mercredi 4 juillet 2018

Pourquoi l’UE ne peut-elle plus survivre ?


Il y a dans l’UE une montée d’adrénaline et un besoin pressant d’affirmer son indépendance. On pourrait prendre cela pour une crise d’adolescence retardée puisque cela fait plus de vingt ans qu’on nous fait croire au mythe européen. Mais il s’agit plutôt de la fuite des promeneurs imprudents sur les grèves du Mont Saint-Michel devant la marée montante qui peut les engloutir. Cette montée du « nationalisme », terme employé à dessein pour faire sentir sa proximité avec le fascisme plutôt que souverainisme ou indépendantisme, n’est que le sentiment d’échec du mirage européen. Il n’y a toujours pas de peuple européen mais une juxtaposition de pays adoubée la plupart du temps par les représentants du peuple sous pression des chefs d’Etat sans véritable approbation populaire. Il en est de même de l’extension de l’UE des six à 28 et bientôt 30 et plus.

La prise en main quotidienne de l’UE par une technocratie déconnectée des réalités territoriales et le sentiment que l’objectif final de l’UE est un fédéralisme destructeur des nations à la mode américaine ont finalement convaincu une partie de plus en plus grande des peuples, même dans les Etats qui sont entrés non pas pour trouver une bouée de secours mais selon un idéal de paix et de prospérité. Il faut cependant noter que la crise d’indépendance est surtout virulente dans les pays qui ont su bénéficier de l’aide financière de l’UE pour redynamiser leur économie, comme la Hongrie, la Serbie, l’Autriche, et la Pologne. Pour ces pays il est temps de montrer que désormais ils n’ont plus un besoin vital d’aide même s’ils ne jetteront pas la proie pour l’ombre. Pour eux ils entendent faire front et faire valoir leur droit de vote sans peur d’être tancés financièrement car l’UE est devenue un colosse aux pieds d’argile. 

Pour la Pologne et les pays baltes, l’important est l’appartenance à l’OTAN et ils vont privilégier ce partenariat avec les Etats-Unis. Ce constat nous amène à considérer l’attitude que ces pays peuvent avoir devant la menace américaine des droits de douane sur l’acier et l’aluminium. Elle sera différente de celle de la France qui veut une réponse globale de l’UE. Les intérêts ne sont pas les mêmes. Si les Etats-Unis nous ont imposé l’ennemi russe, les français ne ressentent pas cette menace dans leurs gênes comme les pays frontaliers ou presque de la Russie. Même l’Allemagne sera tentée de négocier un accord bilatéral car ses liens commerciaux avec les Etats-Unis sont très importants. Si l’aspect migratoire mobilise actuellement les discussions entre dirigeants de l’UE, elle cache des divergences plus profondes sur l’économie. N’oublions pas que l’Europe se voulait au départ créée pour une meilleure croissance économique et une paix assurée par l’OTAN selon le vœux des pères fondateurs sous influence américaine.

La politique d’austérité uniforme sur l’ensemble de l’UE a mis en lumière les différences fondamentales, historiques, sociales et économiques imposant un chemin plus ou moins ardu pour chaque pays. Si le critère des 3% de déficit est presque atteint par tous, le poids de la dette est encore loin d’être atteint par l’ensemble. Le chemin est d’autant plus discriminatoire que l’UE ouvre ses portes à la libre circulation des personnes et des biens à l’intérieur de l’UE, mais sur le monde entier pour les capitaux. Donc les pays faibles sont la proie des investisseurs du monde entier car leur force de résistance est insuffisante pour éviter un dépouillement à vil prix. La France n’y échappe pas d’ailleurs sur son patrimoine et, sous prétexte de créations d’emplois, les autorités nationales et territoriales se montrent très complaisantes sur l’acquisition de ses forces vives économiques et stratégiques comme pour Alstom, le TGV et feu les Chantiers de l’Atlantique. Mais la France ne souffre pas encore comme l’Italie et c’est ce pays fondateur qui vient de porter la première estocade sur le monstre UE. 

Si cette montée croissante d’indépendantisme trouve ses racines dans le fédéralisme technocratique, l’immigration et la nécessité de résistance nationale contre les prédateurs quels qu’ils soient, résistance rendue difficile par la libre circulation des capitaux, elle voit s’y adjoindre une autre évolution du paysage économique. Le schéma prévisionnel du monde de demain était le Nouvel Ordre Mondial, dont Jacques Attali se faisait le porte-parole et était le précepteur du futur président Macron. C’est un monde de puissances financières et économiques qui a dessiné un avenir de gouvernement mondial où ils espèrent bien tenir les rênes, monde dont le mot d’ordre est la mondialisation, antichambre de la globalisation. Sous couvert de libéralisme, c’est tout bonnement un capitalisme mondial où l’humain n’a de place qu’en tant que producteur ou consommateur. Hollande et Sarkozy ont même affirmé que nous n’échapperions pas à ce NOM. Ceci veut dire que même la population mondiale rentre dans une régulation nécessaire, voire drastique. Bill Gates veut réduire la couche de gaz carbonique dans l’atmosphère. Pour cela, il pense qu’il faut réduire la population humaine. Certains experts estiment que l’optimum serait une population réduite à 600 millions d’hommes et de femmes, soit des 9/10. La globalisation s’occupe de tout pour le bien des peuples dont l’avis alors importe peu. L’arrivée des robots va d’ailleurs poser le problème humanitaire avec plus d’acuité.   

Mais trois grand dirigeants mondiaux viennent de renverser la table du NOM d’obédience judéo-américaine qui défend en réalité son hégémonie. Ces trois hommes se nomment Vladimir Poutine, Xi Jinping et Donald Trump. C’est un tout autre schéma qu’ils mettent en œuvre. C’est le retour du contrôle des échanges de personnes, de biens et de capitaux pour Trump dans un monde d’ajustement économique par des accords bilatéraux. Le couple Chine-Russie bâtit un monde de coopération économique d’abord, mais pouvant s’étendre à des accords militaires, stratégiques, monétaires et bancaires dans un respect des souverainetés, comme le définit l’OCS, l’Organisation de Coopération de Shangaï. Ces trois puissants dirigeants dressent deux visions du monde très différentes du NOM et de l’UE. Ces deux visions se préparent à une guerre économique avec d’un côté la première puissance économique, seule face au monde avec son dollar et sa puissance militaire, et de l’autre une masse humaine représentant le quart de l’humanité, des ressources naturelles considérables, des projets eurasiatiques ambitieux, et une puissance militaire défensive équivalente.
 
Ces visions désarçonnent l’UE qui apparaît comme un montage dépassé, entravé et incapable de peser sur la marche du monde. Trump ridiculise sa position de libre-échange, et son incapacité à proposer des solutions communes, hors de celles qui ne sont que des faux-fuyants ou des compromis sans efficacité réelle. L’UE ne peut envisager de grands projets comme l’OCS, les BRICS et le duo Chine-Russie, elle ne peut pas résister à la puissance économique des Etats-Unis qui va faire éclater son credo du libre-échange. Les routes de la soie se feront sans elle et elle devra accepter le gaz russe, et ce d’autant plus qu’elle prône les énergies renouvelables intermittentes et leur indispensable pilotage par les centrales à gaz. L’Allemagne attend ce gaz pour devenir la tour de distribution européenne, la France le lui paiera. La solidarité européenne vole en éclats et la seule issue est une union de type OCS, celle prônée par Poutine et XI dans laquelle aucun organisme tutélaire ne vient freiner la dynamique et imposer sa loi sur tous. Macron n’est pas le représentant de la modernité mais d’un passé révolu. Pire il sait que par référendum les français ne le suivraient pas. Alors les élections européennes, ça sert à quoi ? Sortons de l’UE et dirigeons Macron vers la sortie.
 
Pour toutes ces raisons l’UE est en soins palliatifs 

Le monde qui l’entoure va la forcer à mourir.

Le temps des chimères va s’achever. 

Prions pour que tous ses peuples

Lui fassent une mort douce !

Claude Trouvé
04/07/18