mercredi 4 mai 2016

Énergie électrique : Politiques incohérentes en France et en Allemagne (3ème partie et fin)



Le sujet de l’énergie, électrique en particulier, ne touche nos concitoyens que dans la mesure où le prix à la pompe augmente et où la facture d’électricité s’élève. Pourtant c’est un sujet majeur pour le pays autant sur le plan intérieur que sur celui de la géopolitique. Le choix du nucléaire a été un bon choix économique et géopolitique, même s’il est décrié par des opposants à sensibilité écologique à cause du danger réel qu’il peut engendrer. Je ne reviendrai pas sur la défense de cette énergie, trop vilipendée en France par rapport au danger qu’elle a pu engendrer, surtout si on le compare au danger chimique, menace permanente qui est beaucoup plus difficilement maîtrisable comme l’a montré l’accident d’AZF à Toulouse le 21 septembre 2001. Si ces 31 personnes tuées,  ces 4 500 blessés et ces 27 000 structures immobilières détruites l’avaient été par l’industrie nucléaire, il n’y aurait plus de nucléaire en France, mais pour la chimie on pardonne. 

Par contre ce choix nous a mis depuis quarante ans dans une quintuple position avantageuse. Premièrement nous bénéficions encore d’un prix faible de l’électricité par rapport à nos voisins qui ont pris une autre option, même si le choix des EnR est en train de faire disparaître cet avantage. En effet le gouvernement est au bout des pressions possibles sur EDF dont le coût de revient du kWh par rapport au prix public fixé ne lui permet plus de vivre et accentue sa dette. Deuxièmement nous avons gagné de l’indépendance énergétique, en faisant moins appel à l’exportation du pétrole et du gaz pour les centrales thermiques dont l’apport est nécessaire en complément et au pilotage du réseau. L’uranium est très répandu dans le monde et nous avons des actions dans des mines sur tous les continents. Nous sommes donc moins sensibles aux fluctuations des prix du baril et du gaz, d’ailleurs liés. N’oublions pas que le pétrole a été à 2$ le baril avant de redescendre à 0,30$ et va remonter à 0,50$ selon les prévisions. Troisièmement nous avons, grâce à notre savoir-faire dans ce domaine, pu redonner à la France une voix diplomatique face aux États-Unis avec la possession de l’arme nucléaire, avantage que nous avons délibérément récemment annihilé. Quatrièmement grâce aux recherches dans ce domaine nous avons pu construire la plus grande usine mondiale d’enrichissement de l’uranium capable d’alimenter 100 réacteurs nucléaires, donc d’exporter. Enfin notre maîtrise du cycle nucléaire, extraction de l’uranium, traitement chimique du minerai, enrichissement, fabrication de combustible, construction de réacteurs, retraitement du combustible après emploi et recyclage, avait donné à la France une industrie importatrice et une notoriété internationale.

On peut se rendre compte que ce n’est pas notre savoir-faire qui est en cause, ni la radioactivité dispersée par accident, mais une politique énergétique désastreuse depuis trente ans qui nous fait perdre notre avance technologique, a jeté l’opprobre sur cette énergie, a cassé le nécessaire équilibre entre EDF et Areva pour des problèmes d’égo des dirigeants et d’intrusion maladroite des politiques, et par là-même a désorganisé cette filière. Le résultat est que l’ensemble EDF-AREVA est au bord de la faillite et que notre crédit à l’étranger est affaibli d’autant plus que nous dénigrons nous-même ce choix nucléaire. Je redis que le réacteur EPR,  type Flamanville et vendu aux chinois dont la construction a démarré après le chantier français, sera démarré avant nous avec un surcoût et un dépassement des délais bien moindres. Alors l’Etat étant très largement majoritaire, à qui est la faute ? 

L’arrivée tardive d’Areva dans le marché des EnR lui laisse peu de chances de vendre en dehors des marchés publics, ce qui veut dire marchés truqués et finalement payés par le contribuable. C’est donc un tournant majeur dans la politique énergétique que l’introduction des EnR alors que la consommation stagne, que nous sommes exportateurs d’électricité et qu’un nouveau réacteur est en construction. Ajoutons que la nouvelle usine d’enrichissement de l’uranium, Besse 2, par centrifugation a permis de ramener la puissance électrique nécessaire à son fonctionnement de 2000 MW à 9 MW libérant ainsi la puissance des 4 réacteurs du Tricastin sur le réseau. Si l’introduction des EnR en Allemagne pouvait trouver une justification réelle par un gain d’indépendance énergétique, car on sait que leur pari sur le CO2 émis est perdu, la France n’avait aucune raison valable de se lancer dans l’aventure des énergies intermittentes, sauf à la marge comme l’alimentation des îles. L’écologisme et l’opportunisme de politiques incompétents ont surfé sur une idéologie dévastatrice.

Évidemment tout cela se paye cash. D’abord sur l’écologie de l’environnement où il ne faut tout-de-même pas oublier le paysage que nous offre la nature. Pour se rendre compte de ce qui nous attend, car aujourd’hui ce n’est encore qu’un début, il faut regarder l’Allemagne et plus particulièrement la Bavière. Les éoliennes sont surtout implantées dans l’Est du pays, comme j’ai pu le constater, mais la Bavière abrite également certains des paysages les plus idylliques du pays. Elle a néanmoins subi la construction de dizaines de parcs éoliens avec des turbines de 200 mètres de haut à travers tout le pays. Le village Bavarois d’Obbach a un parc d’éoliennes comportant 5 turbines de 200 mètres de haut installé à seulement 800 mètres de distance. Vivant dans le bruit et un paysage détruit, une habitante confie à la Radio Bavaroise : « « Pour moi, je continue à penser à quel beau paysage avec des champs ouverts c’était, et maintenant c’est une zone industrielle ». Un sondage de cette radio montre que : « les parcs d’éoliennes ne sont plus les bienvenus. Ils sont trop moches, bruyants, inefficaces et c’est seulement une minorité qui en profite, au détriment de la majorité. » Résultat : la Bavière va réduire ses dépenses en matière d’énergies renouvelables. 

Oui parce qu’il s’agit bien de dépenses, l’énergie verte n’est pas gratuite, loin s’en faut. Après la Bavière, le Québec aussi semble faire machine arrière concernant les énergies renouvelables. Avec ses grands barrages, le Québec produit beaucoup d’électricité. Traditionnellement, les surplus étaient vendus aux États-Unis, mais avec l’arrivée du gaz de schiste, ce débouché s’est progressivement fermé. Malgré cela, son ancien gouvernement s’était laissé « convaincre » par le lobby éolien de payer des subventions à l’industrie du vent. Sa situation exportatrice est donc assez similaire à la France. Mais au fil des années, la note est devenue salée, et le prix de l’électricité s’est mis à grimper. Le nouveau gouvernement québécois, faisant preuve de bon sens, vient enfin d’arrêter le gâchis : les nouveaux parcs éoliens n’auront plus droit aux subventions, prix garantis et autres faveurs. Alors cela signe l’arrêt de l’implantation des éoliennes : pas de subventions, plus d’éoliennes. Mais il reste la note des engagements antérieurs garantis sur 25 ans. « Les quatre millions de clients d’Hydro-Québec devront absorber une facture de 23 milliards $ d’ici 2042 pour les parcs éoliens qui existent déjà, selon ce qu’a appris le Bureau d’enquête. » 

Nos politiques n’ont évidemment que faire de ces constats de surcoût des EnR quand on n’en a nul besoin. Il va implanter ses éoliennes au large des côtes du Poitou-Charentes avec le paiement de 24 centimes d’euros le kWh garantis aux parcs éoliens en mer, contre 4 à 5 centimes sur le marché libre. C’est non seulement un gâchis financier mais un scandale qui touche même l’écologie en mer et les zones de pêche. Ce sont des milliards qui s’envolent pour rien et des impôts que nous léguons à la génération suivante. Le gouvernement ne prend pas des décisions rationnelles basées sur l’efficacité, mais sur le profit électoral et sur les « recommandations » des banquiers et des lobbys qu’ils managent. Il se prépare avec les voitures électriques la même erreur qu’avec l’éolien. Le quotidien financier allemande Handelsblatt dévoile la rude réalité des énergies prétendues propres et ne coûtant rien. « Le coût de la transition énergétique pour les consommateurs en Allemagne se monte maintenant à 28 milliards d’euros par an. Un ménage qui consomme 3500 kWh par an paye donc 270 euros [en plus] sur une année pour la transition énergétique. » (résultat calculé par l’Institut Allemand pour l’Économie). Le site web Irish Energy Blog a présenté sous forme de graphique les coûts de l’électricité en fonction de la part de l’éolien et du solaire dans la production, pour tous les pays d’Europe. Sur le graphique joint on constate que le prix de l’électricité augmente en fur et à mesure de l’implantation des EnR. 

Avec cette politique énergétique « mixte » autorisant l’implantation de centaines d’éoliennes industrielles géantes de 190 m de haut, on enrichit des promoteurs éoliens privés avec des financements publics, donc avec notre argent via des taxes prélevées directement sur nos factures d’énergie, environ 16 % aujourd’hui, 25 % en 2025, etc., sans nécessité autre qu’un gain peu significatif sur le CO2 émis si tant est qu’il participe au réchauffement climatique. France Stratégie vient de rappeler que le développement des énergies renouvelables était donc « sans incidence sur le volume total des émissions » mais renouvelle son alerte sur les conséquences prévisibles de leur surcoût sur la compétitivité nationale, en réduisant la valeur de nos exportations, rappelant que ce surcoût de l’énergie (3.1 milliards d’euros en 2015) s’élèverait à 8 milliards en 2025 ! 

Enfin ajoutons que ce plan énergétique « mixte » est irréaliste. La Cour des Comptes considère que la réduction à 50% de la consommation d’origine nucléaire que prévoit la loi sur la transition énergétique correspondrait à 17 à 20 suppressions de réacteurs (soit 25.000 à 30.000 éoliennes de puissance installée de 2MW). L’incapacité d’un moyen de production intermittent à permettre la fermeture d’un moyen pilotable ne laisse pratiquement aucune chance de réaliser ce plan. Quant aux emplois que cette industrie française engendrera, vu notre faible compétitivité, ils sont limités aux marchés publics prévus et cette activité a très peu de chances d’être exportatrice, donc le marché pour l’emploi sera éphémère. Terminons par la faible qualité du courant produit par les éoliennes, dont j’ai déjà parlé antérieurement et le problème de stabilité du réseau européen qui est déjà posé par l’augmentation des EnR. Il engendre une prévision budgétaire de 700 milliards d’euros en 10 ans prévus pour la restructuration de ce réseau européen. 

Nous sommes engagés dans un véritable scandale budgétaire

Où la déraison ne peut s’expliquer que par l’intérêt 

De ceux qui en tirent profit, car voyez-vous

L’argent lui n’est pas renouvelable ! 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon