jeudi 18 janvier 2018

Economie : Au lieu des discours regardons les chiffres (1ère partie)



Les ministres des Finances semblent avoir la science infuse et le diplôme de l’ENA permet d’affirmer des certitudes devant lesquelles le peuple n’en peut mais. De même que l’appartenance à l’UE, à l’euro et à l’OTAN sont des affirmations qui n’ont même plus à être démontrées tellement elles sont évidentes pour l’élite de la nation, la politique économique qui en est issue ne souffre d’aucune once de contestation. D’ailleurs le gouvernement fait la politique d’une droite capitaliste et l’esprit socialiste qui s’est libéralisé ne sait pas présenter une politique alternative plausible sauf dire que celle du gouvernement n’est pas la bonne. C’est dommage d’ailleurs parce qu’il se pourrait bien qu’une politique plus sociale dans le sens de la redescente des profits vers le consommateur soit la bonne politique. On a occulté le discours économique de fond qui oppose même d’ailleurs des prix Nobel d’économie. Le clivage le plus profond est celui entre, d’une part la théorie du ruissellement des profits des entreprises sur les salaires et l’emploi par l’allègement de la pression fiscale sur elles, et d’autre part celle de l’allègement de la pression fiscale sur les particuliers donnant une augmentation du pouvoir d’achat, donc de la consommation créatrice d’emplois et d’entreprises. 

J’ai déjà montré par l’emploi de méthodes statistiques de comparaison entre les différents pays européens que la théorie du ruissellement, utilisée dans les deux mandats précédents et amplifiée par Macron, ne pouvait pas marcher en dehors d’un facteur exogène de reprise mondiale et européenne généralisée. Mais même dans ce cas, nous ferons moins bien que beaucoup de pays. Cette théorie du ruissellement ne peut marcher que dans une économie fermée, avec un contrôle des capitaux et des droits de douane, mais ceci nous est impossible dans le cadre de l’UE et de la zone euro. La politique du ruissellement en cours va enrichir les grandes entreprises exportatrices qui ont la possibilité de spéculer et d’optimiser leurs redevances fiscales, voire de délocaliser et d’utiliser des paradis fiscaux par un jeu de sociétés écrans. Il ne reste que le plus apporté aux entreprises moyennes exportatrices dont le tissu français s’est effiloché au cours du temps pour ne laisser qu’une trame transparente sur le territoire. Il faudra des années pour le reconstruire. Cette politique du ruissellement va se traduire par une fuite de richesses vers l’étranger et, par une pression fiscale (impôts et taxes) sur les consommateurs, une pression sur les salaires, et une diminution du pouvoir d’achat donc de la consommation et du taux d’emploi se traduisant lui-même par la précarité et le chômage. 

L’économie est un sujet très difficile parce que les facteurs qui interviennent sont innombrables et interdépendants, et parce que les recettes doivent s’adapter à l’évolution des mentalités de l’époque, du lieu, et de la géopolitique étrangère, économique et monétaire. Néanmoins on peut s’armer de bon sens, de patience et de méthodes statistiques pour analyser la base de données que l’UE et l’OCDE mettent à notre disposition en cherchant par comparaison des relations de cause à effet. Mes connaissances statistiques me poussent donc à aller plus loin dans l’interprétation des données collectées pour trier le vrai du faux dans les discours des experts qui se trompent souvent et des politiques qui eux ne se trompent jamais puisqu’ils détiennent la vérité, celle qu’ils nous ont fait croire pour être élus.

Donc la doxa, qui fait marcher nos gouvernements, est la recherche de la croissance, sous-entendu le pouvoir d’achat augmentera et le chômage diminuera. Alors nous allons regarder cela de plus près en s’intéressant à la croissance, c’est-à-dire à l’augmentation du PIB. Puis, comme le pouvoir d’achat d’un particulier se dissipe en consommation, épargne (livret, assurance-vie, or) et immobilier-actions-obligations, pour cerner la richesse qui peut ruisseler sur chaque habitant, on dispose de la mesure du PIB/habitant. Il n’est pas synonyme de pouvoir d’achat puisque par exemple une part est prise par l’État et nous remboursons des intérêts de la dette. Pour le remboursement de la dette, si cela arrive la ponction sur le pouvoir d’achat sera beaucoup beaucoup plus élevée… n’y pensons pas car c’est un autre sujet bien que plus imminent que certains pensent. 

Pour mieux comprendre l’impact économique sur notre vie, l’étude distinguera la période de Sarkozy, qui a subi la crise des subprimes, de celle de Hollande jusqu’en 2016. Les effets de la période Macron sont trop récents et elle est dans le droit fil de la politique pratiquée par Hollande avec des nuances dont on pourra parler après. 

Croissance
Regardons ce graphique qui montre que les croissances 2007 en bleu des différents pays sont supérieures à celles de 2016. Ceci veut dire que nous n’avons toujours pas retrouvé aujourd’hui en Europe la santé économique de 2007. Mais on peut noter aussi qu’à part des pays de l’Est à forte évolution de la croissance, la situation économique ne s’est que très peu améliorée depuis la sortie de la crise en 2011. Il faut noter le cas de l’Irlande qui est à contre-courant notoire mais j’aurai l’occasion de mettre souvent à part ce pays comme on le verra par la suite. On note que les fortes évolutions de la croissance se trouvent dans les petits pays ce qui n’entraîne qu’une faible évolution de la croissance globale sur l’UE et la zone euro, qui d’ailleurs en 2016 évolue moins bien que l’UE. ll y a un effet de rattrapage des petits pays par rapport aux grands, mais on ne note pas globalement en même temps une poussée importante chez ces derniers, ce qui ne permet pas de dire que l’union fait la force. L’Allemagne marque le pas mais elle fait toujours mieux que la France et l’Italie. On note qu’en 2016 le Royaume-Uni fait mieux qu’en 2011 et aussi bien que l’Allemagne. 

On voit bien sur ce graphique qu’il y a eu une période de crise qui se termine vers 2011-2012 mais que depuis la situation économique globale ne s’est guère améliorée, qu’elle s’est dégradée en France et même en Allemagne malgré ses bons résultats relatifs que l’on verra par ailleurs. Le grand pays qui a fait un redressement spectaculaire de sa croissance est l’Espagne, bien mal partie en 2011, il faudra voir à quel prix. C’est aussi le cas du Portugal et du Danemark. L’Italie est toujours à la traîne et nous précède dans le recul, même si elle fait un peu mieux en 2016 qu’en 2011 contrairement à nous. Dans le prochain article nous étudierons séparément les deux périodes crise et post-crise qui vont présenter des effets différents pour les mêmes causes pour en tirer les premières réflexions sur la politique économique suivie. On analysera la croissance, le PIB/habitant, le coût de la main-d’œuvre, le chômage, les exportations-importations, etc. 

Dans le monde touffu de l’économie mondialisée 

La désinformation joue sur un terrain de choix

Où les promesses sont d’autant plus faciles 

Que les résultats demandent des années

Pour être qualifiés de bons ou non. 

Au moment du verdict un autre

Prend la place et promet ! 

Le peuple est cocu !
 
Claude Trouvé 
18/01/18