mercredi 18 mai 2016

L’Europe ? Cacophonie antidémocratique, antisociale et meurtrière (10ème partie)

L’année 2011 est riche d’autres évènements exceptionnels qui vont conditionner les cinq années qui suivent. La crise 2008 n’a pas seulement mis la Grèce au tapis, le Portugal et l’Irlande sont mal en point. En mars, le Premier ministre socialiste portugais José Socrates doit démissionner. Dublin bénéficiera d'un allègement des conditions du plan de sauvetage européen, et Lisbonne, d'un prêt UE/FMI en échange d'un programme d'austérité. Il faut s’arrêter un instant sur le traitement réservé à l’Irlande en comparaison de celui appliqué à la Grèce. On verra par la suite que la Grèce a subi de la part de l’Allemagne un traitement beaucoup plus dur.

Le 11 mars un autre évènement terrifie la planète. Un tsunami géant, provoqué par un séisme de magnitude 9 près des côtes du nord-est du Japon, submerge celles-ci et fait près de 20.000 morts et disparus. La centrale de Fukushima voit une vague de 14m de haut passer au-dessus de la digue de protection. Elle est inondée et l’électricité coupée ainsi que dans tout le secteur environnant. Il en résulte l’impossibilité de maîtriser l’énergie nucléaire, ce qui provoque la plus grave catastrophe nucléaire depuis 25 ans. En dehors de l’angoisse provoquée dans le monde par l’ampleur de cette catastrophe et du renforcement du lobby anti-nucléaire, ceci va amener à plusieurs conclusions. La première est que l’atteinte sur les populations est sans commune mesure entre le ravage des zones côtières et la catastrophe nucléaire. Les dégâts sont considérables sur les côtes et les traces sont encore visibles comme j’ai pu le constater. Toutefois la dispersion des produits nucléaires a créé une zone de danger pour les populations, dispersion qui exige des évacuations et la mise en place d’une surveillance sanitaire, même si elles sont de moins grande ampleur qu’à Tchernobyl. Le deuxième constat est que le seul séisme n’aurait pas eu de conséquences graves puisqu’une autre centrale nucléaire, soumise à la même intensité a résisté. L’évènement naturel était exceptionnel, non connu jusqu’alors, et il n’a pas été provoqué par des erreurs humaines comme à Tchernobyl. Des mesures de sûreté nouvelles devaient néanmoins être mises en œuvre et elles continuent d’affecter les réacteurs français.

Cette catastrophe a introduit une vision contrastée sur l’industrie nucléaire. La réaction écologiste est renforcée sur la nécessité de l’arrêt du nucléaire. Toutefois une vision moins idéologique donne un regard plus optimiste pour trois raisons. La première est que devant un évènement naturel d’une ampleur inconnue jusqu’alors on n’a pas pu mettre en évidence des incidences graves sur la population, incidences entraînant la mort, ou des handicaps et des maladies ne pouvant être traitées, dus à la radioactivité répandue. Mieux, on a constaté, comme en Biélorussie, que des personnes ont survécu dans des zones interdites par rapport aux normes de sécurité sans que l’on ait pu mettre en évidence des aggravations graves de leur santé (en dehors de cancers de la thyroïde constatés sur des enfants des zones les plus contaminées proches de l’accident ukrainien, d’ailleurs tous soignés et guéris). De plus force est de constater que le niveau de sûreté nucléaire déjà atteint à cette époque ne s’est trouvé pris en défaut que dans des circonstances très exceptionnelles et non anthropologiques. Enfin ceci repose la question de savoir si les limites de dose de radioactivité acceptables ne sont pas trop basses et ne font pas qu’affoler les populations sans raison scientifiquement prouvée. C’est le fait de donner les moyens à la population de mesurer eux-mêmes la radioactivité qui a calmé l’angoisse des populations biélorusses touchées par Tchernobyl. Il y a malheureusement peu de chances que politiquement ceci puisse être envisagé dans le contexte actuel où le principe de précaution conduit à tous les extrémismes.

Cet évènement marque toujours la politique énergétique française même si le redémarrage des réacteurs japonais est désormais en cours. Il a sonné un coup d’arrêt du nucléaire en France au moment où de nombreux pays constatent que l’on ne peut se passer de cette énergie, Chine, Inde, Royaume-Uni en particulier. Il est tout-à-fait symptomatique de voir même les pays africains se poser la question. En effet le développement des énergies renouvelables là-bas (centrale solaire au Maroc) demande la mise en place de centrales thermiques polluantes pour équilibrer la production intermittente avec la consommation électrique. Notre pays agit à contretemps et casse l’un de ses plus beaux fleurons. L’UE n’a pas de politique énergétique respectant les particularités de chaque pays et sa globalité va finalement contre l’intérêt général en voulant couler tout le monde dans le même moule. Déjà l’équilibre du réseau européen va demander de permettre des échanges beaucoup plus importants entre les pays de l’UE, soit des frais d’amélioration du réseau chiffrés à 700 milliards, en raison de l’intermittence des énergies renouvelables en particulier en Allemagne et au Danemark.

Un autre évènement majeur s’est produit aussi à mi-mars en Syrie. C’est le début du mouvement de révolte contre le régime de Bachar al-Assad, qui sera violemment réprimé (plus de 4.000 morts selon l'ONU, qui accuse les autorités de "crimes contre l'humanité", mais ce chiffre paraît très exagéré pour les mois de mars-avril durant lesquels il s’agissait de répression policière avant que cela tourne à la guerre civile alimentée de l’extérieur). En dépit des sanctions (embargo sur le pétrole syrien, gel des avoirs syriens par l’UE), Assad poursuit sa répression. La Syrie est suspendue en novembre des instances de la Ligue arabe. A l’ONU on note l’opposition de la Russie et de la Chine à toute condamnation du régime syrien. L’attitude de la Chine est particulièrement intéressante, elle s’oppose à toute ingérence extérieure dans les conflits intérieurs. Nul doute que les États-Unis et leurs vassaux ont la position inverse. 

Bouleversements géopolitiques, crise, modèle européen chamboulé... 2011 a été incroyable. Ces bouleversements vont affecter le monde arabe et l’UE. Le 11 février, le président égyptien Moubarak cède à la pression des manifestants de la place Tahrir, au centre du Caire. Il abandonne la présidence de la République et remet le pouvoir au Conseil suprême des forces armées. Après la Tunisie, l'Égypte est le deuxième pays arabe à renverser un autocrate par la voie démocratique.. Mais le 23 octobre, après le «printemps arabe» qui a vu le renversement des autocrates Ben Ali et Moubarak, les premières élections législatives libres organisées en Tunisie aboutissent à la victoire du parti islamiste Ennahda, avec un peu plus de 40% des suffrages exprimés... Bien qu'épargné par l'effervescence du «printemps arabe», le Maroc n'est pas resté insensible aux revendications démocratiques. Le roi Mohammed VI a avancé au 25 novembre 2011 les élections législatives prévues l'année suivante. Elles se sont soldées par la victoire du Parti de la justice et du développement (islamiste) avec 27% des suffrages exprimés et 107 sièges sur 395... Par contre le 25 septembre, les femmes d'Arabie acquièrent le droit de vote aux élections municipales. En 2011 l’islamisation politique du Maghreb est en route, seule l’Algérie résiste et l’on voit qu’elle résistera encore cinq ans mais plus pour longtemps.

Un autre évènement de la guerre religieuse qui va affecter plus tard les chrétiens d’Orient, c’est la partition du Soudan le 9 juillet. La naissance de ce nouvel État très pauvre du Sud-Soudan, au cœur de l'Afrique noire, est l’aboutissement (provisoire) d’un demi-siècle de guerres civiles entre le gouvernement arabo-musulman de Khartoum et ses sujets noirs et chrétiens... Dans le même ordre d’idées au lendemain d'élections contestées qui ont vu la victoire du candidat sudiste et chrétien sur son rival musulman et nordiste, des émeutes antichrétiennes ont éclaté, comme 18 mois plus tôt, dans de nombreuses villes du nord. Dans le même ordre d’idées, des violences interreligieuses vont affecter le Nigeria le18 avril. Le plus grand pays d'Afrique noire (160 millions d'habitants) est riche de son pétrole (dans le sud) mais cruellement divisé entre ethnies et surtout entre religions. Il a déjà connu une dramatique guerre civile avec la tentative de sécession du Biafra en 1967. La visite récente de Hollande dans ce pays en mai 2016 pour parler de la guerre contre Boko Haram n’en est que la suite.

L’année 2011 est riche en évènements prémonitoires et il faut en reparler dans ce qu’ils ont affecté notre futur en tant que français et européen dans la vie sociétale et économique qui se prépare. 

« Printemps arabes », guerres religieuses et contre les régimes forts

Ont déjà commencé à être alimentées par l’hégémonie

D’un monde occidental manipulé par les Etats-Unis.

L’idéologie écologiste trouve un nouveau souffle 

Qui va nourrir de nouveaux lobbies

Et tuer un fleuron économique 

De la France gaullienne. 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon