarkozy ne s’y est pas trompé quand il a dit : « Macron, c’est moi en mieux » !
 
Ce faisant notre monarque républicain se veut le chantre de l’UE fédérale et du mondialisme au profit des multinationales. Il invite le gratin de celles-ci dans les ors de Versailles pour montrer qu’il leur ouvre les portes de la France avant d’arriver à Davos tout auréolé de ce coup médiatique. Les prédateurs de nos finances, par leurs échappatoires à l’impôt, se fendent de promesses sur quelques centaines d’emplois en France, dont le coût est minime pour eux par rapport aux bénéfices qu’ils affichent et aux impôts auxquels ils échappent. Tout cela, dont le coût ne nous est pas donné, est fait pour vanter l’attractivité de notre pays, comme si ces multinationales étaient incapables de le voir elles-mêmes. L’attractivité supplémentaire ne peut être que des promesses financières faites par Macron à huit-clos, car, dans ce monde de la finance, c’est toujours donnant donnant. Nous allons donc non seulement payer ce « pot royal », mais voir disparaître de notre argent dans la spéculation de ces énormes sociétés multinationales qui font vivre les paradis fiscaux. 

Mais l’attractivité de la France ne réside pas dans les réunions entre soi des grandes entreprises du monde, mais de ses qualités intrinsèques souvent issues de son histoire, de sa géographie et de son climat. Sa grande ouverture sur les mers avec des côtes attrayantes, son climat tempéré, son patrimoine historique, ses paysages et ses produits agricoles variés, son mode de vie, ses productions de luxe raffiné, attirent les touristes. Ses infrastructures de milliers de kilomètres d’autoroutes, de routes, de voies ferrées, sa couverture de télécommunications, la productivité reconnue de ses salariés privés, l’espace libre en dehors des villes, sont les atouts d’attirance des entreprises. Les facilités données par l’Etat, les régions et les communes pour s’implanter sur leur territoire sont comme un plus qui coûte au consommateur français, c’est une attractivité factice, comme le sont les subventions pour les véhicules électriques, surtout quand elles durent. Mais l’attractivité se perd facilement, par exemple quand le touriste découvre l’insécurité dans les rues de Paris, où quand il voit sortir les rats au bord de la Seine et qu’il apprend qu’il y a à Paris, deux fois plus de rats que d’habitants.

On n’attrape pas des mouches avec du vinaigre et les multinationales n’ont besoin de personne pour choisir la France. Leur arrivée ne signifie pas le bien-être des citoyens quand ils échappent à l’impôt et pas non plus quand ils rachètent des entreprises françaises ou implantent des productions qui concurrencent nos entreprises, puis délocalisent. Ce n’est que le lourd tribut que nous devons à la libre circulation des capitaux que nous impose l’UE. C’est ce que nous venons de voir aujourd’hui avec l’annonce du licenciement de 2.400 personnes dans les bureaux de Carrefour, sous le prétexte que les chinois veulent recentrer les services vers le Bio et l’achat en ligne. S’il en est ainsi, c’est que les chinois peuvent imposer leur décision au conseil d’administration de Carrefour, dont que Carrefour passe entre leurs mains. Les licenciements ne vont évidemment pas s’arrêter là, car le commerce en ligne détruit globalement des emplois. Ce sera une deuxième vague en nombre au moins égal à la première ! 

Mais on sait désormais que peu d’argent des grandes multinationales « ruisselle » sur le peuple. À la veille de l’ouverture du Forum économique mondial de Davos où se réunira une partie du gotha économique mondial, l’ONG Oxfam a publié son rapport annuel sur les inégalités économiques et sociales à travers le monde. Selon les chiffres de l’ONG, 3,7 milliards de personnes, soit l’équivalent de 50% de la population mondiale, n'ont pas reçu le moindre bénéfice de la croissance économique mondiale au cours de l’année 2017. Pendant ce temps, les 1% les plus fortunés ont récolté 82% de la richesse produite.

La France ne souffre pas d’un problème d’attractivité et se classerait même au deuxième rang derrière le Royaume-Uni selon le grand journal économique Forbes. Elle souffre d’un grave problème d’exportation avec un déficit commercial qui dépasse les 60Mds quand l’Allemagne dépasse régulièrement les 220 Mds d’excédent. C’est un problème structurel et complexe. Ainsi, malgré la reprise de l’économie, nous constatons que la France n’arrive pas à gagner des parts de marché à l’exportation. Cela n’est pas dû à nos coûts mais à notre absence physique sur certains marchés porteurs, malheureusement trop souvent non gagnables, et à notre incapacité à répondre à un surcroît de la demande mondiale du fait de l’étroitesse de notre système productif. 

Le graphique ci-contre semble démontrer le contraire puisque la France est championne en 2015 de la création d’entreprises par habitant. Seulement cette performance est due essentiellement à la création du statut d’autoentrepreneur. Malheureusement 60% de ces entreprises disparaissent rapidement, généralement au bout d’une année, le temps d’échapper à l’impôt. Nous manquons bien cruellement de TPE, de PME, et de PMI. La France ne possède pas assez d’entreprises exportatrices du fait de leur petite taille, de leur manque de fonds propres et du manque de marchés gagnables. De 2002 à 2016, leur nombre est passé de 129 429 à 124 100. En Allemagne, leur nombre a augmenté en passant de 2004 à 2015 de 105 980 à 320 848.

Ce n’est pas en se vantant, comme Macron devant une opinion britannique, de faire venir les entreprises en France au détriment du Royaume-Uni, que l’on tient un discours de courtoisie diplomatique, mais surtout en recréant le tissu des petites et moyennes entreprises qui a disparu. Les facteurs qui minent la compétitivité de la France sont nombreux : fiscalité, niveau de compétences, organisation pyramidale, réglementation du droit du travail, complexités administratives, etc. Mais ceci étant dit, à l’heure actuelle l’eurofranc est trop fort par rapport à l’euromark et au dollar. L’euro qui valait 1,05$ vient de dépasser les 1,20$. Ce sont ces facteurs là qui ne permettent pas aujourd’hui d’être compétitif à l’exportation face en plus à des pays qui pratiquent des salaires très bas et sans contrainte environnementale, ou à des pays qui délocalisent massivement sur des pays à bas coût salarial comme l’Allemagne vers les pays de l’Est européen. Ce n’est pas une petite baisse de quelques pour cent sur le coût des salaires français qui vont changer la donne, ni l’arrivée des grandes multinationales. 

L’e-commerce oriente rapidement le consommateur vers des produits attractifs produits hors de l’UE, en particulier dans l’Est asiatique. Ceci fait croitre le volume des importations et finit de tuer nos petites et moyennes entreprises. C’est donc bien par un contrôle des importations que doit passer une reconstitution du tissu industriel et artisanal français. Malheureusement les quelques contrôles qui s’exercent sont décidés par l’UE en violation d’ailleurs du traité de libre circulation des biens et des services, comme c’est le cas pour les éoliennes chinoises (ce qui intéresse essentiellement le Danemark et l’Allemagne, les producteurs européens). L’UE ne nous autorise à aucun contrôle des importations, et la zone euro à aucune manipulation monétaire. Sortons-en. Le show médiatique du monarque républicain à Versailles ne s’inscrit donc que dans une opération de communication, qui engendre des commentaires admiratifs de journalistes, grassement payés ou soudoyés et capables de tresser des lauriers à leur mentor sans l’ombre d’un raisonnement économique solide autre que la courte vue sur l’apparence des actes dont ils parlent.
 
Comme à Paris avec les rats, il y a deux fois plus d’ânes bâtés,

Qui s’époumonent à chanter la gloire de l’esbroufe,

Et de moutons émerveillés ou assourdis, 

Que de renards et que de belettes

Se jouant des pièges tendus !


Claude Trouvé 
23/01/18