jeudi 17 juillet 2014

Du chaos naîtra-t-il un monde nouveau ?

L’envenimement de la situation au Moyen-Orient et à l’est de l’Europe se poursuit. Les occidentaux, Obama en tête durcissent leurs sanctions sur la Russie en gelant les avoirs de sociétés pétrolières et gazières russes (le pétrolier russe Rosneft et le gazier russe Gazprom) dans les banques américaines. L’Europe suit sous la houlette d’Angela Merkel, parfaite complice, qui lorgne sur les marchés de toutes les républiques de l’est en difficulté économique et à faible coût de main-d’œuvre. Les peuples ne sont pas conviés à valider la stratégie russophobe qui s’étend de jour en jour depuis la guerre de Libye.

Pendant ce temps en France la justice sanctionne outrageusement, grâce à l’opaque constellation de lois liberticides, en assimilant les propos ou les images stupides, méchantes, haineuses ou vulgaires à des agressions physiques qui tuent. Mme Taubira est toujours bien vivante, pugnace et incontournable au gouvernement, et la condamnation de Mme Leclère n’apparaît pas proportionnée mais aussi probablement contraire à la jurisprudence européenne pour qui le contenu de l’opinion exprimée importe peu selon les termes de l’arrêt Handyside de 1976. Affaire à suivre…

Le chaos, qui met la France dans un état de quasi-faillite, se répand économiquement sur toute l’Europe et militairement à ses frontières ou sur un Moyen-Orient proche. La politique russophobe et la cause palestinienne servent d’alibis pour étendre des mainmises sur des territoires, des richesses du sol, des marchés et de faibles coûts de main-d’œuvre. Israël met Gaza sous le feu des armes et monte en puissance d’intervention avec l’Iran en point de mire. Le pantin gouvernemental ukrainien, qui ne tient que par la volonté américaine et européenne, tant le pays est économiquement au bord de la faillite (repli de l'économie actuellement estimé à -5% en 2014 par le Fonds monétaire international), continue le massacre des populations de l’est russophile. La Syrie a voté et son président affirme que tout ce qui se passe est ourdi par les occidentaux. L’Irak voit désormais une guerre sunnite-chiite-kurde déchirer le pays avec un leader musulman, nouveau Ben Laden, se proclamant califat. 

Tout semblerait suivre une voie inéluctable dans laquelle les peuples européens sont entraînés malgré eux. Pourtant cette hégémonie américaine sans partage cache un affaiblissement économique de l’Europe, sauf pour l’instant de l’Allemagne, et une économie poussive américaine malgré l’énorme somme de liquidités introduite par la Fed, somme qui a surtout alimenté la spéculation sur les marchés. Elle se heurte à une résistance militaire sur la Syrie où la Russie et la majorité du peuple syrien veulent marquer un coup d’arrêt. On ne parle plus de tuer Bachar Al-Assad ! Les djihadistes, aidés par les USA et les pays arabes, ne sont plus sous contrôle. Le front entre Hezbollah, Syrie, Hamas, Iran se fait entendre par les armes. Pour la première fois l’attaque des forces gouvernementales ukrainiennes est un échec. Elles se replient devant Lougansk. L’arrivée de l’OTAN dans la mer Noire et celle programmée aux frontières russo-ukrainiennes poussent la Russie vers la Chine, Cuba et l’Amérique du Sud. 

C’est ainsi que la Russie va rouvrir une station d’écoutes à Cuba, utilisée pendant la Guerre froide pour espionner les États-Unis, a annoncé mercredi le quotidien russe Kommersant, quelques jours après la visite vendredi du président Vladimir Poutine sur l’île. La base de Lourdes, dont l’activité était gelée depuis 2001, sera remise en service. Par ailleurs la Russie et la Chine ont conclu de nouveaux accords économico-stratégiques avec des contrats commerciaux payés en yuan. Le dollar devient une monnaie attaquable. 

Dans cet ordre d’idée l’évènement le plus important est sans nul doute le sommet des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) les 15 et 16 juillet au Brésil, sommet qui peut s’annoncer comme l’éclosion d’un monde nouveau. Les leaders des BRICS ont proclamé le droit de l’IRAN au nucléaire civil, appelé à un cessez-le-feu immédiat en Syrie, condamné l’extension illégale des colonies juives en territoires palestiniens et exprimé leur préoccupation par des situations de conflit en Afrique. De plus, le groupe a dit sa profonde inquiétude au sujet de la situation en Ukraine et a appelé à un dialogue global, à une désescalade et à la retenue toutes les parties concernées. 

En dehors de l’opposition clairement affichée à l’hégémonie américaine et à l’Europe vassale, le plus important est la création de la nouvelle Banque de développement et du fonds monétaire des BRICS. La fondation d'institutions aussi importantes est capable de transformer la conjoncture économique internationale. Là encore les intentions sont claires selon Wiwan Sharan, expert des affaires des BRICS à Observer Research Foundation en Inde :

« Je vois deux grandes raisons pour fonder une nouvelle Banque de développement : d’abord, les BRICS sont manifestement mécontents par l’organisation économique et sociale existant dans le monde. Ensuite, il faut proposer une solution de remplacement à l’organisation mondiale, qui s’est constituée depuis la Seconde guerre mondiale ». 

Las des conditions draconiennes imposées aux prêts par le FMI et la Banque mondiale, les BRICS s’organisent, cherchent leur indépendance d’un système qui les appauvrit, et créent une solution de remplacement. Le monde ne retournait pas du tout au modèle du siècle dernier avec deux superpuissances – deux pôles, vers lesquels gravitaient d’une manière ou d’une autre tous les autres. De nos jours Washington doit faire la concurrence à la fois à plusieurs pôles d’attraction – à Pékin, New Dehli, Moscou etc. Le monde est devenu réellement multipolaire. Le sommet des BRICS au Brésil peut être vu comme un point de départ vers une nouvelle organisation mondiale voulue plus honnête et équitable... à moins que l'on n'évite pas un conflit mondial s'il redevient bipolaire !

Vassalisée, en perte de vitesse économique, militairement faible,

L’Europe risque de n’être qu’un grand marché 

Ouvert aux prédateurs et passant à côté 

D’un nouveau monde ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon