mardi 19 décembre 2017

Quand la France déconne, la Russie bétonne !



La Russie est déclarée « ennemi numéro 1 » par les États-Unis et donc l’UE, liée par l’OTAN. C’est le pays où l’UE, donc la France ne cesse d’augmenter le niveau des sanctions contre lui. Curieusement l’attitude de Macron est assez ambigüe avec un empressement à recevoir Poutine à Versailles et une récupération de la victoire sur Daech en Syrie. Elle est suivie par une fanfaronnade sur le rôle qu’il entend jouer dans le règlement politique et diplomatique de la guerre en Syrie. Cette récupération est un camouflet à la Russie, dont on ne plus ignorer qu’elle est le pays sans lequel, non seulement Daech ne serait pas vaincu mais Bachar el-Assad serait soit mort soit écarté du pouvoir. Le couple infernal Arabie Saoudite-Israël se serait alors emparé de cette partie irako-syrienne, redessiné la carte du Grand Israël et les Etats-Unis auraient mis la main sur les richesses de cette contrée.

La présence de la Russie, de l’Iran et du Hezbollah a permis aux gouvernements légaux de la Syrie et de l’Irak de mener une guerre victorieuse malgré le rôle ambigu de la coalition où les livraisons d’armes à l’Arabie Saoudite se sont retrouvées en grande partie dans les forces rebelles engagées sous différentes bannières. La France se couvre de ridicule en oubliant qu’elle s’est située dans le camp de la coalition autour des Etats-Unis et a souhaité la mort de Bachar el-Assad. Non seulement son action n’a pas été décisive, loin s’en faut, mais elle ne peut plus prétendre participer à des négociations de paix où la présence du Président syrien ne peut plus être écartée. Si la Russie et l’Iran étaient invités à aider la Syrie, notre présence n’était ni souhaitée par ce pays, ni validée par l’ONU. Ce n’était qu’un de ces actes d’ingérence dont nous prenons de plus en plus l’habitude. 

La réponse de la Russie ne s’est pas fait attendre. Selon elle la chute de l’État islamique était due en premier lieu « aux dirigeants syriens et aux forces gouvernementales ».  Mais celle de Bachar el-Assad a été des plus claires et nous sommes désignés comme pays non qualifié pour participer aux négociations de paix… puisque nous avons envahi sur ce pays contre son gré. « La France a été le porte-étendard du soutien au terrorisme en Syrie dès les premiers jours [du conflit] », a estimé Bachar el-Assad, en référence au soutien apporté par Paris aux rebelles qui combattent son gouvernement depuis 2011. Paf ! Ce n’est pas les propos mensongers de Macron sur notre innocence dans ce conflit qui vont nous faire entrer sur la scène diplomatique du conflit. En Syrie, la France déconne, la Russie bétonne. Elle sera la première puissance à être invitée pour la reconstruction de ce pays.

Mais la France déconne aussi avec l’UE après les accords de Minsk pour ne pas faire pression sur Porochenko qui ne cesse de bafouer la trêve, accords où elle était partie prenante avec l’Allemagne. Elle se tait parce que les Etats-Unis ont la ferme intention de faire rentrer l’Ukraine dans l’OTAN à défaut d’entrée dans l’UE. Elle laisse l’Espagne se battre avec sa Catalogne tout en admettant le résultat du référendum mais ne reconnait pas le résultat du vote aussi incontestable de la Crimée russophone. La Crimée ne cessera plus ses liens avec la Russie, tout le monde le sait mais c’est devenu un excellent prétexte pour condamner la Russie. La France devient impuissante à régler le conflit ukrainien et ce pays tombe un peu plus bas chaque jour, incapable de payer son gaz à la Russie sans l’aide européenne. L’autonomie de Lougansk et du Donbass règlerait ce problème comme le propose la Russie mais la France suit l’UE qui veut le tout en son sein. 

Les liens que nous avons tissés avec la Qatar et l’Arabie Saoudite, qui nous permettent de vendre des armes, sont payés par les facilités fiscales que nous avons accordé à ces pays. Ceci permet à ces pays de piller notre patrimoine comme le château Louis XIV de Louveciennes acheté ces jours-ci par l’Arabie Saoudite. Ce n’est que du donnant-donnant. Poutine resserre ses liens avec l’Arabie Saoudite autour du gaz et du pétrole. Cette dernière va échapper rapidement au camp occidental. La réussite de la Russie en Syrie lui donne un poids considérable dans ce Moyen-Orient où CIA et MI6 ont joué un double jeu avec notre complicité pour le moins et nos forces spéciales. Mais si Poutine va dans ce pays en chef de guerre pour asseoir sa présence sur les mers du sud et pour faire face à l’ingérence des puissances occidentales dans tous les pays qui entourent la Russie, il y va aussi en businessman, car il a compris que Trump n’ira pas plus loin sur le plan militaire tout-au-moins officiellement et que c’est la guerre économique qui l’intéresse.

Pendant que nous avons projeté l’arrêt des centrales nucléaires, ce qui nous a décrédibilisé dans notre business nucléaire, autrefois florissant, auprès des clients étrangers, Poutine avance ses pions dans ce secteur d’activité. Les recherches dans ce pays ont désormais pris le pas sur les nôtres et il s’apprête pour la quatrième génération des réacteurs surgénérateurs. En attendant il se présente en Arabie Saoudite comme un fournisseur sûr pour les projets nucléaires de ce pays qui doit penser longtemps à l’avance l’après pétrole. Par ailleurs il réanime les relations avec l’Egypte, ancien partenaire, qui lui permettent de pousser ses pions sur tout le sud de la Méditerranée. Ainsi il signe avec l’Egypte le 11 décembre, au Caire, le contrat final pour la construction de la première centrale nucléaire égyptienne à Dabaa. Le contrat signé entérine l’accord conclu entre les deux pays le 19 novembre 2015 pour bâtir quatre réacteurs VVER d’une puissance de 1200 mégawatts (MW) chacun. Le projet, mené par le groupe public russe Rosatom, comprend la construction de la centrale pour 21 milliards $, mais aussi la livraison du combustible nucléaire, la formation des travailleurs ainsi que la maintenance et la réparation des unités de production. La première unité de puissance d’El Dabaa doit entrer en service en 2026

Il est intéressant de noter que l’Égypte doit faire face à des difficultés d’approvisionnement en gaz et à une grande croissance démographique. L’examen des solutions possibles l’a poussée vers le nucléaire et non pas les énergies renouvelables. La Russie s’apprête à dominer le marché nucléaire avec la Chine grâce à une stratégie de package complet de construction, d’alimentation et de production avec formation des futurs exploitants du pays concerné. En faisant un prêt, elle enlève le marché et se paie ensuite sur toutes les années d’exploitation. Cette stratégie peut intéresser tous les pays qui n’ont pas le savoir-faire pour pouvoir exploiter seuls leurs réacteurs. Or le marché africain commence à s’ouvrir à cette perspective. Pendant ce temps la France cherche toujours combien elle va pouvoir arrêter de centrales nucléaires avec ses énergies renouvelables et cela s’annonce mal. Pendant que la France déconne, la Russie bétonne. 

Mais ce renouveau de la Russie est incontestablement lié à la politique de Poutine qui a sorti le pays de la pente descendante. Désormais sa réussite a redonné de la fierté à ce peuple et tout s’enchaine désormais même si les séquelles du communisme, avec la mafia qui a pris le relais de la Nomenklatura, sévit encore. La fierté, que pense insuffler Macron par ses discours enflammés et ses perspectives du bonheur futur, est désormais prévue pour dans 5 ans sans que la possibilité d’une évaluation en cours de route soit possible. Tout chiffre est exclu, on découvrira au fur et à mesure, c’est promis… comme ses prédécesseurs.

Mais je ne suis pas loin de penser que c’est dans la réussite scolaire que la fierté d’un peuple trouve ses premiers résultats. Si les résultats scolaires français sont en baisse, c’est que le peuple français a perdu une bonne part de sa fierté et accepte son sort comme une fatalité. La Russie vient de prendre la première place dans l’enquête mondiale sur 56 pays en battant au poteau Hong-Kong et Singapour, toujours en tête de ce classement. En devançant de justesse son clone, notre sympathique Belgique wallonne, la France prend la 34ème place, l’avant-dernière des grandes nations européennes. Pendant que la France déconne, la Russie bétonne.

La « Macronmania » finira comme « l’Obamamania » avec un pays ayant perdu l’essentiel de ses industries, une pauvreté grandissante et une révolte démocratique des pauvres contre l’Establishment nourri par une ploutocratie dominante. En dépit du déferlement de critiques des médias aux ordres sur Trump et Poutine, ces deux pays ont misé sur un souverainisme assumé, et si les résultats économiques du premier sont encore récents, ceux du second sont désormais indéniables.

La Russie est un pays libre de ses actes 

La France est un pays enchaîné.

La Russie a retrouvé sa fierté. 

La France vit encore le rêve

Que son jeune banquier 

Tel le prince charmant

La réveillera un jour 

Au son de l’argent

Pris aux riches !

Claude Trouvé 
19/12/17