mardi 16 janvier 2018

La lutte contre la pollution ne se résume pas au CO2



Je suis particulièrement agacé par cette phobie du CO2 dans laquelle les médias maintiennent le peuple français comme si ce composé chimique, accusé de réchauffement climatique, faisait partie des nuisances préjudiciables à la santé des humains. Le fait que celui-ci voisine avec les NOx dans les normes de pollution admissibles pour les voitures, le rend finalement responsable de la pollution contre laquelle nous devons lutter pour notre santé. Des proches, en activité professionnelle dans la région parisienne, se plaignent à juste titre de la pollution due à la circulation et sont écologistes par ailleurs. S’ils ne sont pas ignorants du fait de la nécessité du CO2 pour la vie végétale, ils continueront à militer pour la décarbonisation de la planète et contre la dangerosité du nucléaire qui passent par la suppression des véhicules à propulsion thermique et les centrales nucléaires et thermiques de production électrique.

Le fait de mélanger deux problématiques, le climat et la pollution, crée une confusion qui empêche de raisonner scientifiquement dans les relations de cause à effet. Il faut qu’il soit clairement dit que le CO2 n’est pas un polluant au sens médical du terme, sauf à des doses très éloignées des pollutions maximales enregistrées dans les grandes villes du monde. Le polluant ce sont les particules fines qui peuvent être carbonées. Nous expirons du CO2 après avoir aspiré de l’air contenant de l’oxygène. Par la photosynthèse le monde végétal décarbonise le CO2 et nous rend l’oxygène. Le CO2 est un composé chimique indispensable à notre vie sur terre. Il est donc inquiétant de le classer dans les polluants et de propager le slogan de la « décarbonisation de la planète ». C’est un slogan mortel qui n’est que le fer de lance de la lutte contre un réchauffement climatique que les modèles mathématiques sont toujours incapables de prévoir par ailleurs mais qui fait consensus politique en France. A ce sujet parmi les deux plus grands pollueurs de la planète, les Etats-Unis se retirent des accords de la COP21 et la Chine ne s’est engagée que sur des intentions, ayant l’idée de contenir l’augmentation du CO2 rejeté par le développement de l’énergie nucléaire, le développement des énergies renouvelables avec la perspective d’un marché extérieur juteux, et des avancées dans la traction électrique. 

En France notre phobie du carbone nous pousse à prendre des mesures économiques assez hallucinantes, comme la taxation du méthane rejeté par nos bovins, sous prétexte supplémentaire de diminution de la consommation de viande, soi-disant démontrée comme nuisible à la santé. Évidemment tout ceci frise la démence ou cache des raisons politiques car la France reste l’un des pays les moins pollueurs dans l’UE. Elle ne peut être battue que par les pays où la production électrique est presque totalement hydraulique comme la Norvège. Parmi les gros pollueurs, au sens cette fois large du terme, on trouve la Pologne, la République Tchèque et surtout l’Allemagne. Le taux allemand de CO2 par habitant est le double de celui de la France. Selon une étude sérieuse d’une ONG, la pollution envoyée par l’étranger ne représenterait que 3% des morts causés. J’ai un doute sur la fiabilité de ces comptages mais, si l’on tient compte des populations et des pollutions au carbone différentes, ces chiffres de 45840 décès en France pour 2013 sont assez cohérents même si le nombre de décès allemands de 81160 serait relativement de 40% inférieur toutes proportions gardées ! La question du pourquoi reste entière et montre que nous sommes encore loin d’expliquer les relations cause à effet entre les décès dus aux particules de carbone et la sensibilité aux autres polluants, dont les NOx, mélangés aux rejets de la circulation des véhicules.

Le grand pollueur européen en CO2 est donc l’Allemagne et ce qui différencie essentiellement nos deux pays c’est le plan énergétique, nucléaire en France, anti-nucléaire en Allemagne, avec une France très en retard par rapport à l’Allemagne sur le développement des énergies renouvelables intermittentes et aléatoires, les EnRia. En Allemagne ce plan a démarré réellement en 2000 et 2007 en France. Malgré cela la diminution de production de carbone stagne en Allemagne depuis deux ans malgré les efforts de mise en service de centrales au gaz parfois en remplacement de centrales au charbon deux fois plus polluantes et la modernisation des centrales. Les centrales au lignite restent car celui-ci est produit sur place. Ce pays est donc confronté à une impasse sur le plan pollution et l’arrêt des 5 centrales nucléaires restantes devient problématique si l’on veut diminuer l’impact de la pollution. 

Mais les centrales thermiques allemandes, en particulier au lignite, rejettent une pollution qui n’est pas limitée au CO2. Le lignite est un charbon de très mauvaise qualité et on peut voir que sur le graphique ci-dessous les oxydes d’azote rejetés ont augmenté depuis 2007 jusqu’en 2015 sans que la production d’électricité ait augmenté dans cette proportion. Le NO2 est un gaz irritant, qui pénètre dans les ramifications les plus fines des voies respiratoires. Il peut provoquer des difficultés respiratoires ou une hyperréactivité bronchique chez les personnes sensibles et favoriser l'accroissement de la sensibilité des bronches aux infections chez l'enfant. Le NO2 est 40 fois plus toxique que le monoxyde de carbone (CO) et quatre fois plus toxique que le NO.

Si l’Allemagne se débat avec les objectifs contradictoires d’arrêt des centrales nucléaires et de diminution de la pollution, c’est que l’augmentation des énergies de nature intermittentes entraîne le fonctionnement intermittent des centrales pilotables thermiques. Or c’est précisément lors de tels régimes que les centrales thermiques polluent le plus. La seule centrale allemande au lignite de Jänschwalde rejette en effet chaque année dans l’atmosphère quelques 570 tonnes de particules fines d’un diamètre inférieure à 10 microns (PM 10), 18 000 tonnes d’oxydes d’azote, autant d’oxydes de soufre, 12 000 tonnes de monoxyde de carbone, 80 tonnes de chlore, et quantité de métaux lourds tels que 130 kg d’arsenic, 900 kg de plomb, 400 kg de mercure et autant de nickel, cuivre ou chrome. C’est sans compter le préjudice des gaz spécifiquement considérés « à effet de serre », comme ses 23 millions de tonnes de CO2, soit, pour ce dernier, plus à elle seule que l’ensemble du système électrique français. 

L’OMS dénonce le « lien étroit et quantitatif entre l’exposition à des concentrations élevées en particules (PM10 et PM10 et PM2,5) et un accroissement des taux de mortalité et de morbidité, au quotidien aussi bien qu’à plus long terme » Le lien entre la concentration en oxydes de soufre et la mortalité a été mis en évidence. On sait également que les métaux lourds s’accumulent dans l’organisme et affectent le système nerveux, les fonctions rénales, hépatiques et respiratoires et que l’arsenic, comme le nickel ou le cadmium sont reconnus « cancérogènes certains » Pour l’OMS, le plomb se diffuse dans l’organisme pour atteindre le cerveau, le foie les reins, les os … Il n’y aurait pas de seuil en dessous duquel lequel l’exposition au plomb serait sans danger. On sait également que l’absorption simultanée de plomb, cuivre ou zinc accroit la nocivité du mercure, lui-même déjà toxique à très faibles doses.


Il y a encore beaucoup de choses à dire sur la pollution allemande qui montre qu’il faut arrêter de ne penser que pollution CO2 pour préserver notre santé. Mais il y a déjà le constat que le nucléaire considéré comme dangereux n’a jamais tué les 500.000 morts/an dus à la pollution dont on parle en Europe et n’émet pas de CO2, alors que les centrales thermiques, dont en particulier celles au lignite en Allemagne, tue 80.000 personnes/an rien que dans ce pays. La politique allemande des EnRia à base d’arrêt du nucléaire par le développement des EnRia et d’énergie thermique pilotable, qui sert de modèle à la France, est en train de manquer son but en répandant chez elle et en Europe une mort beaucoup plus certaine que par le nucléaire, en doublant le prix du kWh, en dépensant des centaines de milliards pour les EnRia, et en n’apportant rien à la lutte pour le climat, si la cause du CO2 est réellement avérée.
 
Il est temps de sortir de l’illusion idéologique 

Et de cesser de mimer la politique

Énergique allemande. 

Elle tue et conduit

À une impasse !

Claude Trouvé 
16/01/18