mardi 17 juillet 2018

Pertes d’indépendance jusque dans l’alimentaire


Le sommet de l’OTAN a mis en lumière la dépendance de plus en plus grande de la France à l’OTAN, dépendance d’autant plus nette que nous avons accepté de facto d’augmenter le budget de la Défense à 4% tout en affirmant que l’objectif des 2% était pour l’instant maintenu. Par ailleurs nous sommes sommés de prendre en charge à nos frais une Défense Européenne sous la tutelle de l’OTAN. Autrement dit nous sommes triplement « couillonnés ». Macron a réaffirmé haut et clair notre dépendance à l’OTAN, dépendance que nous allons devoir payer plus cher, directement dans son budget, indirectement par notre participation financière à une Défense Européenne sous tutelle, et, cerise sur le gâteau, nous allons alimenter l’industrie des armes et des matériels militaires américains. On veut en plus nous faire croire que c’est bon de construire une Défense Européenne, cela permettrait de faire de l’UE une puissance à part entière.

Tout cela est du bluff, la Défense Européenne aurait un sens s’il n’était sous tutelle comme le veut le traité qui lie l’UE et l’OTAN. Nous perdons un peu plus d’indépendance, tel est le constat sur une fonction régalienne qui forge la souveraineté de notre pays. Nous nous couchons tout simplement devant les Etats-Unis parce que trop d’intérêts financiers privés nous empêche de remettre en cause ce point fondamental du Traité fondateur. L’UE est conçue par ses géniteurs comme une union économique ayant rejeté toute idée de puissance, ce qui la condamne de fait à la tutelle voulue par les Etats-Unis. La souveraineté française ne peut exister sans ses propres forces de Défense, ce qu’avait compris le Général De Gaulle. Comment imaginer que nous puissions être dans l’OTAN et garder le pouvoir de décider du feu nucléaire qui engage toute l’alliance atlantique ? Pouvons-nous opposer à envoyer nos troupes aux frontières de la Russie et rester dans l’OTAN ? Pouvons-nous rester en Syrie et soutenir Bachar el-Assad ? Non ce qui veut dire implicitement que nous sommes du côté de Daech dont les mercenaires sont intimement liés aux forces syriennes libres luttant contre Bachar el-Assad. C’est d’ailleurs la raison de notre simulacre de guerre contre Daech que nous aidons par ailleurs aux côtés des américains et des britanniques. 

Nous avons déjà perdu les fonctions régaliennes nous permettant de disposer de notre monnaie et de notre budget, mais nous sommes en train de gâcher un autre volet primordial de la souveraineté, la maîtrise de l’énergie. Notre dépendance au charbon, mais surtout au pétrole et de plus en plus au gaz, est une donnée à laquelle nous ne pouvons échapper. Il convient donc d’en minimiser les besoins dans les domaines du transport et de la production d’électricité. Dans le domaine du transport c’est le transport maritime qui est le plus gourmand et ensuite les camions. Or à part ce que font les russes dans le domaine de la propulsion nucléaire, brise-glaces en tête, nous n’avons pas de réelle solution de rechange. Pour les véhicules électriques nous retombons sur la production d’électricité. Celle-ci est donc devenue un élément capital dans l’indépendance d’un pays. Pour cela la France s’est dotée d’une industrie nucléaire produisant de l’électricité bon marché en complément de sa production hydraulique pour 90% de ses besoins.

L’hydroélectricité est produite en toute indépendance sur notre sol. Nous envisageons pourtant de vendre ces usines à des sociétés privées nous assujettissant à leur bon vouloir de production et de prix de vente. Pour l’industrie nucléaire nous voulons réduire sa production de 25% en arrêtant 17 réacteurs détruisant ainsi de l’emploi et du savoir-faire. Or cette industrie est très peu dépendante des autres pays car l’uranium est abondant dans le monde et dispersé sur tous les continents. Nous disposons de contrats et de participations dans les mines du monde entier et par ailleurs le coût du kWh produit est peu lié au prix de l’uranium. De plus nous disposons de toutes les industries chimiques permettant de passer du minerai au combustible entrant dans les réacteurs. Enfin la France, pays le plus nucléarisé du monde par habitant, n’a subi aucun accident, classé comme tel sur l’échelle internationale de gravité, ce qui prouve la maîtrise de cette énergie. 

Mais ce n’est pas fini, Nicolas Hulot pousse à l’introduction d’éoliennes et de panneaux solaires, pratiquement tous importés et dont la fabrication est de toute façon très dépendante des Terres Rares nécessaires, et dont la Chine est de très loin le principal producteur. En fait ces éoliennes et panneaux solaires ne produiront que peu d’emplois comme on commence à le constater. Mais ces énergies renouvelables, dites EnRia, sont intermittentes et aléatoires, ce qui entraîne un complément indispensable par des énergies pilotables dont principalement l’énergie thermique (charbon, fioul, gaz) en dehors des variations saisonnières où l’énergie nucléaire peut être efficace. Dans l’article précédent j’ai montré que ceci pousse inexorablement à une augmentation rapide des prix du kWh, comme en Allemagne, et à une augmentation de la pollution, ce qui est contraire à l’objectif affiché par le plan énergétique.

Ce dernier point n’a évidemment pas d’impact sur notre indépendance mais sur le bon choix d’une stratégie en termes financiers. Mais la double décision de retrait du nucléaire, et d’augmentation des EnRia, pousse à l’augmentation de la production thermique. Il a donc été choisi de remplacer les centrales au charbon par celles au gaz moins polluantes, comme le fait l’Allemagne en omettant au passage de fermer les centrales au lignite, les plus polluantes, ce charbon de mauvaise qualité étant très présent sur son sol. Mais l’Allemagne impose non seulement la politique d’austérité à l’UE mais aussi la politique énergétique, comme s’y conforme notre plan de transition énergétique. Or l’Allemagne se permet d’affronter Trump et d’affirmer que rien ne l’empêchera d’acheter le gaz russe par le gazoduc North Stream 2 qui évitera les pays contrôlés par l’OTAN. L’Allemagne veut devenir la tour de distribution du gaz dans tous ses pays frontaliers dont la France. Or plus nous aurons d’EnRia plus il faudra de gaz pour le pilotage de ces énergies et plus nous achèterons celui-ci à l’Allemagne. Nous sommes donc en train d’ajouter une nouvelle dépendance à notre énergie électrique devenant à la merci d’un pays concurrent économique et à vue géostratégique qui voit d’un bon œil la France perdre le fleuron de son industrie nucléaire autrefois l’une des premières du monde dans la vente de ses services, de sa technologie, de son savoir faire jusque dans la fabrication des réacteurs. 

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Mais notre politique agricole est aussi entrain de perdre un autre volet de l’indépendance de la France, c’est l’autosuffisance alimentaire. La politique de création d’exploitations agricoles de grande taille fait baisser les coûts de production, facilitant l’exportation, mais elle détruit la petite agriculture et désertifie nos campagnes. La libre circulation des marchandises, imposée par l’UE, permet aux grandes sociétés de distribution de faire une pression maximale sur les producteurs français et la décision de l’Etat, conforme aux directives de l’UE, de ne pas intervenir condamne la petite agriculture dans la guerre des prix. D’une part les grandes sociétés productrices choisiront les créneaux les plus porteurs sur le marché mondial, sans tenir compte des besoins français, et d’autre part les sociétés de grande distribution tueront lentement mais sûrement la petite agriculture. Celle-ci est poussée vers les produits bio, inexorablement plus chers pour la plupart des consommateurs malgré la mise en place de circuits courts. Le vin bio par exemple est 25% plus cher tout simplement parce qu’il y a moins de pieds de vigne à l’hectare. Non seulement notre petite agriculture va continuer à disparaître mais notre autosuffisance alimentaire, mise dans les mains des grosses sociétés, ne pèse rien par rapport aux profits d’un commerce mondial de production et d’achat. 
 
Macron ne défend pas la souveraineté de la France 

Mais celle des grands lobbies et des financiers.

Il en parle comme d’un panache blanc 

Auquel il veut tous nous rallier

Mais un panache de fumée 

Qui détruit notre pays !
 
Claude Trouvé 
17/07/18