dimanche 1 juillet 2018

L’UE en perte de vitesse, la France aussi


Le rêve « macronien » d’une Union Européenne glissant doucement vers une mutualisation de la dette, dotée d’un gros budget et d’un Ministre des Finances, projet qu’il comptait bien mettre dans les tuyaux de la réunion à Berlin des 28-29 juin 2018, s’évanouit. Le sujet de l’immigration et la manière de renvoyer à plus tard, beaucoup plus tard, ce genre de sujet, ne laisse aucun doute sur l’intention allemande de ne pas lâcher un pouce sur un sujet qui pourrait mettre en difficulté l’économie allemande. Ce pays est en crise démographique et se prépare à assumer un poids largement croissant des retraites sur son budget. Le duo franco-allemand se résume à un duo où, l’économie et les finances sont gérées par l’Allemagne, et les interventions militaires par la France dans le cadre de l’OTAN, dont la base la plus importante, pilotant l’ensemble, est en Allemagne. De toute évidence l’Allemagne ne laissera pas Macron agir sur les questions financières.

Par ailleurs ce duo a un leader, l’Allemagne, mais les cocoricos français s’arcboutant sur elle, finissent par agacer les autres pays en particulier ceux vivant dans le giron allemand, le groupe Visegrad, et même l’Italie. La Pologne a même rappelé au chef de l’Etat français qu’elle disposait d’une voix comme elle, et n’était en rien un partenaire inférieur. La réunion à Berlin a ainsi montré que l’UE tenait par des bouts de ficelle. C’est visible dans le communiqué commun destiné à ne vexer personne émis dans un flou diplomatique. Il masque une volonté évidente de n’apporter aucune solution réaliste à une difficulté que l’UE ne sait pas, et même ne veut pas résoudre, parce que l’immigration participe à une perte d’identité des nations les poussant vers le fédéralisme. 

L’UE est en perte de vitesse, se referme sur elle-même et devient incapable de faire avancer les pays ensemble. Ses mouvements d’activité sont intérieurs et de plus en plus browniens, mais son énergie dispensée vers l’extérieur tend vers zéro. On va ainsi le voir dans la réponse aux droits de douane imposés par les USA à l’UE. Il y a toutes les chances pour que l’Allemagne se montre peu active dans le cadre de l’UE, mais mobilisée pour des accords bilatéraux avec les Etats-Unis en particulier pour protéger son secteur d’activité automobile. Ce dernier serait menacé si les mesures de rétorsion européennes prévues, pour l’instant dérisoires, poussaient alors Trump à aller plus loin. A contrario le consensus sur les sanctions contre la Russie ne sont que l’obligation faite aux européens de suivre les décisions de l’OTAN. Cela l’entraîne à fournir des subsides à l’Ukraine, dont le régime est au moins aussi corrompu que le précédent, et à stigmatiser la Russie pour ne pas avoir respecté les accords de Minsk, comme s’il appartenait à la Russie de résoudre seule cette guerre civile. Mais cela va plus loin puisque l’UE milite pour l’introduction de l’Ukraine dans l’Union, et les Etats-Unis pour l’entrée dans l’OTAN.

La France a récolté la mission militaire sur l’Afrique, sous prétexte de ses intérêts propres, alors que la lutte contre le terrorisme concerne la politique étrangère de l’UE. Les autres pays de l’UE ne participent pas à l’opération Barkhane et du G5-Sahel, réunissant les forces du Burkina Faso, du Mali, de la Mauritanie, du Niger et du Tchad sous commandement français, dans une armée totale de 4.000 hommes. Leurs opérations sont transfrontalières jusqu’en Libye sur un territoire plus vaste que l’Europe. Les autres pays de l’UE ne sont présents que dans le cadre de l’ONU gérant la MINUSMA même si les échanges de renseignements s’opèrent entre ces deux forces. Le but final de l’opération Barkhane est de laisser le G5-Sahel gérer seul ces opérations militaires. Malheureusement le but est loin d’être atteint. L’attentat terroriste, dans le quartier général à Sévaré au Mali de cette opération avec un camion piégé faisant 2 morts et 1 blessé ce 29 juin, montre que ce but est loin d’être atteint trois jours avant la visite de Macron en Mauritanie pour rencontrer les pays participants.


Alors que la principale cause de l’immigration africaine est liée au climat d’insécurité régnant dans une vaste zone allant de la Libye, à la Mauritanie, au Soudan et au Nigéria, l’UE laisse la France seule pour un combat dont on ne voit pas l’issue. L’UE ne s’engage pas dans une véritable lutte contre le terrorisme aux côtés des gouvernements africains. Il a fallu que ce soit l’Italie qui prenne l’initiative de discuter avec la Libye sur ce sujet. L’UE est de plus en plus impuissante, en perte de vitesse constante, et repliée sur ses problèmes internes. 

Mais la France a aussi entrepris une reculade générale de son poids dans le monde et se renferme sur ses problèmes internes de budget et d’austérité. On peut même dire qu’elle est en perte de vitesse puisque la vitesse sur les routes à double sens dépourvues de séparateur central, donc principalement sur les routes départementales, vient de passer à 80 km/h. Elle place la France dans le petit groupe des pays les plus réglementés. Pour justifier cette mesure de restriction des libertés de déplacement, le gouvernement s’appuie sur le « Rapport sur l’expérimentation de l’abaissement de la vitesse limite autorisée à 80 km/h », produit en décembre par le Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema). Six campagnes de mesures, sur trois tronçons de routes nationales, ont été menées, entre juillet 2015 et juin 2017. L’application de cette limitation a fait baisser la vitesse moyenne de 4,7 km/h en passant de 85km/h avant à 80,3 km/h après. On remarque que les conducteurs supportent mal cette limitation puisqu’en moyenne ils dépassent la limite permise. Pour les véhicules légers libres (qui n’en suivent pas immédiatement un autre) c’est pire, elle est de 5,3 km/h (de 88,9 à 83,5 km/h). 

Ceci laisse supposer une augmentation importante des dépassements soumis à PV et perte de points. L’Etat et les sociétés d’accueil des automobilistes en recherche de points vont se féliciter. Mais le pire est que le représentant de la Cerema explique devant le Sénat que : « la période retenue était trop courte pour faire une étude sérieuse de l’accidentalité » ! Autrement dit la Cerema se contente d’affirmer que la limitation de vitesse à 80 km/h produit bien une baisse de la vitesse moyenne des véhicule mais est incapable dans tirer une conclusion sur le nombre d’accidents, et de tués. J’ai beaucoup pratiqué les statistiques dans ma vie professionnelle et je peux vous dire que le gouvernement se fiche carrément du monde. On ne peut nier que la vitesse dans les mêmes conditions de volume de circulation, de mêmes conditions météorologiques, de qualité des infrastructures et de sécurité des véhicules fera moins de tués, c’est une loi physique à laquelle nul ne peut se soustraire. Mais vous remarquerez tous les attendus qu’il faut ajouter et la liste n’est pas exhaustive ! 

Quel impact spécifique réel aura cette limitation de vitesse par rapport à l’évolution des autres facteurs ? Nul ne peut le dire. L’amélioration de la sécurité des véhicules et de la qualité des infrastructures routières n’auront-elles pas un aspect prépondérant par rapport à la vitesse ? Nul ne peut le dire. Qui a mesuré l’impact sur les accidents de l’autorisation donnée aux motards de doubler à gauche et à droite dans leurs dépassements ? Le respect, qui se perd, de la mise du clignotant pour changer de direction, et d’une façon générale du code de conduite, n’est-il pas plus important ? La perte supérieure de points, faisant grossir le nombre de conducteurs roulant sans permis et habitués à transgresser les limitations, n’est-il pas de nature à augmenter l’accidentalité ? 

On ne peut suivre la raison de diminution du nombre d’accidents invoquée sans se poser la question de la motivation réelle de cette limitation. L’augmentation de centaines de millions d’euros par les PV n’est pas à exclure, surtout devant une décision générale ayant pu être limitée aux portions de route accidentogènes. L’affirmation du Premier Ministre, selon laquelle « ce n’est pas pour emmerder » les citoyens, n’est pas une justification en soi. Le contraire serait inquiétant. Cet acte d’autoritarisme sans raison scientifiquement prouvée n’est que l’acte du Prince sur ses sujets, ce que sont devenus les français sous Macron où la cohérence des décisions n’a que peu d’importance.
 
Ce serait des centaines de milliards décernés à l’UE, 

S’il existait un prix pour l’anti démocratie !

S’il existait un prix pour la connerie, 

La France aurait le premier prix !
 
Claude Trouvé
01/07/18