vendredi 27 mai 2016

La révolte des vaches à lait



Pendant que 80% de la population rejette l’action du Président et de son gouvernement, ce dernier veut faire passer une loi au moyen du 49.3, loi rejetée désormais par les 2/3 de la population selon les sondages. Cette loi El Khomri, qui cache mal son véritable auteur et qui ne fait qu’appliquer les directives de Bruxelles, est déjà tellement dénaturée en voulant ménager la chèvre et le chou qu’elle ne produira aucun effet notable mais mécontentera tout le monde. L’ouverture au dialogue est désormais impossible, la France ne peut abandonner des directives de l’UE ou ce qu’il en reste, elle n’a plus d’autre choix que l’obstination ou la déconsidération. Cette dernière se traduirait par des pressions accrues sur le budget prévisionnel 2017 et des critiques plus sévères sur la réalisation du budget 2016.

Ceux qui critiquent les mouvements de grèves et de blocage ne se font que les complices d’un statu quo consistant à faire pression sur les salaires et à perpétuer un appauvrissement général au profit d’un capitalisme des banquiers, des multinationales et des grandes fortunes, représentants de ce que l’on ose appeler « l’élite ».  Ce n’est pas sans raison que se développent les mouvements « populistes », dont l’appellation est présentée comme péjorative par les médias et les politiques qui défendent la mondialisation sauvage. Il est révélateur que les politiques fervent de l’UE, du libre-échangisme d’hommes, de biens et de capitaux, stigmatisent le populisme. En effet il désigne un type de discours et de courants politiques qui fait appel aux intérêts du « peuple » (d’où son nom) et prône à son recours, tout particulièrement en opposant ses intérêts avec ceux de « l'élite ». A chacun de se situer dans le camp de son choix, mais si vous ne faites pas partie de l’élite, vous serez toujours une victime inconsciente. 

Il convient donc de revenir aux bases fondamentales de la situation. Que ce soit en Autriche, en Grande-Bretagne ou en France, le constat de carence et d‘échec des diverses institutions, de l’Euro à l’UE en passant par le système fiscal, le système éducatif, et les pratiques et les modes de gouvernement, est largement dressé par une part majoritaire de la population. C’est cette prise de conscience plus ou moins diffuse, plus ou moins raisonnée, mais indubitablement ressentie, d’une exploitation du peuple par l’élite qui se traduit dans l’urne et dans la rue. C’est un combat à mort mais le peuple est le taureau et l’élite le toréador. La seule chance de survie du taureau est d’encorner son bourreau. Le peuple ne sait pas trop ce qu’il veut, hormis que cette situation cesse, comme les révolutionnaires de 1789. Plus l’élite et ses représentants joueront sur la peur en utilisant le conservatisme, la peur de l’inconnu, plus ils empêcheront leur destitution par les urnes, mais plus ils renforceront la volonté du peuple dans la rue.

J’écoutais Jean-Luc Melenchon hier soir, cet excellent tribun très cultivé, fin connaisseur de l’histoire de notre pays. J’insiste parce que l’on ne peut espérer bien gouverner notre pays sans cette connaissance et ce n’est malheureusement plus le cas depuis François Mitterrand. C’est une condition nécessaire mais non suffisante bien sûr. Melenchon mérite notre attention même si l’on ne partage pas ses idées car sa vision évolue avec le bon sens, ce qui est une qualité. Ce « populiste » commence à parler de souverainisme et de régulation de l’immigration aux frontières en cessant les guerres, qui poussent les migrants vers l’Europe, et en aidant les pays migrateurs à conserver leur population. C’est du Philipe de Villiers tout craché. 

Mais il sombre aussi dans une fausse piste, aveuglé par l’idéologie, celle qui consiste à penser qu’augmenter le nombre de fonctionnaires améliore le fonctionnement de l’Etat et le chômage. L’examen de la politique britannique depuis la fin du XXème siècle, fait par Charles Gave, montre que c’est l’inverse qui se produit. On voit sur le graphique que depuis 2010, le secteur public en Grande Bretagne a PERDU environ un million d’emplois (échelle de droite ligne rouge) tandis que le secteur privé en gagnait un peu moins de 4 millions (échelle de gauche, ligne noire). En résumé un emploi perdu dans le privé est couplé avec 4 gagnés dans le privé, autrement dit la perte d’un emploi dans le public génère globalement 3 emplois.

Par ailleurs les emplois créés sont des emplois productifs de richesse, de valeur ajoutée et on voit que l’augmentation du nombre d’enseignants n’a nullement augmenté la qualité de l’enseignement. Il est évident que certains secteurs de l’Administration publique sont déficitaires en personnel. Ceci est particulièrement vrai pour la justice et la santé. Par contre on sait aussi que les effectifs des collectivités territoriales sont souvent pléthoriques. Il y a donc un grand chantier de remise en ordre, de simplification des procédures, et de tous les décrets et lois souvent inutiles, désuètes voire contradictoires, tout cela maintenant des postes sans efficacité réelle voire fictifs.

Melenchon surfe sur l’écologie qui reste son pourvoyeur de voix puisqu’il est boudé par le parti communiste. C’est aussi un leurre de penser que les énergies renouvelables sont un vivier d’emplois et que cela enrichit le pays. Ce sont au contraire des dépenses d’investissement sous forme de subventions, dont bénéficient les lobbies privés, et une industrie qui s’avère très concurrencée où EDF ne trouve pas sa place et aggrave son déficit. Il en est de même de la stigmatisation des riches et du capital. Il ne faut pas confondre l’accumulation de richesses par la spéculation et celle par le travail et l’investissement productif. C’est l’erreur tragique de notre gouvernement qui taxe tellement les plus-values en capital, sans distinction de provenance, qu’il chasse les moteurs productifs de notre économie hors du territoire. La chasse aux salaires des patrons a le même effet, nous en reparlerons, ainsi que la taxe à 75% sur les salaires au-dessus de 1M€. 

La taxation maximale des « riches » instaurée depuis 2012, avec François Hollande a été érigée en fondement de l’action publique, ce qui a fait fuir la plupart des entrepreneurs et innovateurs dont on attend par ailleurs la création d’activité et d’emplois. La liste des sociétés du CAC 40 qui vont installer leur siège social en dehors de France s’allonge encore. Après Lafarge (fusion avec Holcim en Suisse) et Alcatel-Lucent  (fusion avec Nokia en Finlande) l’année dernière, c’est au tour cette semaine de Technip qui va transférer son siège social à Londres. La société fusionne avec son concurrent américain FMC. C’est autant de ressources fiscales qui s’en vont et cela augmente la tentation de délocaliser la production ensuite. Ce n’est pas le capital qu’il faut tuer mais la spéculation, ce qui est très différent.

On ne peut pas faire l’Europe sans les peuples. Si on le fait ils continueront à se réfugier dans le populisme. C’est ce que nous montre très bien le résultat des élections autrichiennes de cette semaine où finalement le candidat écologiste a été élu avec une très faible marge. On ne peut pas penser redresser un pays et créer le bonheur de son peuple en le prenant pour une vache à lait pour engraisser des multinationales qui jouent sur les marchés financiers avec la monnaie de singe crée à profusion par les banques centrales. Ces dernières n’ont rien à faire de leurs salariés, sauf de les pressuriser au maximum pour jouer encore plus gros dans la spéculation. Or rien n’est fait dans ce sens par le Nouvel Ordre Mondial et tous ses serviteurs à Washington, à l’UE, au FMI, à la Banque mondiale, à la Fed, à la BCE, à Bruxelles, en "Hollandie", etc. etc. 

Quand la démocratie se désagrège dans les restrictions de liberté 

Quand on mélange dans une même politique économique

Petit patronat et grandes multinationales du CAC40, 

Quand on tue le capital mais pas la spéculation,

Quand on légifère pour la baisse des salaires, 

L’heure de la révolte des vaches à lait

Va faire sonner la fin de la partie ! 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon