mercredi 23 juillet 2014

La France va droit dans le mur ! (3ème partie)



Nous avons pu constater dans l’article précédent que les pays qui marchent bien sont les pays n’ayant pas l’euro comme la Suède, le Danemark, et comme la Norvège et la Suisse qui ne sont pas dans l’UE. Quant aux pays de l’est et du nord nouvellement admis dans l’UE, ils sont partis de très bas en niveau de vie et la plupart bénéficient à plein de l’appartenance à l’euro et à l’UE. Ils sont en phase de rattrapage et donc portés par l’UE et leur ouverture à une économie libérale. Malheureusement on s’aperçoit que ce n’est qu’un transvasement de richesses car l’UE dans son ensemble régresse dans l’économie mondiale. 

La politique, menée pendant deux ans et acceptée, de l’austérité à l’Allemande, l’accroissement de la pression fiscale, le gel des retraites et des salaires des fonctionnaires tout en accroissant leur nombre, le sauvetage par l’État des entreprises en difficulté, les emplois aidés, n’ont pas mis la France sur une trajectoire qui lui permette même de faire partie de la moyenne des pays de l’UE avec un décalage négatif de près de 1%. Mais depuis 2002, le choix de l’euro s’est-il avéré globalement positif pour la zone euro et la France en particulier ? 

Le graphique ci-contre est identique à celui présenté dans le précédent article mais cette fois on s’intéresse à la période 2002-2013. Tout est présenté par rapport aux chiffres de l’UE choisie comme base soit un PIB/habitant 2013 pris égal à 100 et son évolution à 0%. A titre de comparaison visuelle, les Etats-Unis et le Japon ont été figurés. 

On peut distinguer trois groupes principaux. Le groupe supérieur contient toujours les trois pays, Luxembourg, Norvège et Suisse. Le cas du Luxembourg est très particulier parce qu’il s’agit d’un pays essentiellement bancaire et paradis fiscal par-dessus le marché… c’est pourquoi on a mis Junker à la tête de la Commission européenne ! La Suisse n’est pas seulement célèbre par ses banques mais c’est un véritable pays industriel. Ces trois pays ont largement progressé dans la période 2002-2013. 

Parmi les pays à fort PIB/habitant on retrouve l’Autriche, la Suède mais surtout l’Allemagne qui s’avère la grande bénéficiaire (hors Luxembourg) des pays fondateurs présents en 2002 dans l’UE à l’inverse du Danemark, de la Finlande, des Pays-Bas, de la Belgique, de l’Irlande, de l’Islande, du Royaume-Uni… et de la France (portée en rouge). A ces pays déficitaires il faut ajouter ceux dont le PIB/habitant est inférieur à celui de l’UE, à savoir Slovénie, Chypre, Espagne, Portugal, Italie et Grèce. Dans les pays à faible PIB/Habitant et bénéficiaires on trouve Malte et la république Tchèque. 

Dans ce groupe parmi les grands pays européens c’est évidemment l’Allemagne qui s’avère être la grande bénéficiaire depuis 2002 et qui a effacé la crise de 2008-2009 alors que le Royaume-Uni, la France, l’Italie et l’Espagne ont reculé  par rapport à elle. Il est notable que la zone euro est en recul par rapport à l’ensemble de l’UE et n’offre donc pas une sécurité supplémentaire. 

On retrouve, comme dans l’analyse précédente sur 2001-2013, un troisième groupe des PIB/Habitant très faibles mais qui ont profité à plein de cette période. C’est le cas aussi de la Macédoine qui ne fait pas partie de l’UE. Ils ont surtout profité de l’ouverture de leur pays sur la libéralisation des échanges en étant ou non dans l’UE. Ces pays sont exploités pour le faible coût de leur main-d’œuvre et sont tous dans une zone d’influence de l’Allemagne. Nous les laisserons donc de côté dans l’analyse suivante. 

Nous allons regarder le second groupe qui représente les 19 pays représentatifs de l’Europe pouvant être raisonnablement comparés entre eux depuis 2002. Avant cela il est intéressant de voir que le Japon est comparable à la zone euro par ses résultats, et que les États-Unis sont bien en régression par rapport à 2002 mais repartent. 

On voit que l’on a des pays qui ont progressé depuis 2002 et conservent une dynamique de progression Allemagne, Malte,  la Suède, et la Suisse et la Norvège qui ne font pas partie de l’UE. L’Autriche marque le pas. Dans ceux qui ont progressé depuis 2002 mais régressent depuis 2011, on trouve le Luxembourg, la République Tchèque, et la Slovénie mais qui n’a pas globalement progressé depuis 2002. 

Deux pays le Royaume-Uni et l’Islande forment le groupe des pays en dynamique positive depuis 2011 mais ayant subi une régression importante auparavant. On sait que la Politique de Cameron porte ses fruits et que l’Islande a refusé l’euro, annulé sa dette et mis dehors les banquiers et les politiques. Le Danemark marque le pas entre 2011 et 2013 mais a globalement régressé. 

Ceux qui n’ont pas globalement progressé et qui continuent à s’enfoncer depuis 2011 sont les pays du sud, dont la France, auxquels il faut ajouter la Belgique, les Pays-Bas et l’Irlande. Chypre et la Grèce s’enfoncent à grande vitesse et on voit que la troïka (FMI, BCE, UE) a administré un remède de cheval qui est en train de tuer les malades. Mais l’inquiétude grandit pour l’Italie et le Portugal dont le PIB/Habitant continue à se détériorer depuis 2002. 

Trois pays sont à peu près dans le même cas de figure : la Belgique, l’Espagne et la France qui augmentent leur retard sur l’UE et la zone euro. Nous retrouver comme l’Espagne, même si nous n’avons pas encore son taux de chômage, n’est pas de bon augure. On ne se réjouit pas d’y aller moins vite que l’Italie quand on fait partie de la même cordée qui dévisse. L’Italie a changé radicalement de politique récemment. Ce n’est pas le cas des « mesurettes » françaises en laissant filer la dette, et de la politique étatique que propose Arnaud Montebourg. 

Notre PIB/Habitant s’est détérioré au rythme moyen de 0,6% par an avec au milieu la crise de 2008-2009. Nous restons pendant ces deux ans sur une détérioration de 0,46% annuelle. La politique menée se traduit par un recul et une augmentation du chômage alors que nous disposons encore d’atouts considérables. Nous sommes dans une situation qui risque de nous mettre dans les pattes de la troïka et l’on voit ce qu’elle a fait en Grèce et à Chypre. Notons que l’Espagne a fermement refusé une aide liée à une mise sous tutelle, elle est en meilleure posture en 2014. 

Nous conclurons prochainement cette série d’articles avec un regard sur ce qui nous différencie des autres pays qui réussissent, sur l’intérêt de la France à rester dans l’Euro et sur celui de l’UE face à la mondialisation. 

Non, la France n’est pas le seul pays malade de l’Europe 

Mais elle fait partie de ceux que l’euromark étouffe 

Et qui n’ont pas le courage de soulever l’oreiller ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon