lundi 22 janvier 2018

Économie : Au lieu des discours regardons les chiffres (4ème partie)


Le troisième objectif affiché par les gouvernements, après l’augmentation du pouvoir d’achat et la diminution du chômage, est l’abaissement de la pauvreté. Ce dernier objectif est toujours dans les discours mais les gouvernements affichent rarement les résultats obtenus dans ce domaine. Les français font souvent entendre leur voix contre la montée des inégalités, mais est-ce vraiment cela l’important ? La jalousie sur la richesse des autres n’apporte rien sur l’augmentation de la nôtre. Un pays où les inégalités sont faibles mais la pauvreté grande, est-il préférable à un pays où les inégalités sont grandes et la pauvreté faible ? Le bon sens doit donc présider aux réflexions sur ce sujet. 

J’ai donc pris dans les statistiques de l’UE les chiffres donnant un taux de privation des personnes. Neuf besoins prioritaires ont été définis et l’enquête recherche les personnes manquant au moins de deux de ses besoins. Au fond vivre normalement c’est satisfaire aux besoins élémentaires et nécessaires dans la vie actuelle. Les résultats sont d’ailleurs assez conformes à ce que l’on pouvait en attendre sur les deux périodes 2007-2011 et 2012-2016. Les pays Baltes offrent le plus fort retrait du taux de privation en accord avec leur augmentation spectaculaire de croissance vue dans les articles précédents. La Grèce s’enfonce dans la pauvreté. Les pays à très fort PIB/habitant comme la Suisse et le Luxembourg commencent à creuser les inégalités au contraire de l’Italie qui réussit néanmoins à diminuer le taux de privation. Malgré son taux de chômage élevé, l’Espagne réussit à diminuer un peu ce taux de privation. La France, mieux que l’Allemagne, le fait aussi compte-tenu de la différence de croissance avec celle-ci. Néanmoins ces deux pays font moins bien que la zone euro.

 
Le graphique ci-contre permet de mieux apprécier l’utilisation de la croissance pour agir ou non sur le taux de privation. On voit là une première relation de cause à effet. En gros 1% de croissance en plus génère 0,5% de baisse du taux de privation sur la période 2007-2011. Heureusement, mais on constate aussi que seulement la moitié de la croissance redescend vers le bas des revenus ! On notera à ce sujet le cas de la Roumanie, de la Bulgarie, et même du Danemark et du Portugal qui font retomber plus de la moitié de la croissance ou prennent moins sur les revenus pauvres en cas de variation négative de la croissance. A l’inverse, la Lituanie et Malte donnent moins. Le cas remarquable est l’Irlande qui, pendant cette période où sa croissance décroît, fait augmenter très sensiblement le taux de privation.

En est-il de même dans la période suivante 2012-2016 d’après-crise ? Pas du tout. La période d’après-crise donne une tendance générale brouillée donc peu significative. Si l’on fait abstraction de la Grèce et de la Lettonie, il ne se dégage plus de tendance et on ne peut affirmer retrouver le même résultat que pour la période précédente. La croissance ne semble pas faire baisser le taux de privation bien au contraire. On peut penser que la croissance molle durant cette période est sujette aux variations rapides de population entraînées par l’immigration. C’est pourquoi, avant de conclure à l’absence de lien entre croissance et taux de privation dans cette période, on va regarder si ce flou existe toujours quand on prend le PIB/habitant au lieu de la croissance mesurée sur le PIB.

En particulier pour cette deuxième période, a-t-on le même résultat que pour la période précédente de 2007-2011 ? La réponse est alors oui et encore beaucoup plus nette sur le graphique ci-contre. Le lien est statistiquement certain entre la hausse du PIB/habitant et la baisse du taux de privation. On retrouve même le résultat de 0,5% de baisse du taux de privation pour 1% de hausse du PIB/habitant. En clair la moitié de la variation de la richesse échappe aux revenus faibles. La France se trouve exactement dans ce cas avec 3,7% de diminution du PIB/habitant mais seulement 1,8% de diminution du taux de privation. Le pays qui implique beaucoup plus le taux de privation, on peut citer la Grèce, qui pompe plus sur les revenus faibles, mais aussi la Tchéquie, la Lituanie et Malte, qui eux ne redonnent pas la bonne part de hausse du PIB/habitant. A contrario Chypre et l’Italie ne font pas retomber leur perte de PIB/habitant sur le taux de privation. Les Etats de l’Est, Hongrie, Pologne, Bulgarie, auxquels se joint la Lettonie, ont une politique de redistribution vers le bas particulièrement marquée.

En conclusion, le lien entre la croissance et le taux de privation, existe et est mieux représenté par le PIB/habitant. Par suite du jeu des protections sociales, qui ne varient pas systématiquement avec la variation de la croissance, le taux de privation qui touche les revenus les plus faibles varie moins que la croissance mieux représentée par le PIB/habitant. C’est d’ailleurs cet indicateur que nous allons conserver dans le reste de cette étude. Mais on voit aussi nettement que certains pays ne suivent pas la règle générale. L’Italie fait plus pour la baisse du taux de privation, alors que l’Allemagne fait beaucoup moins. Nous allons nous attacher dans les articles suivants à mieux cerner l’impact des différents facteurs économiques qui influent sur les deux autres objectifs, le chômage et le PIB/habitant et en déduire la politique économique la plus favorable actuellement. Nous savons déjà par la comparaison avec les autres pays que la politique menée entre 2012 et 2016 a donné des résultats bien inférieurs à ce qu’ils auraient dus être. Le quinquennat de Hollande a été très défavorable à la France alors que tous les facteurs exogènes, taux d’emprunt quasi nul, dollar faible, prix du baril de pétrole au plus bas, étaient favorables.

Une politique économique doit s’attacher au bien du peuple. 

Car si la richesse des entreprises du pays est un but,

Le bien-être de son peuple ne s’y résume pas. 

Les clés de sa répartition vers le peuple

Est tout aussi important pour lui.

Claude Trouvé 
22/01/18