vendredi 22 décembre 2017

UE : France mal notée et coup de force sur la Pologne



Le budget 2018 est voté et ceci ne suscite guère de commentaires de la presse avec un déficit au-delà des 85 milliards, soit 20% de plus qu’en 2016 ! Disons que la presse n’en rajoute pas. On va voir par quel tour de passe-passe, Macron va pouvoir afficher qu’il sera en-dessous des 3%/PIB et les commentaires de l’UE ne seront sûrement pas excellents malgré toute la protection dont il bénéficie. Pour financer ces trous dans les comptes du pays, il faut emprunter toujours plus. Ce sera quelques 195 milliards d’euros en 2018, soit 10 milliards de plus que cette année. L’opinion publique n’a toujours pas fait le lien entre l’assommoir fiscal et la dégradation de l’emploi !

J’ai montré, par comparaison avec les autres pays européens que l’impôt sur les particuliers faisait baisser le PIB/habitant et augmentait le chômage. Macron pavoise, 2017 finirait mieux que prévu sur la croissance selon l’INSEE avec (+0,1%) sur la prévision ce qui la pousserait à 1,9%. Selon en gros nos économistes dont les recettes ont l’habitude de foirer lamentablement, le chômage aurait dû commencer à baisser au-delà de 1,5% de croissance. Manque de chance les principaux pays développés ont enfin retrouvé un niveau de chômage inférieur à ce qu’il était avant la grande crise de 2007, mais pas la France qui devrait finir l’année à 9,3% de chômage au lieu de 8,0% en 2007 selon les critères européens. L’Allemagne devrait être à 3,8%, le Royaume-Uni à 4,4%, la Belgique à 7%, le Portugal à 8%. Nous devancerions l’Espagne encore à 16,4% et l’Italie à 10,6%.
 
Mais l’INSEE vient de faire un crime de lèse-majesté démontrant qu’en 2018, « les prélèvements obligatoires sur les ménages augmenteraient de 4,5 milliards d’euros ». Le gouvernement s’est étranglé et a traité les auteurs d’incompétents forçant chose rare l’INSEE à faire un communiqué d’auto-critique. Bercy a donc lancé jeudi matin un simulateur de pouvoir d’achat en ligne, deux jours après ! Mais ce simulateur ne prend apparemment pas en compte les hausses de taxes pointées par l’Insee. Les critères à remplir se limitent aux situations familiale et professionnelle, au nombre de parts fiscales, au revenu fiscal de référence, au montant de la taxe d’habitation et aux revenus bruts. Quand les organismes officiels ne donnent pas ce que l’on attend d’eux, on crée un groupe de travail chargé de le faire. 

Il ne suffit pas de critiquer Trump en y incluant sa politique économique de réduction des impôts, et cela d’une façon tendancieuse en parlant de politique de réduction de la pression fiscale « pour les riches ». Cette présentation ne dédouane pas Macron de sa pression fiscale sur les classes moyennes particulièrement. Trump diminue les impôts sur les sociétés comme Macron, mais il diminue aussi les impôts sur les particuliers. C’est un point fondamental de la politique économique dans un cercle vertueux. La diminution des impôts sur les sociétés, concomitante avec une augmentation de la pression fiscale sur les particuliers, ne peut qu’augmenter le chômage et diminuer le pouvoir d’achat lié au PIB/habitant. Par contre la diminution des impôts sur les particuliers produit les effets escomptés, et la diminution des impôts sur les sociétés fait alors profiter à plein les entreprises qui doivent faire face à une augmentation de la demande. Cette deuxième mesure est facilitée pour Trump par le fait que le déficit budgétaire engendré bénéficie de l’impunité du dollar pour l’instant, mais n’agit qu’en complément. Ces mesures réduiront-elles les inégalités, cela dépend des dispositions particulières qui seront prises dans l’application de la loi, mais globalement cela va dans le bon sens. Ce n’est pas Trump qui se carbonise, mais Macron qui se trompe.

Macron ne fait qu’appliquer les directives économiques européennes qui ne sont pas adaptées à la situation des pays européens du sud. Depuis 2010 la France recule économiquement et augmente sa dette publique. Au deuxième trimestre 2017 elle atteignait 99,3% du PIB dont +0,5% par rapport au trimestre précédent, pour 66,0% en Allemagne qui se rapproche rapidement du seuil de 60% du PIB exigé par l’appartenance à l’UE. L’évolution d’environ +4% du PIB entre 2016 et le budget prévisionnel 2018, face à l’augmentation de 20% du déficit public depuis 2016, ne peut que se traduire par une dérive vers les 100% de dette publique et vers un éloignement de l’autre objectif des 3%/PIB pour le déficit public, sauf manipulation possible des chiffres en accord avec l’UE. Les promesses de Macron sont donc illusoires et trompent son peuple une fois de plus. 

Mais l’UE montre son vrai visage totalitaire envers la Pologne en la menaçant de sanctions. C'est une décision sans précédent : mercredi 20 décembre, la Commission européenne a déclenché, l’article 7 du traité du TFUE (Traité sur le Fonctionnement de l’Union Européenne), encore jamais utilisé, estimant qu’"il y a un risque clair d’une violation grave de l’Etat de droit en Pologne". Et les conséquences pourraient être lourdes si le Conseil européen vote à l’unanimité un conditionnement des aides structurelles au respect des décisions et des valeurs de l’UE par ce pays, procédure initiée par la Commission européenne. La réforme polonaise du système judiciaire pose problème, cela ne fait guère de doute. Le débat sur ces réformes existe en Pologne, et même jusqu’au sein des milieux du PiS, le parti populiste au pouvoir. Néanmoins le risque d’un nouveau clivage européen est important et il ne date pas de la procédure formée par les institutions européennes contre les réformes du Conseil supérieur de la magistrature et de la Cour Suprême en Pologne. Il est peu probable que l’unanimité du Conseil Européen soit atteinte, la Hongrie s’est déjà déclarée contre.

En effet, lors de l’élargissement de 2004, les « Nouveaux Etats membres » ont ressentis une certaine condescendance de la part des Etats membres fondateurs. Aujourd’hui, l’Europe orientale prend un tournant politique net en faveur du souverainisme et du conservatisme. D’ailleurs au-delà de la Pologne, le « groupe de Višegrad » dans son ensemble a fait l’objet d’une très forte intégration économique avec l’Allemagne, devenant une sorte d’arrière-cour manufacturière de l’appareil industriel allemand depuis les années 1990. Les européens sont confrontés à un dilemme entre le risque d'une fracture interne entre deux Europe (ce qui a été décrit comme la "banalisation" de l'extrême de droite, en Pologne, Hongrie, ou en Autriche par exemple) et le risque de ne rien faire pour éviter la matérialisation de cette fracture. Comme d’habitude l’Allemagne va avoir un grand poids dans la tournure prise par ces évènements. Angela Merkel avait pris beaucoup de recul après les déclarations incendiaires faites dans les pays de l’Est à propos des travailleurs déplacés. La Pologne avait d’ailleurs réagi violemment en demandant à Macron de s’occuper de ses affaires. 

C’est un lieu commun de dire qu’il n’y a pas de politique européenne en dehors d’une union commerciale telle que voulue par les Etats-Unis et incapable de défendre seule militairement ses intérêts. La possession des consommateurs européens est le leitmotiv des prédateurs. On voit un peu partout en Europe une forme de vide politique aigu, l’absence de projets pour les sociétés européennes et l’imposition d’un modèle économique « court-termiste » visant à la maximisation des excédents commerciaux par la compression des salaires et des investissements. Cette évolution est normale et inexorable. Elle suit les règles qu’impose le libéralisme, la concurrence entre des États souverains. Sauf à détruire rapidement les nations en les morcelant, du type Écosse, Catalogne, Corse, l’UE se distend au gré des intérêts économiques de pays éloignés socialement, géographiquement, culturellement, linguistiquement, historiquement, voire cultuellement. On ne peut pas recoller indéfiniment un ensemble dont les morceaux changent sans cesse de formes.
 
La France prend le chemin de son affaiblissement

Pendant que tous les nouveaux pays de l’Est

Forment des coalitions économiques

Sur la base d’un souverainisme

Affrontant le carcan de l’UE. 

L’UE va bien vers sa mort

Mais nous paierons 

Les pots cassés !
 
Claude Trouvé
22/12/17