lundi 15 janvier 2018

Fake News : Utilité et décarbonisation par les EnRia



Le plan énergétique français est rentré dans le flou après les dernières déclarations de Nicolas Hulot puisqu’il semble que, hormis Fessenheim, l’arrêt des réacteurs nucléaires soit repoussé à plus tard. La réalité vient donc de supplanter l’idéologie écologique de l’antinucléaire mais le consortium de lobbies qui attendent la part des 100 milliards/an de la COP21 n’a pas étanché sa soif d’énergies renouvelables intermittentes et aléatoires, les EnRia. Si l’implantation des éoliennes subit des retards et si les subventions pour le solaire diminuent, la volonté gouvernementale reste et les dépenses pour la réalisation du réseau supplémentaire pour relier les parcs éolien et solaire sont toujours budgétées à hauteur de 1,5 milliards par an. La propagande diffusée par les médias est toujours la même, il faut développer les EnRia pour "décarboniser" la planète, et l’énergie solaire et du vent est gratuite ou au moins bon marché. In fine on pourra supprimer les centrales thermiques polluantes et diminuer drastiquement le parc nucléaire dangereux. Pourtant dans ce domaine, comme dans tant d’autres, la désinformation règne.

J’ai écrit de nombreux articles à ce sujet, mais il est toujours bon de réactualiser les chiffres disponibles pour vérifier les conclusions émises précédemment. Il est possible aujourd’hui de disposer des chiffres de RTE (Réseau de Transport d’Electricité) de la production et de la consommation sur une année glissante allant de décembre 2016 à novembre 2017. Les chiffres de décembre 2017 ne sont pas encore disponibles mais les statistiques sur 2017 ne feront que changer le mois de décembre de 2016 par celui de 2017, ce qui ne changera pas grand-chose. Nous allons donc comparer les chiffres de 2016 à cette année glissante 2016-2017.

Production en TWh
2016
Déc 16-nov 17
Écart
Écart en %
Nucléaire
384
378,4
-5,6
-1,5%
Thermique fossile
46
53,6
7,7
14,3%
Hydraulique
64
52,8
-11,1
-21,0%
Éolien
21
22,2
1,2
5,5%
Photovoltaïque
8
9,3
1,0
10,6%
Bioénergie
8
8,8
0,8
9,5%
Total
531
525,1
-6,2
-1,2%

Si l’on ajoute à ces chiffres la consommation en 2016 soit 483 TWh et de 480,7 TWh sur la période glissante 2016-2017, on peut faire les constations suivantes :

  •  La consommation est stable et même en légère baisse de 0,5%
  •  La production totale est en baisse de 1,2%
  •  La production hydraulique est en forte baisse de 21%
  • La production nucléaire est en légère baisse de 1,5% et est toujours loin de son niveau de 2015 à 416,8 TWh par suite de l’opération de grand carénage en cours.
  • Les productions des EnRia sont en forte hausse, 5,5% pour l’éolien et de 10,6% pour le solaire.
  •  La production est supérieure de 44,4 TWh à la consommation soit 9,2%.

La France est donc globalement exportatrice d’électricité, et mieux qu’en 2016, même s’il a manqué 2,3TWh dans le dur mois de janvier 2017. On remarque que sur les 31,5 TWh des EnRia sont tous exportés puisque ce sont ceux mis à la vente en priorité mais pas les moins coûteux. On peut donc considérer qu’une fois récupérés les 32 TWh d’électricité nucléaire qui nous manquent depuis 2015, la poursuite du plan des EnRia ne s’impose pas sauf arrêt de centrales à charbon. 

Mais on constate, comme pour les années 2014-2015-2016, que, une fois l’électricité nucléaire de base manquante par rapport à 2016 déduite et apportée par l’électricité thermique, il reste une électricité thermique supplémentaire de 7,7-5,6 = 2,1 TWh disponibles. Elle accompagne l’augmentation de 1,2+1,0 = 2,2 TWh des EnRia par rapport à 2916. On retrouve cette loi incontournable du 1 kWh d’EnRia qui entraîne 1 kWh de thermique pour pallier l’intermittence de celles-ci. Sur le graphique ci-contre on constate que l’énergie nucléaire couvre néanmoins 72% de la production totale, que les productions hydraulique et thermique représentent chacune 10%, la bioénergie 2%, et que les EnRia atteignent désormais 6%. Si l’on considère la loi liant énergie thermique et EnRia, ceci veut dire que 31,5 TWh sur 53,6 TWh sont nécessaires pour accompagner la production électrique des EnRia soit 58,8%. Cela veut également dire que c’est au moins 31,5 TWh d’énergie thermique qu’il faut absolument conserver en énergies pilotables et que cette valeur va croître avec la poursuite du plan énergétique. Alors plus le temps passe, plus il faudra de l’énergie thermique fossile et polluante mais pilotable. 

A ce propos on peut donc, dire que les EnRia polluent indirectement, et calculer la pollution induite en CO2, sachant que RTE évalue la pollution engendrée en 2016 à 74g/kWh. Pour les 31,5 TWh thermiques accouplés, cela fait 2.597.400 tonnes de CO2. Ce chiffre paraît énorme mais ne parle pas à l’esprit. Prenons la norme imposée aux voitures modernes à 140 g/km de CO2 et une voiture parcourant 15.000 km/an. Elle émettrait donc 2,1 tonne/an. La pollution induite des EnRia correspondrait à la pollution/an de 1.236.857 véhicules. Le parc de véhicules en 2017 était de 39 millions, donc cette pollution induite émise représente celle de 3,2% du parc automobile. Mais poussons le raisonnement un peu plus loin. Si l’on veut réduire le nucléaire à 50% de la production totale, étant donné que l’hydraulique couvre 10%, il reste en gros 40% à couvrir moitié moitié par les énergies thermiques et renouvelables (solaire + éolien), soit 20% chacune. L’énergie thermique couvrira 20% de la production électrique au lieu de 15% en ce moment. Le résultat sera donc la limitation physique à 20% de la production des EnRia et un tiers en plus de pollution en CO2, soit la pollution équivalente à 6,5% du parc de véhicules. Ceci peut-être un peu diminué en passant des centrales thermiques au centrales à gaz moins polluantes comme en Allemagne.

Il est également intéressant de jeter un coup d’œil sur les coûts. Les coûts de chaque type d’énergie sont ceux publiés par RTE et donnés par la Cour des Comptes.
Coûts selon la Cour des Comptes
Coûts unitaire RTE en euros/MWh
Coûts en Mds d'euros 2016
Coûts en Mds euros déc16-nov17
Variation des coûts
Nucléaire
49,5
19,01
18,73
-1,5%
Thermique fossile
85
3,90
4,55
16,7%
Hydraulique
17,5
1,12
0,92
-17,4%
Eolien
82
1,72
1,82
5,8%
Photovoltaïque
229
1,90
2,13
11,9%
Bioénergie
70
0,56
0,62
10,5%
Total

28,21
28,77
2,0%
Coût du c/kWh

5,31
5,48
3,2%

On voit que l’augmentation du parc des EnRia se traduit par une augmentation du kWh de 3,2% à laquelle il faudrait rajouter le coût du maillage supplémentaire du réseau de distribution ce qui donne une augmentation du coût de 7,6% environ. Le graphique ci-contre donne une nouvelle répartition des pourcentages affectés à chaque énergie sur les coûts engendrés. Si la part du nucléaire est un peu moins importante mais reste très prépondérante, l’ensemble, des parts de l’énergie thermique attribuée aux EnRia et des EnRia eux-mêmes, représente 24% du coût total alors que les EnRia ne couvrent que 6% de la production. 

Face à la doxa du réchauffement climatique d’origine anthropique, la course aux énergies renouvelables nous amène inexorablement à une « carbonisation » supplémentaire d’un tiers et à un surcoût de l’énergie électrique. Au rythme actuel les 20% de production des EnRia peuvent être atteints dans environ 8 à 9 ans, mais le coût du kWh aura presque doublé comme en Allemagne qui détruit même une église pour ouvrir une mine de charbon ! La France est globalement exportatrice d’électricité et une marge supplémentaire de production de 10 TWh, pour éviter un black-out pendant un mois d’hiver rigoureux, sera amenée en 2019 par l’EPR de Flamanville… à condition de ne pas arrêter des réacteurs nucléaires de 40 ans d’âge. Un carénage coûte environ 1 Mds€ pour 20 ans de plus, la durée de vie des éoliennes. Les États-Unis prolongent au fur et à mesure à 60 ans la durée de vie de leurs réacteurs. Alors la politique énergétique de la France est-elle vraiment raisonnable ou plus probablement la conjonction d’une idéologie écologique mise au profit des grands lobbies et de l’intérêt d’un certain nombre d’acteurs jusque même au sein des conseils municipaux ?
 
Dans un domaine où l’on peut tout dire 

Sans que tout le commun des mortels

Puisse vérifier quoi que ce soit, 

La désinformation la joue

Sur du velours et alors 

L’argent en profite !
 
Claude Trouvé 
15/01/18