mardi 3 mai 2016

Énergie électrique : Politiques incohérentes en France et en Allemagne (2ème partie)



La politique énergétique allemande semble conduire à une impasse et aller à contresens du but écologique recherché, elle entraîne aussi un surcoût du kWh et une surproduction dont on ne voit pas l’intérêt immédiat dans une période où les efforts d’économie d’énergie compensent les demandes supplémentaires issues des activités économiques, en particulier pour l’exportation florissante dans ce pays. Cette incohérence ne s’explique que par un parti pris idéologique qui impacte la politique du pays, parti pris qui est un rejet du nucléaire pour les énergies vertes. La part du nucléaire est certes réduite mais la compensation n’est pas due à ces énergies vertes mais à des énergies polluantes et non renouvelables. Les EnR sont donc exportatrices d’énergie à prix prioritairement cassés.

Pour des raisons idéologiques, mais en partant d’une situation très différente, la France s’engage elle-aussi dans une impasse. Fin 2012, KPMG, cabinet d'audit indépendant, et l’Institut Choiseul avaient publié, le classement des meilleurs parcs de production d’électricité. La France y était numéro 1 mondial pour la qualité de son électricité, sa disponibilité et son accès. Avec un solde exportateur net de 48 TWh, elle figure alors au 2° rang mondial des pays exportateurs d’électricité dans le classement de l’agence internationale de l’énergie (AIE) (statistiques 2015  data 2013), ce solde étant passé à 61.7 TWh en 2015. La production électrique est de 550 TWh chaque année, (à part l’exception de 518 TWh en 2008). Les 3/4 sont fournis par nos 58 réacteurs nucléaires, d’une puissance totale de 63.3GW jusqu’à 2008, puis 63.1 GW jusqu’à aujourd’hui, auxquels s’ajoutent un peu plus de 10% d’électricité d’origine hydraulique. Ceci permet ainsi au système électrique français de figurer parmi les moins émetteurs de CO2 au monde (23.1 millions de tonnes en 2015 contre plus de 350 en Allemagne). 

La situation exportatrice très favorable en 2012 avec un coût de l’électricité qui était l’un des plus faibles d’Europe, la France avait donc encore amélioré sa situation exportatrice en 2015. Par contre le coût du kWh subissait des surcoûts dus essentiellement à l’arrivée des EnR. Le prix brut du kWh pour le consommateur était maintenu artificiellement par pression de l’État sur EDF, mais il adjoignait une augmentation progressive de la taxe CSPE censée compenser les subventions aux EnR que l’Etat consentait par ailleurs. Cette taxe devait aussi permettre la remise aux normes nucléaires après Fukushima et des travaux de rajeunissement. Mais l’essentiel allait vers les EnR et ne compensait même que partiellement l’effort consenti par l’Etat. Non seulement le consommateur et le contribuable étaient, sont et seront globalement mis à contribution mais la pression de l’Etat sur le prix brut du kWh a mis progressivement EDF dans le rouge, 37 milliards aujourd’hui. Même si les investissements sur le réacteur de Flamanville, réacteur qui n'est que le deuxième de la série donc un prototype, ont très largement dépassé les prévisions, cela n’impacte pas les comptes d’EDF comme le fait un déficit permanent sur les dépenses de fonctionnement. L’investissement se récupère dans un temps plus ou moins long.

Mais l’énergie électrique française aux ¾ fournie par le nucléaire, complétée par 10% d’hydraulique, est l’objet incessant d’une attaque des tenants du « Sortir du nucléaire » dont les arguments se sont trouvés renforcés par les accidents de Tchernobyl en 1986 et plus récemment de Fukushima. Tchernobyl reste l’accident majeur par la dispersion des matières radioactives et il n’a aucune explication pour cause d’évènement exceptionnel comme c’est le cas pour Fukushima. Il est purement d’origine humaine, et est dû à une conception et une exploitation dangereuses. On peut le comparer à celui de Three Mile Island de 1979, lui aussi sans évènement causal extérieur, où la fusion du cœur d’un réacteur n’a réellement eu comme conséquence que la fermeture de celui-ci sans dommage pour l’environnement. Il a amené des modifications bénéfiques pour la sûreté dans la filière REP qui est celle de l’ensemble des réacteurs français existants. 

Pour Tchernobyl l’augmentation des cancers de la thyroïde, sur les enfants principalement, a pu être prouvée dans les régions contaminées proches. La quasi-totalité d’entre eux ayant pu être sauvés, les morts ne se sont comptés en dizaines que parmi les « liquidateurs », ceux qui sont intervenus dans les premières heures ou premiers jours de la catastrophe. Ce ne fut pas le cas à Fukushima malgré les conditions exceptionnelles, dues à la nature, qu’ont dû affronter les intervenants sur l’accident. L’électricité s’est trouvé coupée par le tsunami, la côte proche était dévastée, entraînant de l’ordre de 20.000 morts et disparus, ce qui mobilisait l’essentiel des moyens disponibles et jetait la panique à Fukushima. Avec le recul, on peut même dire que dans ces situations exceptionnelles, d’un tremblement de terre et d’un tsunami d’une hauteur inconnue jusqu’alors, le nucléaire a montré sa capacité de résistance. Les réacteurs nucléaires proches et impactés seulement par le tremblement de terre, ont d’ailleurs résisté.

Ce genre de constat ne résiste malheureusement pas à la peur naturelle des citoyens, même en France, surtout lorsque celle-ci est alimentée par des tenants d’une idéologie verte qui ont réussi à convaincre les politiques qu’il était de leur intérêt de les soutenir. En France cette peur alimentée a conduit à fermer Superphénix, réacteur prototype à neutrons rapides, en 1996 sous le gouvernement Jospin, nous faisant perdre 23 milliards de francs et 20 ans d’avancée technologique en particulier sur les russes qui vont être en mesure de proposer celle-ci et de rafler bientôt une partie du marché. Bingo ! Mais nous continuons dans cette voie de la peur idéologique du nucléaire alors qu’aucun « accident », qui correspond au niveau 3 sur l’échelle internationale, n’a été à déplorer depuis 1963 soit plus de cinquante ans d’exploitation sur les réacteurs français. Tchernobyl et Fukushima sont au niveau 7 et les niveaux 1 et 2, sont nommés « incidents » parce qu’ils n’ont aucun impact nuisible sur l’homme et l’environnement. Ce genre de précisions est nécessaire tant la désinformation et le manque d’information sont énormes dans ce domaine. 

La France se lance donc dans le « mixte » nucléaire, énergies renouvelables. Ces dernières ne sont absolument pas utiles à la consommation intérieure actuellement. Les 550 TWh de consommation annuelle sont couverts à 99% par le parc existant non intermittent nucléaire, hydraulique et thermique. L’énergie verte intermittente ne sert donc qu’à l’exportation, et la vente de cette surproduction est aléatoire dans le temps et ne correspond souvent pas aux demandes des acheteurs éventuels. Sur le marché au jour le jour, on vend très souvent à prix cassés. On peut envisager de fermer des centrales thermiques, polluantes mais au démarrage et à l’arrêt très rapides qui permettent de compenser l’intermittence des EnR. Pour en réduire le nombre, il faut demander au nucléaire d’être plus réactif, ce qui est possible puisqu’on sait désormais réduire sa production de 80% en 30 minutes, mais cela se fait au prix d’un fonctionnement non optimum et qui n’est jamais le top en matière de sûreté. L’électricité nucléaire produite dans ces moments d’adaptation aux caprices de la météo est évidemment plus chère, ce qui détruit le rendement du nucléaire… mais arrange ses détracteurs.

Au-delà de cette incohérence évidente de l’adjonction des EnR en période de surproduction par une politique de remplacement d’une production permanente et pilotable bon marché par une plus onéreuse et intermittente sous un prétexte de peur alimentée, il faut aller plus loin sur la politique envisagée et les répercussions financières pour l’État et finalement pour le contribuable et le consommateur. Cela fera l’objet du prochain article. 

La France était aux premiers rangs mondiaux pour l’Enseignement

Elle était un pays phare dans l’énergie et l’industrie nucléaires 

Donc dans la recherche scientifique et dans la connaissance.

Comme le font les enfants gâtés on s’évertue désormais 

A casser nos plus beaux jouets… par l’idéologie

D’un laïcisme et d’un écologisme dévoyés ! 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon