mardi 29 juillet 2014

La Russie à genoux ou une troisième guerre mondiale ?



Les sanctions économiques sont-elles l’arme qui peut faire plier la Russie de Poutine ? Angela Merkel, François Hollande, David Cameron, Matteo Renzi, et Barack Obama ont affirmé lundi soir, leur intention d'adopter de nouvelles sanctions vis-à-vis de la Russie au regard de l'évolution de la situation en Ukraine. En plus des traditionnelles sanctions économiques de niveau 1 déjà adoptées, cette nouvelle salve pourrait également concerner des sanctions de niveau 3. Il y a-t-il des raisons valables pour mettre la Russie au banc des nations voyous et chercher à la paralyser économiquement ? Les États-Unis lancent-ils la même mise au banc des accusés et cette pluie de sanctions sur Israël quand celui-ci ne suit même pas les injonctions de l’ONU ?

Les USA ont allumé le feu dans tout le bassin méditerranéen et aux confins de l’Europe. Tunisie, Libye, Egypte, Syrie, Irak, Ukraine, tous ces pays sont des conséquences directes ou indirectes d’une stratégie de chaos des Etats-Unis dont le but essentiel est de mettre à terre les régimes forts de la Méditerranée, où les raisons pétrolières sont sous-jacentes, et la Russie avant le combat final contre la Chine. Ils ne se pressent pas pour venir en aide au régime chiite d’Irak, alors qu’ils ont soutenu les djihadistes de l’EIIL (formés par la CIA) qui opéraient en Syrie mais qui refluent en partie vers l’Irak après des revers militaires.

Les États-Unis, l’UE, le G7 qui a exclu  la Russie, se prononcent les uns après les autres pour une aggravation des sanctions sur ce pays. Les Etats-Unis se préparent à faire voter un texte d’alliance avec l’Ukraine y permettant l'implantation de l’OTAN… au nom de la défense du pays contre l’ours russe. C’est aussi en cours avec la Géorgie. La seule raison c’est l’implantation de batteries anti-missiles, de stations d’écoute, et de troupes et de matériel au sol, aux ordres des USA. En Ukraine, pendant que l’OTAN intensifie l’entraînement des forces armées de Kiev, financées par Washington avec 33 millions de dollars, on est en train de réactiver trois aéroports militaires dans la région méridionale, utilisables par les chasseurs bombardiers de l’Alliance. En Estonie, en Lituanie, en Hongrie, en Roumanie, en Bulgarie, des opérations militaires de l’OTAN sont en cours avec avions-radar Awaks et chasseurs F-16. La Russie a sauvé sa flotte et son port d’attache en Crimée grâce à sa vitesse de réaction et à la détermination de cette région très russophone et cela sans effusion de sang. Il était temps la flotte américaine était déjà sur place prête à investir les lieux.

La précipitation des coalisés occidentaux à entraver économiquement la Russie n’a pas de raison objective quand la république autoproclamée de Donetsk réclame un référendum reconnu et le droit à une autonomie alors que la discussion est fermée par une répression sauvage et désormais une véritable guerre civile. La responsabilité du crash du MH17 ne devrait-elle pas d’abord être prouvée ? La Russie a d’abord été immédiatement accusée puis les « rebelles » ukrainiens. La responsabilité est-elle si sûre quand, dans une interview accordée au Wahrheit fuer Deutschland, le pilote ukrainien d'un Soukhoï Su-25 a revendiqué la responsabilité de la destruction du Boeing de Malaysia Airlines le 17 juillet dans l'est de l'Ukraine. Ce témoignage vient à l’appui de la thèse russe de la présence d’un chasseur, près de l’avion malaysien avant le crash, détectée par ses radars. 

L’élément le plus frappant dans ce dossier est le cynisme prémédité des grandes puissances occidentales qui  s’acharnent à faire prendre à l’opinion internationale des vessies pour des lanternes, parce qu’il s’agit bien ici d’un stratagème pervers monté de toutes pièces. Le plus regrettable est toutefois que la presse et les médias occidentaux prennent visiblement plaisir à se faire manipuler… La chose la plus flagrante est le caractère subversif de cette entreprise qui obéit aux paradigmes d’une déstabilisation préparée de longue date pour affaiblir « l’ennemi ».

Croissance en berne (prévisions 2014 : entre 0,5 et 1,1% selon le ministère russe de l’Économie contre une croissance moyenne annuelle de 7% dans les années 2000), hausse du taux directeur ce week-end, chute de la valeur du rouble (-10% depuis janvier), baisse du crédit, fuite des capitaux (46 milliards d'euros depuis janvier), etc. La crise ukrainienne et les sanctions économiques qu’elle entraîne, prises à l'encontre de la Russie par les puissances occidentales (européennes notamment), participent à cette dégradation de l'économie. Avec la perspective de voir l’OTAN à sa frontière ukrainienne et une agression de déstabilisation de son économie, comment imaginer que la Russie ne se sente pas agressée et en danger ?

 On ne s’étonnera donc pas de voir la Russie se rapprocher économiquement et stratégiquement de la Chine, réactiver des liens avec Cuba, d’y installer une station d’écoute et de faire croiser ses sous-marins nucléaires le long de la côte des Etats-Unis. Désormais il suffit d’une étincelle pour qu’une guerre mondiale se déclenche comme l’espère le complexe militaro-industriel américain qui estime qu’il faut profiter maintenant de leur supériorité militaire. Les USA sont aussi menacés par une dette abyssale et un dollar dont la suprématie mondiale est contestable et bientôt contestée par le yuan. L’heure du conflit n’est qu’une question d’explication au peuple américain qui lui veut la paix. Pour cela il faut que la Russie soit accusée de l’irréparable et il faut la pousser à le faire, c’est en cours.

On use de tous les expédients, même celui de la Cour de Justice de la Haye à laquelle s’est soumise bêtement la Russie. Elle est condamnée à verser la somme énorme de $50 milliards aux ex-actionnaires de Ioukos en violation des dispositions de la Charte européenne de l’énergie du 17 décembre 1994 dans le cadre de la CNUDCI, la Commission de l’ONU pour la mondialisation de la réglementation commerciale. Or, la Russie n’a pas ratifié cette Charte. Elle pouvait donc refuser d’aller à la Haye. Comment a-t-elle pu penser qu’en prenant un avocat et un cabinet américain d’experts, elle serait bien défendue ? Ces derniers ne peuvent évidemment se mettre en danger dans leur propre pays. Poutine qui fait appel a reçu une leçon, mais il sait désormais que la guerre est ouverte, on ne lui fera aucun cadeau. On a profité des jeux olympiques chez lui pour lancer l’opération Ukraine et les USA, aidés par l’UE d’Angela Merkel, ne lui laisseront aucun répit.

La collusion de l’Europe avec les États-Unis l’entraîne, sans l’assentiment de ses peuples vers une volonté d’affrontement avec la Russie, nouvel ennemi désigné. Économiquement en danger, faible militairement et politiquement, elle ne peut jouer le rôle tampon qui lui est géographiquement dévolu. La division binaire du monde renforce alors la probabilité d’un conflit mondial, guerre totale, économique et militaire. Les guerres confessionnelles servent à attiser les zones de chaos dans une stratégie mûrement réfléchie qui ne peut profiter qu’aux puissances de l’argent. La Croatie rêvait de l’UE qui protège. Elle fête l’anniversaire de son entrée par une précipitation de son déclin et pense que l’UE n’est pas une solution mais un problème. La France de même sent la paix s’éloigner à grand pas dans une Europe qui, non seulement ne la protège pas mais se transforme en va-t’en guerre.

Le socialisme nous a fait rêver de paix et d’une ligne Maginot infranchissable.

Faudra-t-il une guerre comme en 1939 pour que le peuple se réveille

Et délie ses liens avant qu’il ne soit trop tard ?

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon