samedi 7 mai 2016

Comment être souverain hors ou dans l’UE ?



A l’heure où les élections présidentielles préparent une bataille à trois têtes mais deux idées politiques, la pensée unique multiculturaliste et mondialiste d’une part, et un souverainisme qui cherche à s’étendre dans un mouvement patriotique de rassemblement d’autre part, à l’heure où la courbe du mensonge ne s’inverse pas, à l’heure où on patauge dans une loi "el-connerie", à l’heure où les routiers sont « caillassés » devant Calais comme les pompiers dans toutes les zone de non-droit, à l’heure où le pays ne sait plus très bien si tout va mieux ou de plus en plus mal et sait seulement pour qui il ne va pas voter, il est réconfortant de constater que, dans certains pays européens, on peut se créer encore son coin de ciel bleu et cela contre vents, marées et forces occultes.

Les eurosceptiques ont eu un œil attendri pour ce petit pays qu’est l’Islande, petit certes mais bel exemple de ce que peut faire la démocratie quand elle est incarnée par le peuple. Ce pays illustre la démocratie à ses sources, à l’athénienne, et a renversé le monde de la finance qui le conduisait à la ruine. J’ai déjà parlé de « la révolution des casseroles », révolution pacifique qui nous fait rougir des exactions, pendaisons, massacres, démolitions du patrimoine, régime de terreur, etc. qui ont marqué la révolution française de 1789 à 1793. Celle-ci finit par nous faire dire aujourd’hui « tout ça pour ça » avec l’impression d’un retour en arrière. Non cette révolution islandaise était bien une révolution de « salut public », au premier sens du terme. Elle n’avait rien à voir avec les « printemps » qui finissent par avoir une désolante connotation d’ingérence étrangère et qui se terminent toutes par le chaos. 

Cette « révolution des casseroles » est consécutive à la crise financière de 2008 qui frappa avec une brutalité extrême l’Islande pourtant considérée, avant ce désastre, comme l’archétype de l’économie financiarisée avec un secteur bancaire hypertrophié, notamment via la banque Landsbanki et sa filiale en ligne Icesave. Les Islandais se sont retrouvés avec une dette insoutenable, 13 000 euros par habitant à cause d’Icesave, en plus des remboursements déjà prévus par le FMI. Dès octobre 2008 et chaque semaine, des centaines manifestants se regroupaient, souvent équipés d'instruments de cuisine. Le 25 octobre, plus de 2 000 manifestants défilaient dans les rues de Reykjavik. Des actions symboliques étaient menées : on brûlait en public des drapeaux des banques qui ont fait faillite, on hissait celui de la chaîne de distribution Bónus sur le porte-drapeau du Parlement. Refusant d’assumer les fautes de leurs banquiers, ils disaient non à deux référendums, manifestaient violemment et au bout du compte chassaient manu militari un gouvernement trop accommodant avec les créanciers britanniques et hollandais de Icesave. Au passage, on avait mis en place le contrôle des capitaux, on dévaluait et on condamnait des banquiers à des peines de prison ferme !

À la fin, la gauche emporta les élections, proclama une assemblée constituante et annula la dette. Malgré le changement de majorité aux élections suivantes, la dette ne sera pas remboursée par les Islandais et l’Islande gagnera d’ailleurs le procès intenté par ses créanciers devant le tribunal de l’AELE (Association européenne de libre-échange). Les Islandais depuis mars 2015 ont officiellement retiré leur demande d’adhésion à l’UE déposée en 2009 et c’est le Premier ministre Gunnlaugsson qui enfonçait le clou en novembre de la même année : « Nous n’aurions pu sortir de la crise si nous avions été membre de l’Union européenne », a-t-il déclaré, ajoutant « Si toutes nos dettes avaient été en euros, et si nous avions été obligés de faire la même chose que l’Irlande ou la Grèce et de prendre la responsabilité des dettes des banques en faillite, cela aurait été catastrophique pour nous sur le plan économique. » Le résultat c’est qu’aujourd’hui voilà un pays qui affiche une santé économique insolente : une croissance de 4 % en 2015 tirée par la consommation des ménages, des investissements en augmentation de 18,6 % et un taux de chômage de 2,8 %. Nul doute qu’ils peuvent dire « Cela va mieux », n’est-ce pas François Hollande ?  Votre réélection ne serait pas un chemin de croix mais un défilé entre deux haies d’honneur. 

Les Islandais ont d’ailleurs la démocratie chevillée au corps, car, à la suite des révélations des Panama Papers, qui ont mouillé Gunnlaugsson, son gouvernement et même la présidente, on a annoncé des élections anticipées et le Parti pirate, ouvertement libertaire, caracole à 43% dans les sondages. Une belle leçon de démocratie ! Certains auront le front de dire que tout cela était possible parce qu’il s’agit d’un petit pays, non c’est l’expression normale de la démocratie. Si ce n’est pas possible c’est que l’on n’est plus en démocratie mais entre les mains d’un complexe économico-militaro-bancaire. Mais cela ce n’est ni Sarkozy, ni Hollande qui auront le courage de l’avouer.

L’Islande fait la preuve que l’on peut très bien vivre en dehors de l’UE, comme la Norvège et la Suisse. Mais peut-on échapper au diktat de Bruxelles et du FMI en étant dans l’UE et pire dans l’euro ? C’est un autre petit pays, pourtant plus grand que la Grèce, qui apporte la réponse. C’est le Portugal qui a réussi par habileté politique et opportunisme à garder une souveraineté enviable. En octobre 2015, à peu près au moment où le Premier ministre islandais se montre si désobligeant, les Portugais votent pour des élections législatives. On les trouvait jusqu’alors bien gentils, les Portugais, si on les compare aux Grecs, à ce moment-là. De vrais enfants modèles, shootés à la monnaie unique et à l’austérité, pas comme les cossards d’Athènes. Eux ont accepté les retraites rognées à l’extrême, l’abaissement du salaire minimum, les privatisations, l’allongement de la durée de travail. Enfin bref, l’arsenal habituel chargé de réduire les déficits en étranglant la consommation. 

Mais coup de théâtre, aux élections législatives la droite du pouvoir est en tête, mais c’est finalement une coalition de gauche qui pousse finalement Antonio Costa au poste de Premier ministre bénéficiant du soutien sans participation de la gauche radicale. C’est l’aboutissement inverse de ce qui s’est passé en Allemagne. C’est la consternation à Bruxelles. En effet la nouvelle politique portugaise a de quoi faire frémir les orthodoxes : arrêt des privatisations, retour aux trente-cinq heures, baisse des impôts pour les ménages modestes, augmentation du salaire minimum prévu pour arriver à 600 euros en fin de législature. Très habilement Costa comprend que Bruxelles ne peut allumer un deuxième brûlot après la Grèce, l’éclatement de l’espace Schengen, l’immigration et les bruits de Brexit. Dans une formule de rhétorique du style « Je ne vous ferai pas l’affront de vous rappeler que vous n’échapperez pas à nos fourches caudines », Pierre Moscovici n’applique pas ipso facto son droit d’ingérence.  Bref, quand un contexte historique favorable se conjugue à la volonté politique, l’Union européenne est confrontée à des formes inédites de sécessions douces de pays « qui préféreraient ne pas faire ce qu’on leur dit ». 

Le propos n’est pas de constater ou non la justesse de la nouvelle politique portugaise, mais de mettre en lumière le manque de volonté politique de nos gouvernants pour contester des directives européennes qui sont jugées inopportunes par la majorité des français. La France est menée dans un suivisme aveugle où Bruxelles, le FMI et l’OTAN sont des organes créés et gérés par les États-Unis qui désignent leurs interlocuteurs privilégiés, l’Allemagne pour l’Europe et les mouvements rebelles dans les pays non alignés, ainsi que leurs ennemis, la Russie et la Chine, et leurs faux ennemis comme Daech et Al-Qaïda. Nous subissons le joug économique et militaire qui rogne petit à petit notre souveraineté jusqu’à la disparition de notre État-nation et de la démocratie. 

Faut-il en appeler à notre patriotisme, et à la démocratie

Pour que la France souveraine continue à exister 

Ou cela est-il désormais vide… de sens ?

Non la France ne peut oublier 

Le sang versé pour elle ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon